BLANTYRE, 6 fév (IPS) – Dans un pays comme le Malawi, où les ramifications du VIH/SIDA, la famine continuelle et l'analphabétisme sont trop manifestes, l'on s'attendrait à ce que les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) soient bien connus de beaucoup de gens.
Mais le contraire a été constaté durant des interviews menées au hasard au sein des Malawites dans les rues des deux principales villes de Blantyre et de Lilongwe. Tout porte à croire que plusieurs Malawites ignorent les OMD et leur signification.
Ephraim Munthali, un journaliste dans l'un des deux quotidiens du Malawi, estime que l'ignorance au sujet des OMD vient du fait qu'ils sont "la chasse gardée des technocrates et de quelques autres personnes sélectionnées. Lorsque les OMD sont mentionnés dans des cérémonies publiques, très peu de gens les apprécient".
Cosmas Ntonongoli, un commerçant dans la capitale administrative Lilongwe, est de cet avis. "J'ai entendu ce sujet (OMD) à la radio il y a quelque temps, mais depuis, je n'en ai plus entendu parler. Est-ce important?" Dans la capitale économique Blantyre, Judith Banda confesse à IPS qu'elle n'a aucune idée de ce que sont les OMD. Elle travaille comme réceptionniste dans une auto-école.
Lorsqu'on lui a dit que l'initiative comprend un engagement des gouvernements à réduire la pauvreté d'ici à 2015, elle répond qu'elle a ses propres plans pour lutter contre la pauvreté.
"Pour moi, peu importe que le monde ait ou non des OMD. Je sens que je joue déjà ma partition. A part le travail ici au bureau, j'achète et je vends des habits venus de la Zambie et l'argent est très crucial pour ma famille".
Rumbani Nyirenda, un professeur dans un collège privé dans le centre de Blantyre, accuse les médias d'être responsables du peu de connaissance du public au sujet des OMD. Il dit que les médias ont failli à leur rôle d'éducation des populations sur des questions d'importance nationale.
"La presse écrit sur les OMD seulement quand un ministre, le président ou d'autres gros bonnets en parlent", affirme Nyirenda.
Alabi Mbenje, un habitant de Kawale 2, une township de Lilongwe, est d'accord avec Nyirenda. "Les médias ne prennent aucune initiative pour écrire sur les OMD. Tout ce que vous aimez publier, c'est la politique".
La section malawite de l'Institut des médias d'Afrique australe (MISA) admet que les efforts des médias pour sensibiliser les populations sur les OMD ont été médiocres.
Innocent Chitosi, le directeur national, cite l'absence de communication de la part du gouvernement et des organisations de la société civile — qui gèrent des programmes OMD — comme la principale pierre d'achoppement.
"Ceux qui sont au premier plan des campagnes OMD informent rarement les organisations de médias sur la signification des objectifs", indique Chitosi. Le MISA est une organisation non gouvernementale qui soutient le développement des médias à travers la formation et d'autres initiatives.
Mavuto Bamusi, chargé de programme au 'Malawi Economic Justice Network' (Réseau pour la justice et l'économie au Malawi – MEJN), estime que la principale difficulté avec la compréhension des OMD est que le concept a été localisé dans le contexte malawite. Le MEJN, qui fait pression en faveur des droits socio-économiques, est en train de traduire les OMD en Chichewa, la langue locale. "La traduction associera les OMD à un concept auprès des populations sur le terrain. Nous traduisons différents documents OMD en Chichewa", souligne Bamusi.
Des activistes craignent que les progrès du Malawi en vue de la réalisation des OMD n'aient été lents sur les six années depuis que les gouvernements se sont engagés à les atteindre.
"Nous sommes très loin de la réalisation de ces objectifs. Il y a de graves pénuries alimentaires année après année. La durée moyenne de vie au Malawi a été réduite par le VIH/SIDA", déclare Ulemu Munthali, un membre du Groupe de travail national de la société civile sur les OMD.
Le groupe de travail fait pression sur le gouvernement pour qu'il élabore des politiques et projets qui encouragent la réalisation des objectifs.
"Le précédent gouvernement ne s'était pas totalement préparé pour atteindre les objectifs. L'administration actuelle de Bingu wa Mutharika le désire vivement et l'obtention de l'annulation de notre dette était une étape déterminante", indique la porte-parole du ministre de l'Information, Patricia Kaliati.
Elle faisait allusion à la réalisation par le Malawi du point d'achèvement de l'initiative des Pays pauvres très endettés (PPTE) en septembre 2006, qui a amené le Fonds monétaire international et la Banque mondiale à annuler le gros de la dette extérieure du Malawi, évaluée à 2,9 milliards de dollars.
L'annulation de la dette du Malawi devrait libérer des ressources rares pour améliorer les services de santé, l'éducation et le réseau routier vétuste du pays.
Grâce à cet accord sur la dette, la Banque centrale à Lilongwe s'est également lancée dans un programme graduel de réduction de taux d'intérêt qui, estiment les analystes, fera beaucoup pour favoriser une culture d'épargne et d'investissement. Kaliati affirme que le gouvernement ne peut agir tout seul et a besoin du soutien du secteur privé.
L'une des compagnies qui se distinguent est l'opérateur panafricain de réseau mobile qui donne depuis 2002 des livres et d'autres accessoires éducatifs comme des tableaux et des ordinateurs aux écoles nécessiteuses dans le cadre de son programme de responsabilité sociale des entreprises.

