COMMERCE: L'Afrique pressée par l'UE pour les APE, selon les ONG

BRUXELLES, 16 fév (IPS) – La Commission européenne use de chantage pour parvenir à la signature des Accords de partenariat économique (APE) avec les pays d'Afrique, selon plusieurs ONG. La signature de ces nouveaux arrangements commerciaux doit être finalisée le 31 janvier 2007.

Pendant plusieurs années, les produits africains ont bénéficié d'un accès préférentiel au marché européen, mais cette politique fait aujourd'hui l'objet d'intenses renégociations. La Commission européenne a décidé de revoir ses arrangements commerciaux avec l'Afrique et de parvenir, d'ici à la fin janvier, à la signature de nouveaux accords appelés Accords de partenariat économique.

Si ces négociations échouent, la Commission européenne risque d'augmenter les tarifs à l'importation de produits en provenance d'Afrique. Selon elle, le calendrier fixé par l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ne lui laisse pas d'autre option. “Chantage”, rétorquent plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) européennes, parmi lesquelles la coupole d'organisations néerlandophones 11.11.11, Oxfam International et Actionaid. Ces ONG se réfèrent à un rapport présenté début février à Nairobi (Kenya) à un panel d'experts en commerce africains, à des représentants des Nations Unies et à des ONG réunis autour de ces négociations. “Le sentiment général est que la plupart des économies africaines ne sont pas prêtes pour la signature des accords”, indique ce rapport rédigé par la Commission économique pour l'Afrique (CEA) des Nations Unies. Pour parvenir à cette conclusion, les auteurs du texte ont interrogé de nombreux experts en matière de commerce sur le continent. “En Afrique de l'ouest, quatre interviewés sur cinq estiment que davantage de temps doit être consacré à ces négociations”, souligne ce document. En Afrique centrale et dans le sud du continent, le scepticisme parmi les répondants était tout aussi élevé. La semaine dernière, lorsque les délégations d'Afrique centrale et de l'ouest ont rencontré les représentants de la Commission européenne, ceux-ci ont été relativement concrets : si les négociations n'ont pas abouti à la date fixée, les produits venus d'Afrique risquent d'être soumis à d'importantes taxes à l'importation.

“La Commissions européenne utilise cette date butoir pour parvenir à la signature d'un accord qui aura des conséquences néfastes pour les agriculteurs pauvres et les développements industriels futurs”, estime Bibiane Mbay, représentante de l'ONG sénégalaise Enda. Dans leur déclaration finale, les représentants des pays d'Afrique centrale ont indiqué qu'ils avaient l'intention de respecter l'agenda fixé. Les pays d'Afrique de l'ouest ont déclaré qu'ils attendaient d'analyser en profondeur le projet d'accord. “L'insécurité des tarifs a déjà des effets négatifs sur les cultivateurs de fleurs, de fruits ou de légumes en Afrique, car ils ignorent si leurs produits pourront bénéficier des mêmes avantages tarifaires”, explique Marc Maes de la coupole d'ONG 11.11.11. “Beaucoup de pays africains n'ont pas encore les structures ou les capacités pour mettre en pratique un accord de libre échange avec l'Union européenne”, ajoute-t-il. “C'est précisément la mise en place de ces capacités institutionnelles et le renforcement des zones de commerce régionales qui rendent la signature de ces accords indispensable et pressante”, remarque Stephen Adams, porte-parole du Commissaire européen en charge du Commerce, Peter Mandelson. Adams rappelle que la Commission européenne s'est engagée à porter son aide annuelle aux pays pauvres à deux milliards d'euros (environ 2,5 milliards de dollars) pour leur permettre de tirer profit du libre échange avec l'Europe.

“Ce n'est pas l'Union européenne (UE) qui menace ces pays avec des tarifs plus élevés, mais l'Organisation mondiale du commerce — ou plus précisément ses pays membres — qui ont laissé jusqu’à fin 2007 à l'UE pour mettre un terme aux exceptions tarifaires accordées aux pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique)”, a expliqué le porte-parole.

Pour les ONG, l'UE et les pays ACP pourraient cependant envisager de prolonger le régime préférentiel au-delà de cette date butoir. “Après tout, l'OMC ne respecte jusqu'à présent aucun des calendriers qu'elle se fixe”, remarque Maes. IL craint par ailleurs que les APE créent un précédent en matière de libéralisation du commerce, à l'heure où cette thématique fait l'objet d'intenses discussions multilatérales au sein même de l'OMC.

L'Union européenne est cependant convaincue que les APE seront plus avantageux pour les pays pauvres que l'ancien système préférentiel car ils leur permettront de s'inscrire dans une perspective économique mondiale. “Ces dernières années, le volume des échanges commerciaux entre les pays ACP et l'UE n'ont fait que diminuer”, note Adams. “Ces pays risquent de rater le train en marche et d'être laissés avec leur montagne de matières premières. L'ancien système ne les encourage pas à diversifier leur économie”, affirme-t-il.