JOHANNESBURG, 13 sep (IPS) – Avec des pays d'Afrique représentant à peu près la moitié des membres du Mouvement des non-alignés (MNA), on pourrait dire que ce continent a un intérêt particulier pour les futures stratégies et l'efficacité du regroupement — qui tient actuellement son quatorzième sommet, à Cuba.
Alors que certains mettaient en doute la valeur d'une organisation qui était un produit de la politique de la Guerre froide, d'autres n'ont aucun doute sur l'utilité continue du MNA — en particulier pour ce qui concerne l'Afrique.
"Vous ne pouvez pas faire face aux questions de globalisation en tant que pays. Les plus petits acteurs sont vulnérables; ils ne peuvent bien jouer que dans une organisation plus grande comme le MNA", a déclaré Rok Ajulu, un professeur de relations internationales à l'Université de Witwatersrand, à Johannesburg, la capitale économique d'Afrique du Sud.
"Je pense qu'il y a toujours de la place pour le MNA", a-t-il ajouté, dans un entretien avec IPS. "Le MNA doit seulement se redéfinir lui-même".
Des propos similaires sont venus de Bongani Masuku, secrétaire général du Réseau de solidarité pour le Swaziland basé à Johannesburg, un groupe de pression faisant campagne pour un changement politique au Swaziland, où les partis d'opposition sont interdits.
"Le nom pourrait ne plus être approprié, mais l'idée de solidarité parmi les pays pauvres n'a jamais été si pertinente…étant donné la controverse autour des négociations de l'OMC et la manière dont les Etats-Unis sont en train de malmener tout le monde", a-t-il dit à IPS, en référence à l'échec — en juillet — des négociations de l'Organisation mondiale du commerce visant à aider les nations en développement à tirer plus profit du commerce mondial.
Certains gouvernements africains et groupes de la société civile se sont opposés vivement à la guerre contre le terrorisme menée par les Etats-Unis.
Le MNA a commencé dans les années 1950, au moment où certains pays cherchaient à rester neutres dans l'impasse entre les Etats-Unis et l'Union soviétique. Ces préoccupations avaient réuni 29 Etats africains et asiatiques à Bandung, en Indonésie, en 1955 — une rencontre qui a jeté la base du premier sommet du MNA organisé six ans plus tard à Belgrade, la capitale de l'ex-Yougoslavie. Au cours des années qui ont suivi, certains membres du MNA n'ont pas adhéré pleinement aux principes du mouvement de non-alignement, mettant en doute sa crédibilité. La fin de la Guerre froide a mis tout de même un autre point d'interrogation sur la viabilité du MNA.
"Je pense que le MNA était faible durant la Guerre froide : il était manipulé aussi bien par les Soviétiques que par l'Occident. Pendant la Guerre froide, nous n'avions pas de choix à cause des tensions des entre les superpuissances. Maintenant, les tensions ont pris fin", a déclaré Claude Kabemba de ‘Human Sciences Research Council of South Africa’ (Conseil sud-africain pour la recherche en sciences humaines), basé à Pretoria, une institution financée en partie par le gouvernement.
"Nous avons maintenant plus d'espace, qui a besoin d'être soutenu par une économie forte", a-t-il dit à IPS.
Le sommet actuel verra une tentative pour donner un coup de fouet au MNA. Des Etats membres devraient adopter une déclaration qui réaffirme l'importance du mouvement, tandis que les initiatives pour renforcer la coopération dans les questions comme l'utilisation efficace de l'énergie et la formation du personnel de santé sont également possibles. "L'on peut dire que la Guerre froide est finie…Mais sur le plan économique, le monde est toujours une société divisée", a noté Kabemba.
La déclaration se focalise également sur les développements politiques internationaux, comme la récente offensive d'Israël contre le Liban, qui a suivi l'enlèvement de deux soldats israéliens par le Hezbollah — un groupe politique et militaire de musulmans chiites.
"La Palestine et le Cachemire sont d'autres questions brûlantes. Au douzième sommet du MNA en Afrique du Sud, (l'ancien président Nelson) Mandela a tenté de mettre en avant la question du Cachemire sur la scène internationale, mais l'Inde n'avait pas aimé cela", a indiqué à IPS, Garth le Pere, directeur exécutif de l'Institut pour le dialogue mondial, un groupe de réflexion basé à Johannesburg. Le territoire du Cachemire se trouve le long de la frontière du Pakistan et de l'Inde, et est revendiqué par les deux pays. L'Inde considère la polémique sur le Cachemire comme quelque chose qui doit être réglé sur le plan interne, a expliqué Le Père.
Etant donné que Cuba est un Etat à parti unique, avec une performance irrégulière en matière de droits de l'Homme, le dernier sommet pourrait avoir sa propre part de sujets délicats.
"Il est peu probable que les questions de mauvaise gouvernance, d'autoritarisme dans les Etats membres et de démocratisation soient soulevées à Cuba. Cuba les considère comme (une partie) du programme occidental…Je trouve cela préoccupant", a observé Le Pere.
Quelque 50 chefs d'Etat et de gouvernement sont attendus au sommet programmé du 11 au 16 septembre, ainsi que des personnalités comme le secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan, Amr Moussa — secrétaire général de la Ligue arabe — et Alpha Oumar Konare, président de la Commission de l'Union africaine.
Les sommets du MNA ont lieu à peu près tous les trois ans. L'organisation compte actuellement 118 Etats membres.

