DEVELOPPEMENT-RDC: Une lueur d'espoir pour les enfants des mines katangaises

BRUXELLES, 10 oct (IPS) – Quelque 50.000 enfants travaillent dans des conditions dramatiques au fond des mines du Katanga, dans le sud-est de la République démocratique du Congo (RDC).

Avec le soutien du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), l'organisation non gouvernementale (ONG) belge 'Groupe One' tente de proposer une autre option à ces jeunes 'creuseurs'. Raf Costermans, le représentant de l'ONG sur place, souligne cependant des changements prudents de la part des autorités locales, sans toutefois crier trop vite victoire.

Le sous-sol de la province du Katanga regorge de minerais comme le cuivre, le cobalt et le coltan. L'effondrement de l'économie formelle et le déclin de la Gécamines — l'entreprise minière d'Etat — ont entraîné l'explosion d'une exploitation minière artisanale et du travail des enfants dans les gisements. En 1986, la Gécamines produisait encore près de 500.000 tonnes de cuivre, contre 15.000 tonnes en 2003.

“Le déclin de la Gécamines a eu d'énormes conséquences”, note Costermans, “car elle possédait de nombreuses entreprises satellites et des fournisseurs qui ont également été durement touchés par la faillite”. Paternaliste, l'entreprise finançait également des écoles, des hôpitaux et des minoteries. “Toutes ces initiatives ont connu d'importantes difficultés après la chute de la Gécamines et une économie parallèle s'est ensuite développée, dont la production minière artisanale”, explique-t-il.

Le travail des enfants touche toute la région de la “ceinture du cuivre”, qui s'étend depuis la Zambie et traverse la province du Katanga. “Les travailleurs mineurs en âge sont pour l'essentiel concentrés dans les concessions situées autour de Kolwezi (sud), Likasi et Lubumbashi”, note le représentant de Groupe One. Selon l'ONG, entre 100.000 et 140.000 personnes creusent dans les mines de la province, dont environ 50.000 enfants. “Nous ne disposons pas de statistiques officielles et aucun département de l'administration ne s'occupe de cette problématique”, déplore-t-il.

Les jeunes mineurs ont entre sept et 18 ans. “Dans la région de Lubumbashi, 65 pour cent des enfants occupés dans les mines ne fréquentent plus l'école. Les autres tentent de partager leur temps entre les bancs de l'école et le labeur à la mine. Souvent, ce sont les aînés des familles qui doivent prendre en charge leurs frères et sœurs. Si le père est décédé, il y a davantage de risque que les enfants se retrouvent au fond de la mine”, constate Costermans.

Le travail à la mine a des conséquences désastreuses pour la santé des enfants. “C'est un travail difficile. Ils doivent porter sur leurs dos des sacs écrasants, ils respirent les poussières de métaux lourds. Les effets se font très vite ressentir : maux en tous genres et irritations des yeux, sans compter les risques de cancer qu'ils pourraient développer à plus long terme”, estime le responsable de Groupe One.

Comme leurs collègues adultes, les enfants des mines katangaises creusent sans masque, sans gants et sans casque. Il n'y pas de consignes de sécurité et les accidents sont fréquents. “Les conditions sanitaires sont souvent déplorables. S'ils ont soif, les travailleurs doivent boire l'eau des puits ou des rivières. Pour travailler plus vite, les mineurs consomment régulièrement de l'alcool et de la marijuana. De jeunes filles viennent aussi se prostituer près des mines, ce qui favorise la progression du HIV”, explique Costermans.

A Shinkolobwe, près de Likasi, se trouve le gisement dont a été extrait, durant la Seconde Guerre mondiale, l'uranium qui a permis aux Américains de fabriquer la première bombe atomique. Officiellement, plus personne n'y travaille, mais la réalité semble tout autre. Certains témoins ont en effet rapporté que des mineurs y ont été hautement contaminés par de la radioactivité, à tel point que leur présence perturbait les appareils radio et de télévision. Plusieurs enfants nés dans la région présentent des malformations. “Certains enfants sont venus au monde sans cerveau”, remarque Costermans.

Depuis peu, les autorités katangaises semblent davantage se préoccuper du sort des enfants dans les mines. L'implication d'ONG comme Groupe One, les préoccupations manifestées par l'Organisation internationale du travail (OIT) et divers reportages parus dans la presse internationale ont mis au jour leurs conditions de travail. “Mais on ne peut pas encore véritablement parler d'un net recul du nombre d'enfants actifs dans les mines”, indique Costermans.

L'an dernier, Groupe One et l'OIT ont mis en place un projet commun de lutte contre le travail des enfants dans les mines artisanales du Sud-Katanga. L'ONG, établie à Bruxelles, a reçu le soutien de la direction générale belge de la Coopération au développement. L'objectif est de sensibiliser la population et les autorités locales à cette question, mais également d'arracher ces enfants des mines et de responsabiliser davantage les exploitants.

Grâce à ce projet, mené en collaboration avec l'UNICEF, un premier groupe de 250 enfants âgés de moins de 15 ans a déjà pu quitter les gisements de la région et retrouver les bancs de l'école. “Nous soutenons les familles de ces enfants, nous essayons de faire en sorte qu'elles puissent démarrer d'autres activités économiques afin que les parents puissent eux-même, l'an prochain, prendre en charge les frais de scolarité de leurs enfants”, ajoute Costermans.

En novembre, un deuxième groupe de 250 enfants, âgés cette fois de plus de 15 ans, devrait également être pris en charge et suivre une formation de trois à neuf mois leur permettant de devenir électriciens ou cordonniers. “A l'issue de leur formation, ils seront encadrés et orientés vers un système de création de micro-entreprises”, affirme le responsable de Groupe One. Grâce au Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies, ces adolescents recevront un repas par jour durant toute la durée de leur formation.