DEVELOPPEMENT-TANZANIE: La forte croissance doit encore profiter aux pauvres

NAIROBI, 15 fév (IPS) – Juste un peu plus d'un an après l'élection de Jakaya Kikwete en tant que président de la Tanzanie, son nom a été mentionné dans les couloirs du sommet de l'Union africaine (UA) en janvier à Addis Abeba, en Ethiopie, comme le probable nouveau président de l'UA.

En fin de compte, le poste est allé à John Kufuor, président du Ghana, pour célébrer le 50ème anniversaire de l'indépendance de ce pays. Mais le fait que le nom de Kikwete ait été mentionné a amené les délégués à prendre note des progrès réalisés par la Tanzanie sous sa direction — et en particulier en vue de la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).

"Kikwete s'intéresse à l'élaboration des détails pour atteindre les OMD", déclare Bernard Olayo, spécialiste des systèmes de santé au Centre OMD à Nairobi, au Kenya. Le centre OMD a été mis en place par les Nations Unies (ONU) pour travailler avec différents pays afin de développer des plans financiers pour la réalisation des OMD.

Olayo a rencontré Kikwete en janvier de cette année lorsqu'il s'est rendu en Tanzanie avec Jeffrey Sachs, responsable du Projet Millenium de l'ONU qui a été impliqué dans l'élaboration d'un plan d'action contre la pauvreté. Selon Olayo, Kikwete était sûr que des solutions seraient trouvées aux problèmes.

Il raconte une anecdote : "Lorsqu'on a demandé récemment à Kikwete de prononcer le discours d'ouverture à un séminaire sur la réduction de la pauvreté, il a voulu non seulement faire le discours, mais a insisté pour prendre part à tout le séminaire". Ceci est inhabituel puisque souvent, les politiciens entrent et sortent rapidement des séminaires sans apporter d'autres contributions.

Olayo loue le programme du gouvernement tanzanien de fourniture d'une éducation primaire gratuite à tous les enfants. L'inscription des apprenants de l'école primaire est passée de quatre à huit millions d'enfants entre 2000 et 2007.

L'Afrique est un continent enregistrant un fort taux d'enfants quittant l'école après avoir fini leur éducation primaire à cause de différents facteurs comme les frais de scolarité et un manque d'infrastructures.

Maintenant, des milliers de jeunes Tanzaniens sont encouragés à poursuivre leur éducation grâce à un projet où le gouvernement aide des communautés à construire des établissements d'enseignement secondaire à travers le pays.

"La meilleure façon de développer une nation est d'améliorer le système éducatif pour que ses citoyens puissent prendre leur place sur les marchés mondiaux", affirme Olayo.

La Tanzanie a plusieurs atouts qui devraient l'aider dans sa quête de réalisation des OMD. Le pays possède d'énormes richesses minières — tanzanite, or, cuivre — et est célèbre pour sa production agricole dont les clous de girofle, le café, le coton et le thé. Plusieurs sociétés sont actuellement en train d'explorer du pétrole.

La Tanzanie offre un climat extrêmement favorable aux investisseurs. Ceci inclut des taux réduits de droits à l'importation et des taxes à l'achat sur des produits capitaux.

Le gouvernement autorise également le rapatriement sans conditions — dans des devises facilement convertibles — de profits nets, de prêts étrangers, de royalties, de redevances, d'autres droits concernant la technologie étrangère, le versement de revenus et le paiement de salaires et autres avantages aux employés étrangers travaillant en Tanzanie.

Tous les investissements en Tanzanie sont garantis contre la nationalisation ou l'expropriation. Le gouvernement a également achevé en juin 2005 sa stratégie nationale pour la croissance et la réduction de la pauvreté (qui est connue par son acronyme Kiswahili Mkukuta).

Selon un rapport du Fonds monétaire international et l'Association pour le développement international, la Tanzanie a fait des progrès dans la réduction de la pauvreté des revenus (OMD 1), de la malnutrition (OMD 1), de l'inégalité de genre dans l'éducation primaire (OMD 3) et de la mortalité infantile (OMD 4).

Mais beaucoup plus doit être fait pour s'attaquer à la mortalité maternelle (OMD 5).

Ces développements ont comme arrière-plan les taux de croissance économique réelle plus élevés. Le produit intérieur brut de la Tanzanie a augmenté de 6,8 pour cent en 2005 contre 6,7 pour cent en 2004. Le secteur industriel a apporté une croissance de neuf pour cent en 2005, légèrement supérieure aux 8,6 pour cent en 2004. L'agriculture a affiché un léger recul à 5,2 pour cent en 2005, une baisse par rapport aux 5,8 pour cent en 2004. La pauvreté est toujours endémique dans les zones rurales. En particulier, les petits agriculteurs réussissent tout juste à gagner leur vie.

"Plus de 80 pour cent de la population tanzanienne dépend de l'agriculture", souligne Josephat Mshighati, coordonnateur du programme Droit d'être entendu d'Oxfam en Tanzanie. "Bien qu'on accorde la priorité à l'éducation, à la santé ainsi qu'a l'agriculture dans le plan de développement Mkukuta, il faut beaucoup plus pour aider l'agriculture. Le gouvernement devrait penser plus à ce secteur où des subventions nationales font cruellement défaut.

"Les agriculteurs courent partout pour chercher des intrants comme des engrais, des semences améliorées et des insecticides qui coûtent souvent excessivement chers", a souligné Mshighati.

En Tanzanie, plus de 90 pour cent de la main-d'œuvre agricole est composé de femmes. Plusieurs d'entre elles sont des mères célibataires qui maintiennent en vie l'économie rurale. Elles travaillent non seulement sur leurs propres lopins de terre, mais constituent également la plus grosse part de la main-d'œuvre sur des fermes commerciales où elles sont souvent sous-payées. La présidence de Kikwete a amené une lueur d'espoir au secteur agricole puisqu'il a initié le programme de développement du secteur agricole qui, étalé sur neuf ans, vise à transformer l'agriculture rurale et à la rendre plus productive.

Le programme inclut le soutien aux différentes composantes du secteur à travers la subvention des intrants agricoles pour les fermiers.

Selon Olayo, des donateurs internationaux approuvent l'administration de Kikwete. Ce qui confirme cela est la récente donation de 105 millions de livres sterling pour aider la Tanzanie à lutter contre la pauvreté. En janvier de cette année, plusieurs pays riches et institutions ont signé un mémorandum d'entente sur une Stratégie d'assistance conjointe pour la Tanzanie (JAST).

Parmi eux, figurent la Belgique, le Canada, le Danemark, la Commission européenne, la Finlande, la France, la Suède, la Suisse, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement.

En termes de partenaires au développement de la JAST, les partenaires aideront la Tanzanie à lutter contre la pauvreté et à garantir un développement durable. Le gouvernement et des programmes d'aide au développement seront consolidés. Mais la réputation de l'administration de Kikwete a été ternie par deux incidents. En 2006, il y a eu une consternation au sujet du projet de la compagnie American Richmond d'installer des groupes électrogènes comme le pays est en proie à des insuffisances énergétiques. La société n'a pas été à la hauteur du contrat de 172 millions de dollars US.

Des ministres du gouvernement étaient impliqués, mais Kikwete a réagi par un simple remaniement de son cabinet.

En janvier de cette année, le journal "Guardian" du Royaume-Uni a rapporté qu'une compagnie britannique de défense, BAE Systems, aurait payé en 2001 à un intermédiaire tanzanien une commission de 12 millions de dollars pour s'assurer de l'obtention du contrat de fourniture d'un système de radar. Même si ce contrat a été signé avant son arrivée au pouvoir, le refus de Kikwete de faire des commentaires sur les enquêtes, a irrité des critiques.