SANTE-AFRIQUE: Accroître les allocations budgétaires pour réaliser les OMD

JOHANNESBURG, 16 avr (IPS) – Les Etats africains doivent mettre en place des allocations budgétaires suffisantes et des politiques adéquates si le continent veut atteindre les objectifs globaux et régionaux en soins de santé pour lesquels les gouvernements se sont eux-mêmes engagés, affirment les militants.

En 2000, des Etats africains, de même qu'une grande partie du monde, ont convenu d'atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), des Nations Unies, d'ici à 2015. Des chefs d'Etat africains ont également engagé leurs pays à améliorer les soins de santé à travers le continent d'ici à 2010, au cours d’une rencontre à Abuja, au Nigeria, en 2001.

Sur les huit OMD, trois sont directement liés à la santé. L'un appelle à la réduction de la mortalité infantile, l'autre à l'amélioration de la santé maternelle et le dernier a pour but de combattre le VIH/SIDA et le paludisme. Des militants craignent que la majorité des nations africaines n'atteignent ces OMD.

Par conséquent, 143 organisations de 'l'African Civil Society Coalition on HIV/AIDS and Allies' (Coalition de la société civile africaine sur le VIH/SIDA et alliés) se sont rencontrées à Johannesburg, en Afrique du Sud, la semaine dernière (9-13 avril) pour faire pression sur les ministres africains de la Santé qui se réunissaient au même moment en vue d’élaborer la Stratégie sanitaire de l'Afrique pour 2007-2015.

La coalition a exhorté les gouvernements africains à allouer 15 pour cent de leurs budgets nationaux aux soins de santé, conformément à l'engagement d'Abuja de 2001. Elle a également exhorté les gouvernements à engager la société civile et les ministères impliqués à mobiliser des ressources pour la tuberculose (TB).

Les Etats membres devraient travailler à combler le déficit financier de la TB de près de 11 milliards de dollars US au cours de la prochaine décennie, a demandé la coalition. Elle a organisé une manifestation le 11 avril, à laquelle environ 1.000 personnes ont pris part.

"Huit millions d'Africains meurent de VIH/SIDA, de la TB et du paludisme chaque année. Nous voulons arrêter cela", a déclaré dans un entretien avec IPS, Regis Mtutu de la Campagne d'action pour le traitement (TAC). La TAC est un groupe de pression basé au Cap, en Afrique du Sud, qui demande l'accès aux médicaments pour les personnes vivant avec le VIH/SIDA. "Nous ne pouvons pas atteindre les OMD à ce rythme. Nous devons redoubler nos efforts à travers un travail extraordinaire, en particulier dans les domaines du VIH/SIDA, de la TB et du paludisme", a indiqué Mtutu.

Par rapport à l'engagement de réserver 15 pour cent des budgets nationaux aux services de santé, "seuls le Botswana et la Gambie ont honoré cette promesse", a affirmé Mtutu.

Après la manifestation à Johannesburg, la coalition a présenté sa pétition à la commission de l'Union africaine (UA) pour la santé. "Nous espérons qu'ils nous écouteront. Nous ne les combattons pas. Nous envoyons notre message de façon énergique", a souligné Mtutu.

Une partie des discussions des ministres africains de la Santé incluait un plan pour installer des usines pharmaceutiques en vue de produire des médicaments anti-rétroviraux (ARV) prolongeant la vie. Mtutu a fait remarquer que "les ministres des Finances et de l'Industrie ne faisaient pas partie de la discussion. Pour réussir, les ministres de la Santé ont besoin des mandats de leurs homologues des Finances et de l'Industrie.

"Si nous voulons atteindre les OMD, il faut que les principaux groupes ministériels se réunissent dans les six à 12 mois à venir", a indiqué Mtutu.

Certains militants estiment que la réalisation des OMD sur la santé touche d'autres domaines comme la lutte contre la pauvreté, l'amélioration de l'hygiène et l'infrastructure. Eve Edete, chargé de politiques au bureau d'Oxfam Kenya, a dit à IPS que 'OMD' est juste un label. Ce n'est qu'une marque.

"Le VIH/SIDA, la TB, le paludisme et d'autres maladies sont les véritables problèmes. Cela concerne les systèmes de fourniture des soins de santé. Ceci devrait être le point de départ pour atteindre les OMD", a expliqué Edete.

Bien que les gouvernements se soient engagés à atteindre les OMD et l'objectif d'Abuja, certains préfèrent aller à leur propre rythme. Le gouvernement du Kenya, par exemple, dit qu'il consacrera 12 pour cent de son budget national à la santé d'ici à 2008, selon Ruth Charo du 'Health Nongovernmental Organizations Network' (Réseau des organisations non gouvernementales sur la santé) basé dans la capitale, Nairobi.

"Cela devrait être une approche progressive. Chaque pays a sa propre stratégie. Si vous fixez un délai, cela pourrait ne pas marcher. Par exemple, vous ne pouvez pas vous attendre à ce que des pays (ravagés par la crise) comme la Somalie, le Zimbabwe et la République démocratique du Congo atteignent l'objectif des 15 pour cent. Ce n'est pas pratique", a-t-elle déclaré à IPS.

La coalition a indiqué dans une déclaration que "la crise politique et économique au Zimbabwe mérite une mention spéciale puisque c'est également une crise sanitaire pour l'Afrique. Les personnes vivant avec le VIH/SIDA au Zimbabwe ne peuvent pas obtenir les soins dont ils ont besoin, et le climat de violence est en train de perpétuer les épidémies de VIH et de TB.

"Les ondes de choc de la crise au Zimbabwe sont en train de se répercuter à travers le continent puisque les réfugiés recherchent des soins de santé ainsi que d'autres services dans des pays voisins. Nos ministres de la Santé doivent dénoncer le Zimbabwe pour des raisons sanitaires et humanitaires", a expliqué la coalition.

Des groupes de la société civile estiment le nombre de Zimbabwéens ayant fui leur pays depuis le début de la crise en 2000 à cinq millions, avec 2,5 millions d'entre eux qui vivraient en Afrique du Sud. D'autres sont allés au Botswana, en Zambie, en Namibie, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Dans un nouveau rapport, "Paying for People" (Payer pour le peuple), publié ce mois (avril), Oxfam estime que 13,7 milliards de dollars US doivent être investis chaque année pour engager un million d'autres enseignants et 2,1 millions de travailleurs de la santé dont on a besoin en urgence pour briser le cycle de la pauvreté en Afrique.

Oxfam est une organisation d'aide internationale qui fait partie de la coalition ayant fait pression sur les ministres africains de la Santé à Johannesburg.

"Aujourd'hui, dans beaucoup de pays parmi les plus pauvres du monde, les services de santé et d'éducation dépendent d'une poignée de travailleurs luttant héroïquement pour faire leur travail pour des salaires pitoyables et dans des conditions effroyables. Devenir un médecin, un infirmier ou un enseignant est comme signer un contrat avec la pauvreté", a écrit Elizabeth Stuart d'Oxfam dans le rapport.

Selon le rapport, "l'Afrique compte 13 pour cent de la population du globe et 25 pour cent du poids mondial des maladies, mais seulement 1,3 pour cent de la main d'œuvre mondiale".

Le rapport cite la Tanzanie comme un exemple. Ce pays d'Afrique australe produit 640 médecins, infirmiers et sages-femmes chaque année. Mais pour atteindre les niveaux d'agents recommandés par l'Organisation mondiale de la santé dans une période de 10 ans, il devrait former 3.500 personnels soignants de ce type chaque année.

Un autre exemple est le Malawi où seulement neuf pour cent des centres de santé ont suffisamment de personnel pour fournir les soins de santé de base. Chaque année, le pays perd environ 100 infirmiers "qui émigrent à la recherche d'un meilleur salaire", selon le rapport d'Oxfam.

Charo a indiqué à IPS que les agents de la santé du Kenya vont non seulement à l'étranger, mais qu'ils cherchent également des opportunités dans le secteur privé pour un meilleur salaire. "Si vous travaillez pour le gouvernement, vous gagnez 12.000 shillings kényans (environ 172 dollars US), mais dans l'ONG ou le secteur privé, vous gagnez 40.000 shillings (près de 572 dollars) le mois. Les gens sont tentés de partir".