NAIROBI, 14 sep (IPS) – Les efforts pour ramener la paix dans le nord de l’Ouganda ont été mis en exergue ces derniers jours durant une visite en Afrique du sous-secrétaire général des Nations Unies aux affaires humanitaires, Jan Egeland.
Pendant deux décennies, la région a été paralysée par un conflit entre des forces gouvernementales et l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), un mouvement rebelle qui veut créer une administration basée sur les Dix commandements de la bible.
Des milliers de personnes ont trouvé la mort dans les combats, tandis que la LRA a également acquis une triste réputation pour ses violations des droits de l’Homme -– notamment l’enlèvement d’enfants pour servir comme soldats, porteurs et esclaves sexuels. D’après les estimations de l’ONU, le nombre d’enfants kidnappés depuis le début de la guerre serait d’environ 25.000. S’adressant mardi aux journalistes dans la capitale kényane, Nairobi, à la fin de sa tournée de huit jours, Egeland a réitéré un appel lancé plus tôt au cours de sa visite en faveur de la libération des femmes et des enfants toujours détenus par la LRA.
‘’Nous recommandons la libération des femmes et des enfants…Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour aider les femmes et les enfants soldats lorsqu’ils arriveront aux points de rassemblement’’, a-t-il déclaré (Egeland est également le coordonnateur de l’aide d’urgence de l’ONU). Il faisait référence aux centres créés dans le Sud-Soudan où des combattants rebelles devraient se rassembler, alors que des négociateurs du gouvernement de l’Ouganda et de la LRA poursuivront les derniers pourparlers visant à mettre fin au conflit. Les pourparlers se déroulent dans la capitale du Sud-Soudan, Juba, sous la médiation du gouvernement du Sud-Soudan. Des discussions ont commencé il y a plus de deux mois et sont sur le point de reprendre, avec des autorités ougandaises et des rebelles qui sont parvenus à une trêve en août.
Au cours de son séjour, Egeland a visité Juba, apparemment en vue de donner un nouvel élan aux négociations de paix. Pendant qu’il était là-bas, il avait rencontré le président du Sud-Soudan (et vice-président du Soudan), Salva Kiir; le vice-président du Sud-Soudan, Riek Machar; ainsi que des représentants du gouvernement de l’Ouganda et de la LRA -– dont le numéro deux du mouvement rebelle Vincent Otti.
L’implication du Soudan dans la guerre du nord de l’Ouganda remonte à plus d’une décennie, lorsque le gouvernement de Khartoum a commencé par soutenir la LRA en réponse au soutien que l’Ouganda apportait aux rebelles du Sud-Soudan. La guerre civile soudanaise a pris fin l’année dernière.
Egeland a également passé une nuit dans un camp pour personnes déplacées dans le district de Gulu, dans le nord de l’Ouganda, où il avait eu des entretiens avec des gens contraints de quitter leurs maisons, sur les difficultés auxquelles ils étaient confrontés — et leurs espoirs pour le processus de paix.
La maladie et la malnutrition sont endémiques dans les camps pour personnes déplacées, qui abritent près de deux millions d’Ougandais déplacés par le conflit.
La guerre a également créé ce qui est connu sous le terme de ‘’marcheurs de nuit’’ : des milliers d’enfants qui se rendent à pied dans les villes, où ils passent la nuit dans des rues et des enceintes d’églises pour éviter d’être enlevés par la LRA.
Toutefois, la paix relative ayant suivi la trêve du mois dernier a vu le nombre de marcheurs de nuit passer d’une pointe de 40.000 à 10.000 dans les villes de Gulu, Kitgum et Kalongo, affirme Martin Mogwanja, représentant en Ouganda du Fonds des Nations Unies pour l’enfance.
‘’Ceux qui arrivent encore fuient non par peur d’enlèvement mais à cause de problèmes sociaux, comme le surpeuplement’’, a-t-il dit à IPS.
Malgré l’amélioration de la situation dans le nord de l’Ouganda, il y a une appréhension sur le processus de paix –- entre autres que les inculpations de la Cour pénale internationale (CPI) contre les leaders de la LRA Joseph Kony, Otti, et trois autres chefs rebelles ne mettent en péril les négociations.
Les cinq ont été accusés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité –- et des mandats d’arrêt ont été lancés contre eux. Toutefois, des informations indiquent que les commandants ont subordonné un accord de paix final à la levée des inculpations par la CPI.
Tout porte également à croire que certains dans le nord de l’Ouganda sont pour l’utilisation de systèmes traditionnels de justice pour amener les membres de la LRA à rendre des comptes pour leur conduite durant la guerre.
Mais, Egeland a soutenu qu’on doit laisser les inculpations de la CPI suivre leur cours : ‘’La notion selon laquelle l’inculpation mettra fin au processus de paix est fausse…La justice doit être rendue, et d’une façon qui ne bloquera pas la paix ou la réconciliation’’.
Il a également souligné que le gouvernement de l’Ouganda devait répondre de violations de droits dans le nord de l’Ouganda, une accusation reprise en écho par ‘International Crisis Group’, un groupe de réflexion basé à Bruxelles.
‘’L’armée ougandaise a failli dans sa mission de protection des populations civiles, non seulement de la LRA, mais également de ses propres troupes, qui ont été, dans certains cas, la principale source d’insécurité dans les camps (pour personnes déplacées)’’, a indiqué le groupe dans une communication publiée en janvier et intitulée ‘Une stratégie pour mettre fin à la crise du nord de l’Ouganda’.
‘’Elle doit se redéployer de manière à accorder la priorité à la protection, et le gouvernement devrait juger tous les soldats accusés de violations de droits de l’Homme et les punir convenablement s’ils sont reconnus coupables’’.
La visite d’Egeland le conduira également en République démocratique du Congo, où il aurait dénoncé la violence à l’égard des femmes et des filles, qui a caractérisé le conflit dans ce pays –- tout comme en Ouganda.

