DEVELOPPEMENT: L'aide des pays riches a baissé en 2006

PARIS, 3 avr (IPS) – L’aide au développement accordée l’an dernier par les pays riches a baissé de 5,1 pour cent, note mardi l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). En 2006, les principaux pays donateurs ont consacré 103,9 milliards de dollars aux pays en voie de développement.

Pour l’OCDE, ce recul n’est pas une surprise car il témoigne de l’ampleur des opérations d’allègement de la dette qui avaient atteint des records en 2005, notamment en faveur de l’Irak et du Nigeria. En vertu des règles de l’organisation, les pays donateurs peuvent inclure ces remises de dette dans les montants accordés à l’aide publique au développement.

Pour l’Afrique subsaharienne, par exemple, l’aide des principaux donateurs a atteint l’an dernier 28 milliards de dollars, soit une hausse de 23 pour cent, mais l’essentiel provient toutefois des remises de dette. En laissant de côté les allègements dont a bénéficié le Nigeria, l’aide reçu par cette nation d’Afrique n’a progressé que de deux pour cent, constate l’OCDE. Or, les pays les plus industrialisés de la planète (G8) s’étaient engagés en 2005 à doubler leur aide à l’Afrique d’ici à 2010. “La situation reste pourtant de l’ordre du statu quo alors qu’on aurait pu espérer davantage de progrès”, a indiqué, mardi à Paris, Richard Manning, le président du Comité d’aide au développement de l’OCDE. Selon lui, les chiffres de 2007 seront décisifs car ils permettront d’estimer si oui ou non les promesses faites pour 2010 pourront être atteintes.

Selon le Comité d’aide au développement (CAD), les opérations de remise de dette attendues cette année, notamment en faveur de la République démocratique du Congo et du Libéria, ne devraient pas atteindre les records connus en 2005 ou 2006. “Si l’Union européenne (UE) et le G8 veulent respecter leurs engagements, ils devront donc remplacer les opérations d’allègement de la dette par d’autres formes significatives d’aides au développement”, a déclaré Manning.

En 2006, l’aide accordée par les 15 membres du CAD appartenant à l’UE s’est élevée à 58,9 milliards de dollars (44 milliards d’euros), soit 0,43 pour cent de leur Produit national brut (PNB) cumulé. Cette somme est supérieure aux objectifs que l’UE s’était fixé en 2002 lors du sommet de Monterrey (Mexique), où ses dirigeants s’étaient engagés à consacrer 0,39 pour cent du PNB à l’aide au développement.

Pour les organisations non gouvernementales (ONG), les chiffres publiés par l’OCDE sont toutefois trompeurs. “Si l’on ôte les 11 milliards d’euros d’allègement de dette, le 1,6 milliard d’aide à la mobilité des étudiants étrangers ainsi que le milliard d’euros alloué à l’accueil des réfugiés, l’UE n’a consacré que 0,3 pour cent de son PNB à l’aide réelle au développement”, estime la Confédération européenne des ONG d’urgence et de développement. Pour l’instant, l’OCDE n’envisage pas de remettre en question la possibilité qu’ont ses membres d’inclure les remises de dette dans les montants de l’aide publique accordée développement, a précisé Manning, car ces allègements vont sans doute diminuer au cours des prochaines années.

En 2006, la Belgique fait à première vue partie des cinq pays européens dont les dépenses en matière d’aide au développement ont baissé (-2,7 pour cent). L’an dernier, ce pays a consacré 1.968 millions de dollars d’aide aux pays pauvres, dont 409 millions sous forme de remise de dette. Toutefois, sans les opérations d’allègement et en tenant compte de l’inflation et du taux de change, les moyens réels dégagés par la Belgique sont en hausse de 1,5 pour cent, constate l’OCDE. En outre, avec 0,5 pour cent de son PNB consacré à l’aide au développement, la Belgique se rapproche de l’objectif des 0,7 qu’elle s’est fixé pour 2010.

Pour l’instant, les plus grands fournisseurs de l’aide au développement restent les pays scandinaves, notamment, la Norvège, le Danemark, la Suède, les Pays-Bas, dont certains ont dépassé le taux fixé de 0,7 pour cent de leur PNB. L’aide de la France se situe encore à 0,42 pour cent, selon l’OCDE.