DEVELOPPEMENT-AFRIQUE: Appels en faveur de la science et de l'autonomie au sommet de l'UA

ADDIS ABEBA, 2 fév (IPS) – Pour s'attaquer aux grands défis de développement auxquels est confronté le continent africain, des dirigeants réunis dans la capitale éthiopienne pour le sommet semestriel de deux jours de l'Union africaine (UA), ont attiré l'attention sur la science et l'autonomie comme étant d'importants outils.

S'ils avaient regardé de leurs chambres dans le magnifique Sheraton Hôtel d'Addis Abeba, ils auraient été confrontés à la réalité de la majorité de leurs populations. La plupart des fenêtres donnent sur un bidonville juste hors du mur de délimitation de l'hôtel. Les policiers ont maintenu les enfants et adultes paralysés par la maladie, mendiant à Addis Abeba, à une certaine distance des chefs d'Etat, dégageant les rues au moment où les présidents passaient à toute allure à travers la quatrième plus grande ville d'Afrique dans leurs convois de voitures luxueuses.

La nécessité de sortir l'Afrique de la pauvreté était présente dans le sujet sous-jacent des thèmes officiels du sommet des 29-30 janvier : 'Science, technologie et recherche scientifique pour le développement', et 'Changement climatique en Afrique'.

Alpha Oumar Konaré, président de la Commission de l'UA, a lancé un appel à une Afrique "responsable", une Afrique qui est "plus autonome" et rompt avec "la demande constante" de l'aide.

"Une Afrique qui assume ses responsabilités peut aller de l'avant dans le développement. Nous sommes un continent riche avec un potentiel énorme. Nous devrions lutter pour l'autonomie comme nous avons lutté contre l'apartheid (en Afrique du Sud) — avec le même sens d'engagement et de solidarité. Alors, nous atteindrons nos objectifs de développement", a-t-il indiqué.

Dans son dernier discours en tant que président sortant de l'UA, Denis Sassou-Ngueso de la République du Congo (Brazzaville) a déclaré que 500 millions d'Africains avaient 18 ans ou moins. Le continent a une population estimée à environ 900 millions, ce qui signifie que la moitié de la population africaine est constituée d'enfants.

"Ceci représente un défi majeur pour l'avenir. Nous devons nous rendre compte que la science et la technologie dominent toutes nos vies. C'est la clé du développement de l'Afrique", a-t-il souligné.

Le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, qui vient de faire quatre semaines seulement à son nouveau poste, s'est servi d'un exemple personnel pour démontrer la nécessité d'une unité d'objectif dans la lutte contre la pauvreté et la maladie. Il a dit aux délégués qu'en tant que garçon ayant grandi en Corée du Sud, il avait des expériences de première main de la dévastation provoquée par un conflit.

Il a parlé des femmes et des enfants faisant les poubelles pour trouver de la nourriture, des cultures pourrissant dans les champs et des immeubles détruits. Même si les images le hantent toujours, il a indiqué que son pays avait pu passer l'étape de "nation traumatisée avec une économie inexistante pour devenir une société dynamique, productrice et une puissance économique régionale" à travers une unité d'objectif.

"L'unité d'objectif guide notre collaboration en faveur de la démocratie, des droits de l'Homme et de la bonne gouvernance, y compris à travers le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD). Cela guide nos efforts collectifs en faveur de la paix et de la sécurité — y compris l'engagement de l'ONU à développer la capacité de l'Union africaine à planifier, lancer et diriger des opérations de maintien de paix", a-t-il souligné.

Pour Ban, bien que certains pays africains aient fait d'excellents progrès dans la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) fixés par des Etats membres de l'ONU il y a sept ans, beaucoup reste à faire. Il a demandé une "action forte" également de la part de la communauté internationale pour aider les pays africains à s'attaquer au changement climatique.

"Nous avons dépassé depuis longtemps l'étape de la spéculation", a affirmé le patron de l'ONU. "Le changement climatique est un fait indubitable. La communauté internationale doit accorder une attention urgente à cette menace".

Selon Ban, plusieurs pays ont réussi à maintenir une croissance économique de cinq pour cent, 15 pays ont institué l'éducation primaire universelle et la plupart des pays sont en train d'instituer une parité de genre au niveau de l'école.

Mardi, les dirigeants de l'UA ont adopté un plan d'action pour promouvoir la santé des femmes, qui était convenu par leurs ministres de la Santé l'année dernière.

"Les ministres de la Santé des 53 Etats membres de l'UA s'étaient rencontrés pour débattre de la santé sexuelle et de la reproduction de la femme. C'était la première fois que des ministres africains de la Santé discutaient en masse de questions de rapports sexuels protégés, de santé de la reproduction et de sexualité ouvertement", a déclaré à IPS, Irungu Houghton, conseiller en politique panafricaine pour l’ONG Oxfam.

Malheureusement, la plupart des promesses faites aux sommets de l'UA ne se traduisent pas en action sur le terrain. Il y a deux ans à Abuja, au Nigeria, les dirigeants de l'UA avaient promis de consacrer 15 pour cent de leurs budgets nationaux à la santé. Jusqu'ici, seuls deux pays, le Botswana et le Zimbabwe, ont tenu leur promesse.

Même l'engagement de consacrer 10 pour cent des budgets de leurs pays à l'agriculture, pris à leur sommet à Syrte, en Libye, il y a 18 mois, a été largement ignoré.

"L'Afrique doit encore avoir un engagement politique soutenu pour accroître les dépenses sur la sécurité alimentaire et la santé", a observé Houghton.

La mise en œuvre du nouveau plan d'action de l'UA pour la promotion de la santé des femmes est vitale puisque les femmes et les filles constituent 51 pour cent de la population de l'Afrique et 70 pour cent des producteurs agricoles du continent sont des femmes.

Les femmes sont non seulement le pivot du secteur informel puisqu'elles travaillent comme des agriculteurs produisant pour l'autoconsommation, mais elles constituent également l'épine dorsale de l'économie formelle. Elles travaillent pour des salaires minimum sur des fermes de thé, de café et de fleurs. Ces produits sont exportés à des prix exagérés, mais les femmes n'en voient qu'une petite partie.

"Lorsque la santé des femmes est atteinte à travers la tuberculose, le paludisme ou le VIH/SIDA, cela a un effet dévastateur sur l'économie de leurs pays", a-t-il expliqué. La guerre contre la pauvreté en Afrique doit être menée sur le pied de guerre.