ENERGIE-AFRIQUE DU SUD: L'essence dans la voiture au détriment du repas sur la table?

JOHANNESBURG, 5 avr (IPS) – L'Afrique du Sud est entrée dans la course pour trouver des sources d'énergie alternatives : le gouvernement a déjà approuvé un 'Projet de stratégie sur l'industrie des biocarburants', et a demandé aux parties prenantes d'en débattre.

La stratégie propose que les biocarburants représentent en fin de compte 75 pour cent de l'objectif des énergies renouvelables du pays.

"Le maïs et le sucre, ainsi que le soja et les tournesols, étaient confirmés comme étant des cultures potentielles pour satisfaire la production du pays en biocarburants. La stratégie reconnaît également que l'Afrique du Sud mène des recherches pour développer d'autres variétés de cultures afin d'accroître davantage les niveaux de production du pays. Il n'y a, dans le projet de stratégie, aucune intention d'exclure une culture quelconque", note dans un communiqué le ministère des Mines et de l'Energie.

Toutefois, affirme Annie Sugrue, de 'Citizens United for Renewable Energy and Sustainability' (Citoyens unis pour des énergies renouvelables et une pérennité), "Nous croyons que l'accent est mis beaucoup sur le maïs, la canne à sucre, le soja et d'autres cultures traditionnelles".

Richard Worthington, coordonnateur du Projet énergie durable et changement climatique, également basé à Johannesburg, ajoute : "Le maïs devrait être traité avec beaucoup de précaution. Des études montent que l'algue peut également être une source de biocarburant".

Des compagnies privées comme Ethanol Africa discutent de la production des biocarburants à partir du maïs et du sucre.

Mais, "le maïs et le sucre constituent leur domaine de prédilection. Elles ne veulent pas prendre le risque d'aller vers d'autres cultures", déclare Worthington.

Ethanol Africa a refusé de se faire interviewer par IPS à ce moment. Erhard Seiler, président directeur général de 'Southern African Biofuels Association' (l'Association des biocarburants d'Afrique australe) dont est membre Ethanol Africa, a indiqué dans un message électronique que "Pour l'instant, nous sommes en relation constante avec le gouvernement sud-africain pour la préparation de la stratégie sur le biocarburant, qui sera présentée (au) parlement au cours des 2ème et 3ème trimestres en 2007".

Sugrue craint que la production de biocarburant à partir du maïs n'affecte la sécurité alimentaire. Le maïs est l'aliment de base de l'Afrique du Sud, consommé par 80 pour cent de la population.

"L'une des plus grandes critiques du secteur des biocarburants est qu'il pourrait contribuer à une pénurie de vivres. Ceci pourrait arriver s'il y avait une compétition pour les vivres eux-mêmes", a-t-elle dit à IPS.

Une telle compétition pourrait poser des problèmes au niveau régional et national, a écrit Sugrue dans un article intitulé 'Vers la position d'une ONG sud-africaine sur les biocarburants' : "En Afrique australe, le maïs pourrait être une grande matière première pour les biocarburants, pourtant c'est l'aliment de base de plus de 80 pour cent de la population et de tous les citoyens les plus pauvres".

"Une transformation de ces fermes en une production de cultures énergétiques serait dévastatrice pour l'économie et la sécurité alimentaire. D'autres pays comme l'Afrique du Sud et la Namibie ont des terres arables limitées, et dans le cas du premier, ont atteint une production alimentaire locale raisonnablement bonne qui devrait être maintenue".

Elle a également souligné que le maïs pouvait se révéler difficile à cultiver, étant vulnérable à la sécheresse, et fluctuant entre des surplus et des déficits d'une année à une autre.

"Il serait peut-être mieux de regarder vers l'industrie du sucre qui a des surplus constants et permanents qui sont utilisés pour l'exportation, qui pourraient être orientés vers l'industrie des biocarburants", a noté Sugrue, qui dit que les écologistes sont attachés à ce que 10 pour cent de l'électricité en Afrique du Sud soient générés par des sources d'énergie renouvelables d'ici à 2012 — et 20 pour cent d'ici à 2020.

Le 'Projet de stratégie sur l'industrie de biocarburants' a reçu le feu vert en décembre de l'année dernière.

Les biocarburants offrent également beaucoup d'espoir pour une hausse de l'emploi, ce qui n'est pas un détail dans un pays ayant un taux de chômage élevé.

"Les biocarburants utilisent une main-d'œuvre importante. Ils peuvent fournir beaucoup d'emplois — jusqu'à un million, y compris des emplois indirects", a déclaré Worthington.