ZIMBABWE: ''Mbeki doit passer de la diplomatie discrète à la médiation ouverte''

JOHANNESBURG, 13 avr (IPS) – Un débat a lieu actuellement au sein des analystes et activistes de la société civile sur la manière dont le président sud-africain Thabo Mbeki devrait procéder pour remplir le mandat à lui confié le mois dernier par la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), afin de continuer la médiation entre le gouvernement du Zimbabwe et l'opposition.

L’espoir est que des pourparlers entre les groupes politiques puissent permettre au Zimbabwe de régler une crise politique et économique qui a conduit à des violations répétées des droits de l'Homme, à une inflation et à un chômage galopants, ainsi qu'à des pénuries de produits de base.

Certains doutent de l'efficacité de la politique de la diplomatie discrète que Mbeki a adoptée vis-à-vis du Zimbabwe jusqu'ici.

"Mbeki a échoué dans sa diplomatie discrète. C'est la cinquième fois que la SADC l'a mandaté pour assurer la médiation au Zimbabwe depuis 2000", a déclaré à IPS, Idai Zimunya, coordonnateur de la 'Crisis Coalition of Zimbabwe' (Coalition pour la crise au Zimbabwe), un groupe de pression basé en Afrique du Sud.

"Mais il est trop tôt pour le juger sur son échec précédent".

Claude Kabemba du 'Open Society Initiative for Southern Africa' (Initiative pour une société ouverte pour l'Afrique australe), un groupe de réflexion dans la capitale économique sud-africaine, Johannesburg, a noté : "Je pense que Mbeki doit passer de la diplomatie discrète à une médiation ouverte pour que les gens sachent ce qu'il fait".

"Par le passé, nous ne savions pas à qui il parlait — et personne ne savait qui créait des problèmes à la diplomatie discrète", a-t-il dit à IPS. "Si la médiation est transparente, les gens sauront qui exercent un chantage sur cela".

Pour sa part, le gouvernement sud-africain affirme qu'une approche franche va isoler le régime de Mugabe, et pousser les autorités zimbabwéennes à durcir leur position.

Le sommet spécial de la SADC à Dar es Salaam, en Tanzanie, où le groupe des 14 Etats a confié le mandat à Mbeki, a été convoqué dans une atmosphère d'inquiétude internationale au sujet d'une autre vague de violence politique au Zimbabwe.

"Le gouvernement du Zimbabwe a laissé les forces de sécurité commettre en toute impunité de graves abus contre des activistes de l'opposition ainsi que des Zimbabwéens ordinaires", a noté dans un communiqué du 28 mars Human Rights Watch basé à New York.

"Les forces de sécurité sont responsables d'arrestations et de détentions arbitraires, de bastonnades des partisans du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de l'opposition, des activistes de la société civile, et du grand public".

Un activiste a été tué dans la dernière période de répression, alors qu'un certain nombre de partisans de l'opposition ont été battus et hospitalisés lorsqu'une réunion de prière a été dispersée par la police le 11 mars — y compris Morgan Tsvangirai, leader de l'une des factions du MDC.

Mugabe accuse le parti de mener une campagne de terreur pour le renverser, une accusation que l'opposition a réfutée.

Les médias, déjà limités dans leurs opérations, sont également en train de ressentir les effets de la dégradation de la situation au Zimbabwe.

La semaine dernière, le corps d'un cameraman zimbabwéen Edward Chikomba a été retrouvé à quelque 50 kilomètres à l'ouest de la capitale, Harare — ceci après qu'il a été enlevé vers la fin de mars. Le meurtre de l'ancien employé de la télévision d'Etat à été attribué au soi-disant envoi aux médias étrangers de séquences montrant des blessures subies par Tsvangirai durant la violente dispersion de la réunion de prière du 11 mars.

En vertu de la Loi sur l'accès à l'information et à la protection de la vie privée de 2002, les correspondants étrangers ont en fait été chassés du Zimbabwe, où les autorités ont également rendu obligatoire l'accréditation pour des journalistes locaux.

Gift Phiri, qui écrit pour un hebdomadaire basé à Londres, 'The Zimbabwean', a été hospitalisé la semaine dernière. Selon un communiqué de 'International Freedom of Expression eXchange' et Reporters sans frontières, il avait besoin de soins pour les blessures subies lorsqu'il a été battu pendant quatre jours passés en garde à vue. Phiri a apparemment été accusé d'avoir travaillé sans l'accréditation requise.

Par ailleurs, un journaliste du magazine Time, Alexander Perry, a été arrêté, reconnu coupable et condamné à une amende pour avoir travaillé sans accréditation; l'amende serait de moins d'un dollar US. Des centrales syndicales au Zimbabwe ont lancé un appel à une grève la semaine dernière pour accroître la pression pour un changement politique. Toutefois, il y aurait eu une réponse limitée à l'appel.

"Avec un taux de chômage de 80 pour cent, vous pouvez imaginer la pression sur les 20 pour cent d'employés — dont plusieurs n'appartiennent à aucun syndicat", a déclaré à IPS, Nicholas Dube, un représentant du MDC en Afrique du Sud.

"La majorité des Zimbabwéens sont des travailleurs indépendants, vendant des tomates ou d'autres types de légumes. Ils ne sont membres d'aucun syndicat pour aller en grève. De même, "Si un employeur ferme une entreprise…le gouvernement retire automatiquement son autorisation", a affirmé Dube.

Des pressions supplémentaires sont venues des évêques catholiques au Zimbabwe, qui ont publié un message pendant la période de Pâques, avertissant que des soulèvements publics contre la situation actuelle étaient imminents (Mugabe est lui-même un chrétien catholique).

"Plusieurs personnes au Zimbabwe sont fâchées, et leur colère est en train de tourner à une révolte ouverte…" indiquait la lettre, qui était intitulée 'Dieu entend les cris des opprimés'.

"Afin d'éviter une autre effusion de sang et prévenir un soulèvement de masse, la nation a besoin d'une nouvelle constitution populaire qui guidera des dirigeants démocratiques choisis dans des élections libres et équitables".

Les élections organisées au cours de ces dernières années ont été entachées d'irrégularités et de violations des droits.

Les évêques ont également lancé un appel à la prière et au jeûne qui auront lieu ce samedi (14 avril), en vue de faire pression pour une réforme.

Ceci aurait sans aucun doute l'approbation de Zimunya, qui croit qu'une vaste série d'actions est nécessaire pour amener un changement.

"Nous ne mettons pas tous nos œufs dans la SADC. Nous n'allons pas rester à ne rien faire", a-t-il dit.

"Nous utiliserons d'autres stratégies…pour compléter les efforts de la SADC. Nous croyons que ce n'est pas une seule clé qui peut débloquer la crise du Zimbabwe".