KHARTOUM, 12 déc (IPS) – Des dirigeants du Groupe des Etats Afrique, Caraïbes, Pacifique (ACP) ont achevé leur cinquième sommet vendredi dans la capitale soudanaise, Khartoum — ce après deux jours de discussions sur les relations commerciales entre les ACP, un regroupement de 79 membres, qui comprend certaines des nations les plus pauvres du monde — et l'Union européenne (UE).
Le problème débattu était les arrangements commerciaux connus sous le nom d'Accords de partenariat économique (APE) : ceux-ci devraient entrer en vigueur au début de 2008 pour mettre en conformité les échanges ACP-UE avec les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).
Actuellement, les nations ACP jouissent d'un accès préférentiel aux marchés européens sans avoir à apporter un accès similaire aux nations UE. Mais avec l'OMC demandant des relations commerciales plus équitables, les nations ACP devront commencer par ouvrir leurs marchés aux produits de l'UE à partir de 2008 sous les auspices des APE. Toutefois, au cours du sommet, plusieurs pays ont indiqué qu'ils ne pouvaient simplement pas respecter la date limite du 31 décembre 2007 pour la conclusion des APE — et dans la déclaration finale du sommet, les Etats membres ont demandé plus de temps pour boucler les discussions sur les détails des accords.
"Nous avons convenu que les régions ACP ne devraient négocier ces questions que lorsqu'elles seront prêtes à le faire", note la 'Déclaration de Khartoum'.
"Nous exhortons les groupes de négociation des APE régionaux à convoquer un forum général pour aborder les difficultés communes dans les négociations avec la Commission européenne", indique par ailleurs la déclaration. La commission est la branche exécutive de l'UE.
La situation au Fiji, qui a connu la semaine dernière un coup d’Etat militaire, a également fait l'objet de débats. Les Etats membres ont dénoncé le coup, qui a déposé le Premier ministre Laisenia Qarase.
"Nous condamnons fermement le renversement du gouvernement légitime et démocratiquement élu du Fiji", a déclaré le ministre soudanais des Affaires étrangères Lam Akol, lisant un extrait d'une autre déclaration distribuée à la fin du sommet — la 'Déclaration sur Fiji'. "Nous demandons que l'armée rétablisse dans leurs fonctions le Premier ministre Qarase et le gouvernement légitimement élu du Fiji".
Jeudi, des délégués ont identifié le conflit du Darfour — la région de l'ouest du Soudan — comme étant l'une des menaces sécuritaires les plus sérieuses auxquelles sont confrontées des nations ACP. Mais ils étaient plus circonspects à ce propos vendredi, bien que les Nations Unies aient qualifié la situation au Darfour comme la plus grave crise humanitaire au monde.
La Déclaration de Khartoum a condamné "le génocide, le déni de génocide, de l'épuration ethnique et de tous les crimes contre l'humanité". Toutefois, elle n'a pas expressément mentionné le Darfour.
Les Etats-Unis ont indiqué qu'un génocide était en cours dans la région, où des forces gouvernementales et des membres de tribus arabes connues sous le nom de "janjaweed" ('cavaliers') sont accusés de cibler divers groupes ethniques en réponse à une offensive lancée par l'Armée/Mouvement de libération du Soudan (SLA/M) et le Mouvement pour la justice et l'égalité au début de 2003.
Ces deux organisations rebelles, qui ont pris des armes pour protester contre la négligence présumée du Darfour, recevraient du soutien des groupes ethniques attaqués.
Des dizaines de milliers de personnes seraient mortes au Darfour, tandis que quelque deux millions d'autres ont été déplacées par les combats dans cette région.
Mais dans une conférence de presse après le sommet, le président soudanais Omar Hassan Ahmed el-Béchir a accusé les rebelles, qui se sont depuis unis, d'avoir créé un nouveau groupe pour une violence continue dans la région, et a accusé les gouvernements occidentaux d'aggraver les difficultés au Darfour.
"S'il y a quelconques problèmes sécurité au Darfour à l'heure actuelle, c'est simplement à cause du Front national de rédemption", a indiqué Béchir. "Ils ont commencé les attaques et une action militaire".
Le front est un regroupement de rebelles issus aussi bien du SLA/M que du JEM qui ont refusé de signer un accord de paix pour le Darfour — datant du 5 mai — négocié par l'Union africaine à Abuja, au Nigeria.
Une seule faction du SLA/M, conduite par le commandant Minni Minnawi, a avalisé l'accord. D'autres ont dit que l'accord ne satisfaisait pas leurs exigences fondamentales de partage des richesses et du pouvoir.
La semaine dernière, Minnawi a laissé entendre qu'il pourrait également retourner à la guerre, suite aux attaques des janjaweed contre le nord de la capitale du Darfour, El Fasher.
En août, le Conseil de sécurité des Nations Unies a unanimement approuvé la résolution 1706, qui prévoit de remplacer la force de maintien de paix de l'Union africaine — qui tire le diable par la queue — actuellement sur le terrain au Darfour par une force onusienne de quelque 22.000 soldats de maintien de la paix.
Le gouvernement de Béchir s'oppose fermement à toute intervention de l'ONU, qui a qualifié les événements au Darfour d'épuration ethnique, comparant l'institution mondiale à des colonisateurs.
Au cours du sommet, les Etats ACP ont également demandé un financement supplémentaire de la part de l'UE, même si l'institution européenne serait opposée à l’inclusion des propositions d'aide dans les APE.
Par ailleurs, ils ont discuté du problème de migration de certaines des nations les plus pauvres du monde vers l'Europe, de la durabilité de l'environnement, et des Objectifs du millénaire pour le développement de l’ONU — convenus en 2000 pour réduire de moitié la pauvreté mondiale, réaliser l'éducation primaire universelle, et faire baisser le taux de mortalité maternelle et infantile — entre autres objectifs.
Le groupe ACP a été créé en 1975, au départ pour améliorer la coopération entre les Etats membres et l'UE. Un certain nombre de nations ACP sont d'anciennes colonies européennes.
Les objectifs du groupe comprennent maintenant l'intégration de ses membres dans l'économie mondiale et la réduction de la pauvreté dans les pays ACP.

