BLANTYRE, 6 fév (IPS) – Chanju Mwale est un véritable modèle. Non seulement cette femme âgée de 28 ans possède de bonnes références universitaires comme avocate, lui décrochant le poste de conseil juridique de la 'Malawi Defence Force' (Forces armées du Malawi), elle est également la seule femme officier dans l'armée qui porte le grade de capitaine.
Toutes ces consécrations liées à son nom ne mettent pas Mwale à l'abri de l'agression. Elle se remet de sérieuses blessures au visage après avoir été attaquée par un jeune officier à une fête de fin d'année en 2004.
Un certain nombre de cicatrices sur son visage témoignent de son supplice — un souvenir douloureux du fait que même avant l'attaque, elle ne recevait pas le respect qu'elle mérite de ses collègues officiers et soldats. Ceci la gêne dans l'accomplissement de ses tâches en tant que capitaine qui impliquait le commandement d'un peloton de soldats.
"Le lieutenant m'a battue parce que j'ai refusé ses avances sexuelles. Ce défi à mon autorité a eu lieu en présence de certains officiers très haut gradés dans l'armée, mais je n'ai pas eu beaucoup de soutien de l'armée", affirme Mwale.
Elle a eu "des moments terribles" avec les blessures. Trois grandes opérations ont été nécessaires. Mais un conseil de discipline de l'armée ne lui a octroyé que 72 dollars de compensation pour les blessures. Elle a demandé l'intervention d'un tribunal en dehors de l'armée. L'affaire est toujours au tribunal.
"Le problème est que l'armée est une institution dominée par des hommes qui n'apprécient pas que les femmes occupent des postes élevés. Le 'Malawi Defence Force' était habituée à être une équipe d'hommes jusqu'en 1996 quand des femmes ont été autorisées à intégrer l'armée. Ils ne peuvent simplement pas accepter qu'une femme puisse travailler aussi dur qu'eux", souligne Mwale. Malgré tout, son accrochage avec le lieutenant l'a rendue encore plus forte et plus déterminée. "Les gens pensaient que j'allais quitter l'armée suite à l'attaque puisque j'étais sérieusement blessée et que j'ai eu peu de soutien de mes supérieurs, mais je reste. Je vais œuvrer pour un changement des mentalités. Je sais que c'est un combat ardu, mais je ne vais pas me lasser", déclare Mwale, résolue.
L'on aurait pensé que des femmes comme elle n'auraient pas à lutter si dur. Après tout, le Malawi était perçu comme un leader parmi les Etats de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) lorsqu'ils adoptaient le Plan des politiques, de l'intégration, du commerce dans les stratégies de développement (RISDP) avec son engagement pour l'égalité de genre.
Le plan engageait les gouvernements de la SADC à la réalisation de 30 pour cent de représentation de femmes à des postes de prise de décision avant 2005, à l'abrogation des lois et politiques discriminatoires pour les femmes et à la promulgation de lois qui garantiront une égalité de genre substantielle, également avant 2005.
Par rapport au cas de Mwale, des chefs d'Etat ont également exhorté les gouvernements à réduire les actes de violence à l'égard des femmes de 50 pour cent d'ici à 2007 et à éradiquer toutes les formes de violence à l'encontre des femmes d'ici à 2015.
Le Malawi a également accepté les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) des Nations Unies qui ont chargé les pays du monde entier de promouvoir l'égalité de genre et de donner plus de pouvoir aux femmes. Le Malawi est très en retard puisque le pourcentage de femmes recrutées par le 'Malawi Defence Force' ne représente que trois pour cent, selon Mwale. Le Malawi n'a également pas atteint l'objectif de 30 pour cent du RIDSP. Le faible pourcentage de représentation de femmes n'est pas seulement confiné à l'armée. Sur les 193 membres que compte le parlement, 27 seulement sont des femmes. Au niveau gouvernemental, le tableau semble plus reluisant avec six femmes sur 22 ministres mais parmi les vice-ministres, seul un sur 14 est une femme.
Par ailleurs, ces statistiques n'ont pas connu d'amélioration depuis les premières élections démocratiques du pays en 1994.
Les statistiques pour l'administration sont lamentables puisque cinq secrétaires permanents seulement sur un total de 51 sont des femmes tandis que trois missions diplomatiques seulement sur 16 sont dirigées par des femmes. Le judiciaire a un chiffre dérisoire de quatre femmes juges sur 25. Un profil genre de la Banque mondiale sur le Malawi montre une certaine amélioration dans le secteur de l'éducation. Le taux d'alphabétisation adulte parmi les femmes est passé de 36 pour cent environ en 1990 à 54 pour cent à l'heure actuelle. Le taux d'inscription à l'école pour les filles est passé à 60 pour cent, de 47 pour cent en 1990.
Le taux d'alphabétisation des jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans a également connu une amélioration, passant de 75 pour cent en 1990 à 82 pour cent à actuellement.
Mais, comme le montre le cas de Mwale, la violence à l'égard des femmes menace ces succès. Ceci est vrai pour tous les domaines de la vie. Dora Malimelo, une agricultrice produisant pour l'autoconsommation ne voit pas de raison d'espérer que la situation s'améliore beaucoup pour la femme moyenne.
"La violence à l'égard des femmes est une tendance à la hausse dans ce pays parce qu'il y a une absence totale de respect pour les femmes dans notre communauté. Au cours de ces cinq dernières années, nous avons commencé par assister à des meurtres rituels où des parties intimes des femmes sont enlevées".
Selon Malimelo, "la violence domestique a augmenté à un tel degré que des femmes sont mutilées par leurs maris". Le Malawi a signalé, ces derniers temps, de nombreux cas où des femmes sont kidnappées, assassinées ou victimes de trafic pour la prostitution et le travail forcé.

