POLITIQUE-CENTRAFRIQUE: Incertitude sur le dialogue de la paix

BANGUI, 13 avr (IPS) – Le doute plane sur la tenue du dialogue inter-centrafricain tant attendu pour mettre un terme d'une part aux activités de plusieurs mouvements de rébellion dans le pays et, d'autre part, réduire la tension politique qui règne, depuis plus d'un an, entre le pouvoir et l'opposition à Bangui, la capitale centrafricaine.

Les partis d'opposition accusent le chef de l'Etat, François Bozizé, d'être à l'origine de la rupture du dialogue et de la mal gouvernance qui sont les conséquences des crises politico-militaires en cours dans ce pays d'Afrique centrale.

Le président Bozizé avait déclaré depuis environ un mois qu'il prenait le dossier du dialogue en main alors que le Comité des sages, qui avait la charge de prendre des contacts avec les différents groupes et personnalités politiques susceptibles de participer à la rencontre, n'avait pas encore bouclé sa mission. Depuis lors, la date du dialogue n'est pas fixée et les observateurs s'interrogent sur la volonté réelle des autorités de Bangui d'organiser cette rencontre.

Interrogé par IPS sur le dialogue, Henri Pouzère, président de l'Union des forces vives de la nation, une coalition de partis politiques de l'opposition, a déclaré que “l'opposition politique reste et demeure convaincue que la seule voie de sortie de crise en Centrafrique, c'est la tenue d'un forum non exclusif avec les acteurs de la vie politique nationale ainsi que tous les responsables des groupes rebelles”.

“Ce que l'opposition déplore, c'est le retard orchestré par le pouvoir quant à la tenue de ces assises, car voilà aujourd'hui un an que nous réclamons en vain un dialogue politique pour rechercher ensemble les solutions aux différentes crises qui ont des conséquences néfastes sur la majorité de nos compatriotes”, a-t-il ajouté.

L'idée d'un dialogue inter-centrafricain est né juste cinq mois après l'élection du président Bozizé, notamment à la suite des attaques armées lancées par la rébellion de l'Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR), le 1er décembre 2005 à Markounda, dans le nord du pays, contre les positions des forces régulières, et le 31 décembre de la même année, à Paoua (nord). Le bilan officiel des évènements à Paoua faisait état d'une trentaine de morts parmi les civils alors que l'Union des journalistes centrafricains, qui avait enquêté sur les combats, avait relevé une soixantaine de décès dont la responsabilité incombait à la garde présidentielle suite à ses représailles dans ces localités.

Le gouvernement avait accusé ouvertement les opposants politiques, notamment le Mouvement de libération du peuple centrafricain, le parti de l'ancien président Ange Félix Patassé en exil, d'être derrière ces évènements. En dépit de multiples appels au dialogue lancés par des personnalités politiques et de la société civile, les autorités se sont opposées à toute négociation avec les assaillants qu'elles traitent “d'éléments égarés et de bandits affamés”. Selon le gouvernement, la seule condition pour dialoguer est que ceux qui ont pris les armes cessent les attaques contre les populations civiles.

“Le chef de l'Etat a toujours a été le partisan incontesté du règlement des différends par voie du dialogue et il l'a prouvé récemment par la signature d'un accord politique avec le chef rebelle Abdoulaye Miskine et sa suite ainsi que la décision de l'arrêt des poursuites judiciaires contre les deux leaders d'un autre groupe rebelle, arrêtés à Cotonou, au Bénin”, a déclaré à IPS, Cyriaque Gonda, porte-parole de la présidence centrafricaine.

Les deux chefs rebelles Michel Am Ndroko Djotodia et Abakar Sabone, de l'UFDR étaient arrêtés et poursuivis en justice au Bénin pour “utilisation du territoire béninois afin de déstabiliser le régime d’un pays ami” (la Centrafrique), selon les autorités béninoises. Gonda a ajouté que “les contacts se poursuivent pour que toutes les parties acceptent de cesser les actions militaires afin que ces assises puissent se dérouler dans un climat plus apaisé”.

Sous l’égide du dirigeant libyen Mouhamar Kadhafi, les autorités centrafricaines avaient conclu, en février à Syrte (Libye), un accord politique avec Miskine, proche de l'ex-président Patassé et leader d'un mouvement rebelle dans le nord-est du pays. Cet accord prévoyait, entre autres, la cessation immédiate des activités de la rébellion et l'intégration de ses membres dans les rangs des Forces armées centrafricaines (FACA).

Malheureusement, l'accord politique a été rejeté par d'autres mouvements rebelles, l’UFDR notamment. Joint au téléphone par IPS, le lieutenant Florent Ndjadder, chef des opérations de l’UFDR, a indiqué que “L'accord politique de Syrte n'engage que les parties signataires et que l'UFDR attend toujours la tenue du dialogue avant d'envisager tout arrêt des hostilités”.

La dernière attaque des rebelles de l'UFDR, qui remonte aux 3 et 4 mars contre les positions des FACA et d'un détachement français appelé au soutien logistique des forces régulières à Birao, dans le nord-est, a provoqué le déplacement de plus de 13.000 habitants sur les 14.000 que compte la ville. Et 70 pour cent des habitations ont été incendiés, selon Tobi Lazer, représentant résident du Programme des Nations pour le développement en Centrafrique.

Selon Ndjadder, la motivation de leur mouvement “s'explique par l'injustice sociale généralisée et accentuée au sein de l'armée nationale par les multiples promotions aux grades supérieurs dont bénéficient les éléments proches du chef de l'Etat au détriment des autres hommes de rang”.

Une délégation du Comité des sages, conduite par le pasteur Isaac Zokoué, avait tenté sans succès, en mars, de convaincre Ndroko Djotodia et Sabone, les deux leaders de l'UFDR arrêtés à Cotonou, de signer l'accord de Syrte, malgré la levée des poursuites judiciaires contre eux. Toutefois, des sources diplomatiques indiquent à Bangui, qu’un accord de paix devrait être signé ce vendredi à Birao entre le président Bozizé et les rebelles de l'UFDR si leurs revendications étaient satisfaites, notamment la libération de leurs leaders détenus au Bénin et la réintégration de leurs combattants dans les FACA. Mais, des observateurs craignent que la signature de cet accord ne remette en cause la tenue du dialogue inter-centrafricain. Interrogée par IPS, Irène Kobisso, secrétaire générale du Mouvement de défense des droits de l'Homme, estime que “le dialogue inter-centrafricain est non seulement urgent, mais s'impose à tous car c'est l'unique solution pour ramener la paix dans le pays”.

“Faute de dialogue, les conflits armés se sont accrus et ont affecté des milliers de nos compatriotes dont les estimations font état de plus de 100.000 personnes déplacées dans les villes de l'arrière-pays et qui vivent en brousse dans des conditions humanitaires les plus atroces”, souligne Kobisso. Selon elle, l'opinion nationale ne comprend pas le grand retard du dialogue politique alors que la constitution centrafricaine de décembre 2004 a prévu, parmi les institutions républicaines, un Conseil national pour la médiation, chargé de régler les éventuels conflits internes.

Malheureusement, constatent les observateurs, cette institution n'a jamais été activée dans la crise politico-militaire que traverse le pays depuis plus d'un an.