POLITIQUE-OUGANDA: La liste des médiateurs des rebelles se réduit, les lieux aussi

JOHANNESBURG, 7 fév (IPS) – Le choix se porte maintenant sur l'Afrique du Sud après le rejet, par le Kenya, de la requête d'un groupe rebelle ougandais lui demandant d'abriter les pourparlers de paix au point mort avec le gouvernement du président Yoweri Museveni.

Les rebelles de l'Armée de résistance du seigneur (LRA) ont rompu avec la médiation du Sud-Soudan, abritant les pourparlers de paix de l'Ouganda depuis le début de l'année dernière. Ils cherchent maintenant un nouvel endroit et un nouveau médiateur. Les pourparlers à Juba, la capitale du Sud-Soudan semi-autonome, ont été interrompus pour les fêtes de Noël et du Nouvel an. Ils doivent reprendre le 28 février.

Mais la LRA déclare que leur délégation ne retournera pas à Juba. Les rebelles se plaignent du fait qu'ils ne sont pas les bienvenus au Soudan après le discours du 9 janvier dans lequel le président Omar el Béchir leur a demandé de parler de paix, ou de faire face à la colère de l'armée soudanaise. La plupart des soldats de la LRA sont basés au Sud-Soudan, d'où ils passaient en Ouganda pour perpétrer des attaques depuis 1986.

"Même si le Kenya est disposé à jouer un rôle positif dans la résolution de ce problème, nous n'avons aucune raison de mettre en doute le processus actuellement en cours à Juba", a indiqué le ministre des Affaires étrangères du Kenya dans une déclaration durant le week-end. "Nous avons par conséquent décidé de ne pas nous proposer pour abriter ces pourparlers afin que l'élan actuel déjà pris à Juba ne soit pas arrêté", a-t-il dit. Ceci a transféré l'intérêt sur l'Afrique du Sud, que la LRA a sur sa "liste de requêtes" comme un endroit neutre, de même que le Kenya, pour servir de médiateur dans le conflit du nord de l'Ouganda, vieux de 21 ans.

Mais Ronnie Mamoepa, porte-parole des Affaires étrangères sud-africaines, a indiqué à IPS par téléphone depuis la capitale Pretoria : "Je ne suis au courant d'aucune demande (de la LRA à l'Afrique du Sud) pour faciliter les pourparlers (avec le gouvernement ougandais)." "Il serait injuste d'arracher (la médiation) au SPLM", a déclaré Siphamandra Zondi, directeur de programme pour l'Afrique à l'Institut pour le dialogue mondial, basé à Johannesburg. Il faisait allusion au parti du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM) au pouvoir au Sud-Soudan.

"A moins que le SPLM ne décide de se retirer ou de faire pression sur d'autres pays pour qu'ils prennent la relève, je ne vois pas de raison pour laquelle les pourparlers devraient quitter Juba", a-t-il dit à IPS dans un entretien.

"Rien ne montre que la médiation du SPLM ne marche pas. Le SPLM a fait du bon boulot. Ses dirigeants s'étaient rendus dans la brousse pour rencontrer les chefs de la LRA afin d'initier les pourparlers de paix ougandais. Je ne vois aucun pays qui puisse faire cela. Le SPLM comprend le langage de la LRA, le terrain sur lequel les rebelles opèrent et l'angoisse que traverse actuellement la LRA. Ils ont eux-mêmes connu cela auparavant", a déclaré Zondi.

Le SPLM est parvenu à un accord de paix avec le gouvernement du Soudan en 2005, mettant fin à un conflit de 21 ans qui, selon des groupes de défense des droits de l'Homme, dont Amnesty International, a entraîné la mort de deux millions de personnes.

Pendant la guerre soudanaise, le régime islamique à Khartoum soutenait la LRA en représailles au soutien présumé de l'Ouganda au SPLM. Après l'accord de 2005, le gouvernement du Sud-Soudan a donné à la LRA trois options : engager des pourparlers de paix avec le gouvernement ougandais, quitter le Sud-Soudan, ou faire face à un affrontement militaire avec la branche armée du SPLM.

La LRA, qui a été accusée d'avoir commis des atrocités au Sud-Soudan, a opté pour des pourparlers. "Je pense que cela fait partie du stratagème de négociation. Généralement, si quelqu'un ne réussit pas bien dans les négociations, il a recours à de telles ruses. Je crois qu'ils retourneront aux pourparlers à Juba", a affirmé Zondi.

Charles Kisanga, un ancien chef rebelle, a déclaré que les troupes de la LRA quittaient le Sud-Soudan et se dirigeaient vers la République centrafricaine. "Ils se déplacent en deux groupes composés de combattants de la LRA et de leurs familles. Hier, ils ont pillé Zakure Payam (à l'est de la ville de Yambio) alors qu'ils continuaient leur route vers la Centrafrique… Les villageois sont actuellement laissés à la merci de la LRA puisqu'ils pillent à volonté et que personne ne les en empêche", a-t-il écrit dans un forum de discussion au Sud-Soudan.

Zondi a ajouté : "Le Kenya et l'Afrique du Sud peuvent jouer un rôle en appuyant le SPLM dans sa capacité de médiation. Ils peuvent apporter un aide logistique, financière et politique. Ils peuvent servir de liens avec les Nations Unies et la Cour pénale internationale". L'insaisissable chef de la LRA Joseph Kony, de même que quatre de ses commandants, a été inculpé par la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye pour crimes contre l'humanité. La LRA, réputée pour l'amputation des bouches, des oreilles et des membres des suspects et l'utilisation des filles comme esclaves sexuels, veut également que le mandat d'arrêt de la CPI soit annulé avant qu'ils ne puissent reprendre les pourparlers.

La semaine dernière, le négociateur en chef de la LRA, Martin Ojur, a déclaré que son groupe avait perdu confiance dans la médiation du Sud-Soudan.

Mais le président Museveni a réitéré la confiance de Kampala à Juba et au médiateur Riek Machar, qui est également le vice-président du Sud-Soudan. Il a dit qu'il faudrait du temps pour que le Kenya et l'Afrique du Sud comprennent les problèmes de l'Ouganda.

"Dr Machar ne connaissait pas les problèmes de l'Ouganda. Il a mis du temps à les comprendre. Il s'est maintenant instruit lui-même. Si Kony veut plus d'assurance, nous amènerons plus de gens du Kenya, d'Afrique du Sud et de n'importe quel autre pays qu'ils veulent pour renforcer Dr Machar", aurait déclaré Museveni à 'Mega FM Radio' dans la ville septentrionale de Gulu, le 3 février.