OUAGADOUGOU, 13 déc (IPS) – Une étude pilote, menée au Burkina Faso depuis 2005, avec l'aide de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour réduire de façon significative le nombre de 15.000 enfants tués par an par le paludisme, présente des résultats satisfaisants, selon les autorités burkinabé.
Selon les autorités, l'étude vise, à terme, à mettre à la disposition des populations rurales un système de soins qui leur permet de disposer des médicaments contre le paludisme au sein d'une communauté. Le médicament est subventionné dans le cadre du projet de prise en charge à domicile et est vendu entre 20 et 40 cents US selon l'âge des enfants par des volontaires et leaders d'opinion acceptés et désignés par les villageois. Ces volontaires, recrutés au sein de la communauté, sont formés pour une meilleure prise en charge des enfants dès que les premiers signes apparaissent. “Ce sont des villageois, des mères, des leaders d'opinion, désignés et choisis par les populations et qui ont appris à administrer des soins”, explique Dr Sodiomon Bienvenu Sirima, le coordonnateur national du projet de développement au Centre national de recherche et de formation sur le paludisme (CNRFP). “Nous nous sommes rendu compte que lorsque survient un cas de fièvre, la première décision est toujours faite au sein de la communauté même quand il y existe un centre de santé”.
Le projet de prise en charge à domicile, qui est soutenu par l'OMS à travers le CNRFP, veut remplacer la chloroquine dont l'inefficacité à été reconnue depuis 2005, et s'assurer de l'acceptation, par les populations rurales, d'un nouveau médicament à base de 'coartem' (un antipaludéen à base de plantes chinoises). “Ce projet vise à combattre le paludisme chez les enfants au sein de la communauté en permettant aux mères, illettrées dans leur majorité, d'administrer facilement le traitement”, déclare Dr Sirima.
Environ 41.000 personnes issues de 39 villages de la commune de Saponé, située à 30 kilomètres de Ouagadougou, la capitale burkinabé, participent au projet et accèdent au médicament à travers les volontaires. Il existe un volontaire pour 50 enfants.
Une année après le début du projet, des statistiques dans les villages qui participent à l'étude, montrent qu'en deux mois, 6.000 traitements ont été administrés à des enfants et seulement 145 personnes ont rendu visite aux services de santé. Par contre, dans les zones qui ne participent pas au projet, seuls 2.500 traitements ont été enregistrés. Malgré ces résultats satisfaisants, les responsables du projet veulent aller jusqu'au bout des trois années prévues pour l'étude avant son évaluation finale. “Nous continuons de collecter les données et nous n'allons pas les analyser maintenant pour éviter d'être tentés de les modifier pour qu'ils correspondent à nos objectifs”, souligne Sirima.
“Comme les produits coûtent moins cher, beaucoup de personnes viennent nous voir dès que les enfants présentent les premiers signes du paludisme; nous sommes fiers de notre rôle qui permet de sauver des vies humaines au sein de la communauté où nous vivons”, se réjouit Jean Ouedraogo, gérant de stocks de médicaments dans le village de Kossilcy, près de Saponé, dans le centre de ce pays d'Afrique de l'ouest.
Selon Ouedraogo, les patients sont plus réguliers pendant les mois de mai et juin quand les cas de paludisme sont plus fréquents avec la saison des pluies.
Il vend les médicaments qu'il reçoit du projet aux volontaires entre 12 et 24 cents le traitement respectivement pour les enfants de zéro à trois ans et ceux de trois à six ans. Dans les pharmacies privées, le traitement coûte environ 10 dollars. “Si c'est le paludisme, l'enfant est guéri en 24 heures, dans le cas contraire, la mère doit aller au dispensaire. Puisque le médicament ne coûte pas cher et ne présente aucune toxicité, il n'y a aucun problème”, ajoute Sirima.
Selon les responsables de santé, le projet facilitera l'accès au traitement dans les zones rurales, notamment celles éloignées des postes de santé.
“Par exemple pendant la saison des pluies, les inondations des pistes rurales empêchent les parents qui peuvent attendre jusqu'a trois jours pour se rendre dans les centres de santé”, affirme Joseph Sawadogo, responsable de santé à Kossilcy. “Souvent, les enfants nous arrivent très tard ou avec des cas très sévères”.
L'approche du projet permet également de résoudre le manque criant de personnels de santé dans la zone de Saponé où il existe un agent pour 2.500 habitants alors que et les centre de santé sont distants de cinq kilomètres l'un de l'autre. L'un des résultats tangibles du projet est que dans les zones qui ne participent pas à l'étude, les centres de santé reçoivent cinq fois plus de patients tandis que ceux des zones pilotes ont assez de temps pour s'occuper d'autres pathologies dont la prise en charge ne peut pas se faire à domicile, au village. Selon Sawadogo, l'un des deux agents publics d'un centre de Kossilcy, l'approche de soins à domicile, décharge ainsi les services et leur permet de s'occuper d'autre chose comme la vaccination des enfants et les conseils prodigués aux parents. “Nous ne sommes que deux et certains parents repartent après avoir attendu longtemps sans être reçus”, reconnaît-il. “Etant membre de la communauté, je vois que cela facilite l'accès des soins aux enfants du village car malgré le prix réduit, certains parents démunis nous demandent souvent de le leur vendre à crédit; mais ils remboursent toujours dès qu'ils ont l'argent”, explique Adjaratou Sawadogo, une vendeuse volontaire du village de Kougpalga, dans le centre du Burkina Faso. “Les petits bénéfices que nous recevons nous encouragent à poursuivre cette activité qui permet de sauver des vies”, ajoute Adjaratou dont le bébé de 12 mois a déjà été guéri grâce aux médicaments du projet. Environ 46,2 pour cent des 13 millions d'habitants du Burkina Faso vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec moins d'un dollar par jour, indique le rapport 2006 du Programme des Nations Unies pour le développement.
Dr Sirima déclare avoir déjà reçu des assurances du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme pour une disponibilité des médicaments en vue de la vulgarisation de l'approche du projet. Il écarte cependant l'idée d'une gratuité des soins dans ce projet contre le paludisme.
“Notre politique nationale en matière de santé interdit toute gratuité de prise en charge car cela peut avoir comme conséquence la banalisation des soins et le manque d'intérêt”, souligne-t-il. Le paludisme constitue un problème de santé au Burkina où il demeure la première cause de consultations dans les centres de santé et de décès. Selon le ministère de la Santé, en 2004, il représentait 41,5 pour cent des consultations, 57,34 pour cent des malades occupant les lits des hôpitaux et 32,36 pour cent des décès.

