WINDHOE, 15 juin (IPS) – –Bien que l'économie mondiale avance à
une allure
qui dépasse le développement de plusieurs économies africaines,
l'Afrique
peut toujours jouer un rôle important sur le marché mondial,
indiquent les
économistes et les experts financiers.
"Perdants et les gagnants dans le processus de la
mondialisation" est
l'une des principales questions qui ont été débattues à la
conférence de
trois jours organisée dans la capitale Namibienne sur le thème
'Afrique
Australe : Intégration économique régionale et le processus de la
mondialisation'.
Cette conférence qui a débuté le mercredi et a pris fin vendredi
dernier, a
été financée par le Fonds Monétaire International (FMI) et la
Fondation
Friedrich Ebert de l'Allemagne.
D'après Robert Sharer du FMI, la bonne gouvernance, la
transparence et la
libéralisation des systèmes d'échanges sont autant d'étapes que
l'Afrique
doit franchir pour s'intégrer dans l'économie mondiale.
L'Afrique est progressivement restée à la traîne dans le commerce
mondial au
cours des deux dernières décennies, avec sa part du marché mondial
présentement inférieure à 2%, a indiqué Sharer.
L'un des avantages de la libéralisation, a ajouté Sharer, est
qu'elle permet
aux pays de se spécialiser dans les produits pour lesquels ils ont
un
avantage comparatif, en d'autres termes, des biens qu'ils peuvent
produire
très efficacement. Et, les études ont prouvé qu'il existait un
lien absolu
entre le libre échange et la performance de la croissance, a-t-il
ajouté.
"L'Ouganda et le Ghana sont deux exemples de pays qui ont fait
des progrès
significatifs dans la libéralisation et ont déjà connu une nette
amélioration en matière de compétitivité, de commerce,
d'investissement et
de la performance de la croissance économique", a-t-il déclaré.
L'amélioration de la gouvernance et de la transparence est un
autre avantage
des systèmes de libre échange, qui en plus, améliore les
conditions
d'investissement dans le pays.
Sharer a souligné que les systèmes commerciaux des économies
africaines
sont fortement protégés et plus restreints, par rapport aux pays
industrialisés et les autres pays en développement.
Un exemple palpable est la moyenne des taux tarifaires à
l'importation en
Afrique Australe qui dépassent 20% contre 13% pour les autres pays
en
développement et 6% pour les pays industrialisés. Les pays
industrialisés
dominent le commerce mondial, ce qui illustre la nécessité pour
les pays
africains de libéraliser davantage leur économie, a indiqué
Sharer.
Mais selon Moses Banda de l'Association Economique de la Zambie,
l'entrée de
l'Afrique dans le marché mondial dépendra beaucoup plus du suivi
des
recommandations du FMI.
Banda ne partage pas le point de vue de Sharer sur l'Ouganda et le
Ghana,
affirmant que bien qu'ils aient une bonne performance sur le plan
économique, beaucoup reste à faire en matière de bonne
gouvernance.
Et quant au suivi des programmes prescrits par le FMI et la Banque
Mondiale
aux pays africains, Banda a affirmé que les deux institutions
multilatérales
ont toujours tendance rop changer les règles du jeu et que
plusieurs pays
ne savent plus à quoi s'attendre à l'avenir.
Ce n'est pas facile pour les pays africains d'atteindre les
avantages
comparatifs dans certains produits, puisque la plupart des pays
africains
fabriquent les mêmes produits, et certains produisent plus
efficacement que
d'autres, a-t-il laissé entendre.
"Nous devons aider ces pays faibles à accroître leurs avantages
comparatifs, parce qu'ils pensent que quoiqu'ils produisent, ils
seront
toujours perdants", a-t-il déclaré.
Dirk Hansohm, grand chercheur au sein l'unité de recherche de la
politique
économique en Namibie, croit cependant que l'Afrique, notamment
les pays de
l'Afrique Australe qui sont des retardataires dans la
libéralisation,
doivent entrer dans le processus mondial selon leur propre rythme.
Une question fondamentale que l'on doit se poser, selon Hansohm,
est celle
de savoir "qui est le perdant et le gagnant dans la
libéralisation de
l'économie qu'est ce qu'elle a apporté de spécial à l'allégement
de la
pauvreté ?"
La libéralisation de l'économie doit suivre un rythme "local", a
indiqué
le chercheur. "Le processus doit être compris et mené par la
société".
Le directeur adjoint du FMI chargé de la section africaine,
Ernesto Carta, a
dit aux participants à la conférence que les gagnants et les
perdants du
processus de mondialisation sont clairement connus. "Les gagnants
sont les
consommateurs qui bénéficient des bas prix, alors que les perdants
sont les
propriétaires et les travailleurs des secteurs spécifiques qui
sont victimes
des licenciements".
Carta a par ailleurs reconnu que les pays en développement,
notamment ceux
d'Afrique, sont confrontés à un problème unique puisqu'ils ne
jouissent pas
de sécurités sociales nettes auxquelles ils pourront avoir recours
au moment
des réformes économiques. "Comment traiter avec les entreprises
qui devront
fermer ? C'est à la fois une question de survie et de formation et
de
recyclage", a-t-il indiqué.
Herbert Jauch de l'Institut de Recherche et de la ressource de
l'entreprise
en Namibie, a cependant, souligné qu'il y a plus de perdants que
de gagnants
dans la mondialisation de l'économie, qui a conduit à une richesse
sans
précédents de qui se trouve concentrée entre les mains de quelques
personnes.
Il a cité une conférence brésilienne en 1997 qui a conclut que la
zone de
libre échange du nord atlantique (NAFTA) a durement touché les
petites et
moyennes entreprises Mexicaines, dont plusieurs ont fermé. La
conséquence
sera beaucoup plus critique en Afrique, dont l'économie est plus
faible que
celle du Mexique, a-t-il affirmé.
"Les gagnants sont les grands acteurs industriels – les sociétés
multinationales qui peuvent user de leur pouvoir et influencer la
continuité
des disparités", a-t-il indiqué, avant d'exhorter les délégués à
considérer
les réalités sociales de la mondialisation de l'économie.
Mais les participants continuent de rassurer les économistes
africains que
l'économie mondiale pouvait doter le continent de l'une des
panacées pour
accroître le développement.
Les études du FMI, a-t-il indiqué, ont démontré que plus un pays
est intégré
dans le processus de la mondialisation, plus il est développé.
Les pays du sud-est d'Asie, malgré leurs problèmes actuels, ont
fait "des
progrès spectaculaires" en matière de l'allégement de la pauvreté
et des
disparités du revenu, a ajouté Sharer.

