KENYA: Un défi pour instaurer de nouvelles règles sanitaires – mais plus coûteux de les ignorer

NAIROBI, 12 avr (IPS) – Il reste juste deux mois avant que la communauté internationale ne fasse un pas décisif pour s'attaquer aux menaces sanitaires mondiales, marquées par l'entrée en vigueur des 'Règlement sanitaire international' révisé.

Décrites par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) comme un "événement marquant en santé publique", les règles révisées donneront — aussi bien à l'OMS qu'aux Etats parties aux règlements — de plus grandes responsabilités pour le contrôle et la réponse aux menaces sanitaires nationales qui peuvent devenir des urgences mondiales. "Le règlement sanitaire international (2005) — ou (RSI-2005) — révise la version 1969 du RSI, et est le premier accord légalement contraignant de cette sorte.

Mais même si le RSI-2005 semble être bien sur le papier, peut-il être mis en œuvre de façon réaliste dans des pays comme le Kenya, qui se battent déjà pour satisfaire des besoins en santé publique? Des spécialistes de la santé interrogés par IPS ont reconnu que les ressources et centres de santé limités de ce pays d'Afrique de l'est constitueraient un défi par rapport aux nouveaux règlements.

"Il nous a été demandé de rapporter des cas de maladies immédiatement (mais) nous n'avons pas de laboratoires appropriés. Lorsqu'il y a un besoin réel de publier rapidement les résultats, nous ne le pouvons pas", a déclaré Ahmed Ogwell, chargé des relations sur la santé internationale au ministère de la Santé.

"Mais cela ne signifie pas que nous ne faisons pas notre possible pour satisfaire les conditions du RSI-2005, parce que ne pas faire cela nous coûtera beaucoup plus que si nous grevons jusqu'à la limite nos ressources. Donc nous sollicitons à fond nos ressources pour satisfaire "les règlements auxquels a souscrit le Kenya". Des informations reçues du bureau local de l'OMS au Kenya montrent que le gouvernement a accru le budget national de la santé d'environ 217 millions de dollars en 2001/2002 à quelque 333 millions de dollars en 2006/2007.

Néanmoins, certains départements qui sont considérés comme critiques pour contrôler la propagation des maladies restent sous financés, a noté Ogwell. Parmi eux, se trouve l'autorité sanitaire du port, qui manque d'infrastructures suffisantes pour placer en quarantaine des personnes ayant contracté des maladies infectieuses, à leur entrée au Kenya. "Nous n'avons pas une santé portuaire convenablement financée; nous avons besoin de trois fois ce dont nous disposons", a souligné Ogwell.

Des pénuries de personnel aussi bien pour les départements de la santé publique que vétérinaire — et des restrictions à l'emploi pour plus d'agents — aggravent les choses. "Nous avons des agents qualifiés qui sont bien formés. Le problème est qu'ils sont vieux et qu'ils iront bientôt à la retraite et nous n'avons recruté aucun nouvel agent depuis plus de dix ans", a indiqué Simon Kimani, chef vétérinaire de terrain au département des services vétérinaires du ministère du Développement de l'Elevage et de la Pêche.

Les dangers de cette situation ont été mis en exergue par l'épidémie de grippe aviaire qui a commencé en Asie du sud-est il y a quatre ans, montrant à nouveau la nécessité pour les gouvernements de maintenir leur capacité à surveiller les menaces sanitaires.

Des millions de poulets ont été abattus en vue de contenir le virus du H5N1 qui est responsable de cette épidémie — et qui a également fait un certain nombre de victimes humaines. On craint que le virus ne subisse une mutation pour prendre une forme très infectieuse pour les humains.

Les autorités kényanes ont réagi en formant des fermiers à observer les signes de la grippe aviaire.

"Nous avons encouragé les fermiers à signaler tout décès d'oiseau ou des événements inhabituels sur les fermes, par exemple, un nombre anormal d'oiseaux qui meurent en masse. Les fermiers ont également appris comment s'occuper des oiseaux morts", a affirmé Kimani.

A ce jour, aucun cas de grippe aviaire n'a été rapporté au Kenya. Des centaines d'oiseaux ont été retrouvés morts à Kasarani à la périphérie de la capitale, Nairobi, l'année dernière; cependant, le diagnostic établi plus tard a révélé que les oiseaux avaient succombé à la maladie de Newcastle, une maladie très contagieuse qui est également mortelle.

Le pays africain actuellement sur la ligne de front de l'épidémie de grippe aviaire est l'Egypte, où le nombre de personnes testées positives au virus seraient de 33 la semaine dernière. Treize Egyptiens seraient morts de la grippe aviaire depuis qu'elle a été détectée pour la première fois dans le pays l'année dernière. Cet Etat d'Afrique du nord aurait également le plus grand nombre de cas de grippe aviaire confirmés parmi les humains en dehors de l'Asie.

Au nombre des menaces sanitaires transfrontalières auxquelles fait face le Kenya, se trouve également la polio, ceci après que le voisin du pays au nord — la Somalie — a été ré-infecté par le virus en 2005.

Trois cas de polio ont été rapportés récemment à Eastleigh, une banlieue de l'est de Nairobi qui abrite des milliers de Somaliens dont plusieurs restent en contact avec des parents dans leur pays natal. Chacun des cas viendrait de la Somalie, selon le gouvernement.

De nouveaux conflits en Somalie ont sapé les efforts pour arrêter la marche de la polio. Un gouvernement de transition pour cet Etat de la Corne de l'Afrique a été investi en 2004 en vue de mettre fin à plus d'une décennie d'anarchie déclenchée par le renversement du dictateur Mohamed Siad Barre; toutefois, cette administration s'est depuis empêtrée dans une lutte pour le pouvoir avec un groupe islamique.

"Chaque fois qu'une guerre éclate en Somalie, nous devons organiser une campagne de polio pour nous assurer que les enfants ayant moins de cinq ans sont vaccinés et à l'abri", a déclaré Ogwell. Mais, le "conflit en Somalie complique notre capacité à réagir".

Le risque particulier que constituent les menaces sanitaires a été mis en lumière la semaine dernière avec la Journée mondiale de la santé (7 avril), qui s'est focalisée sur la nécessité d'une coopération internationale pour s'attaquer à ces menaces sous le thème 'Investir dans la santé, bâtir un avenir plus sûr'.