RUSSIE: Putin tente d'établir un pont vers l'Afrique

MOSCOU, 12 sep (IPS) – Le président russe Vladimir Putin a cherché à établir de nouveaux ponts avec l'Afrique lors d'une visite la semaine dernière – avec le développement parmi ses principaux piliers.

Fraîchement revenu de la réunion des chefs de gouvernement du Groupe des huit nations les plus industrialisés à St. Petersburg en juillet, Putin est allé avec des promesses de développement à travers l'expansion du commerce et la promotion de l'éducation, ainsi que le soutien à la lutte contre le VIH/SIDA. Ces questions ont été soulevées comme priorités au sommet du G8.

Pour atteindre ces objectifs fixés, la Russie et la Banque mondiale ont convenu de collaborer à un échange dette contre développement pour canaliser 250 millions de dollars pour des projets de développement en Afrique subsaharienne.

A Pretoria, Putin a eu des discussions avec le président sud-africain Thabo Mbeki sur le développement de la coopération économique et politique entre les deux pays. La Russie et l'Afrique du Sud explorent des possibilités d'utiliser leur énorme richesse minière pour exploiter leur potentiel mutuellement.

Le voyage de cinq jours de Putin, qui a couvert l'Afrique du Sud et le Maroc, a également cherché de nouveaux marchés pour des entreprises russes. Il était accompagné d'environ 100 délégués, la plupart de grands dirigeants d'entreprises.

Dans la capitale marocaine Rabat, Putin a tenté de dissiper les craintes au sujet d'un contrat d'armes de plus de 7,5 milliards de dollars que la Russie a conclu avec l'Algérie au début de cette année. Les relations entre l'Algérie et le Maroc sont mises à rude épreuve au sujet du Sahara occidental, qui est en grande partie sous occupation marocaine.

Au cours de son périple, Putin a tenu particulièrement à mettre en avant les intérêts russes sur le marché de l'énergie nucléaire.

"Nous ne voyons pas un terrain de jeu absolument égal sur le marché de l'énergie nucléaire aujourd'hui", a-t-il dit aux journalistes à Casablanca. "Les intérêts de la Russie sont en train d'être foulés aux pieds. La Russie travaillera pour plus de reconnaissance de son intérêt sur le marché de l'énergie nucléaire, et nous avons des choses à discuter avec nos partenaires ici". Putin a, d'un point de vue stratégique, dépêché plus tôt le ministre des Affaires étrangères Sergey Lavrov en Angola pour ouvrir un bureau de représentation de la Vneshtorgbank de Russie.

"C'est la première structure financière avec participation de capitaux russes en Afrique, et c'est agréable que cela ait été établi en Angola, un pays ami", a déclaré Lavrov.

Lavrov a continué sur Addis Abeba en Ethiopie pour remettre un message spécial de Putin au Premier ministre Meles Zenawi. Une visite prévue dans la capitale nigériane Abuja a été annulée, les autorités nigérianes n’ayant pas confirmé un programme précédent.

Des critiques estiment que les anciens présidents Mikhail Gorbachev et Boris Yeltsin ont fait très peu sur le continent par rapport à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Cette approche a clairement changé.

"Maintenant, les autorités du Kremlin sont en train de donner la priorité à la politique russe avec l'Afrique", a indiqué à IPS, Bashiru Obasekola, un analyste de la politique économique africaine à ‘Dutch Independent Media’ basé à Moscou.

"C'est le moment pour la Russie, en tant que membre du G8, de montrer de façon concrète son engagement vis-à-vis des missions qui ont été assignées durant les précédents sommets", a-t-il souligné. La Russie doit faire cela "non pas par la rhétorique diplomatique, mais en prenant visiblement des initiatives pour aider au développement économique de l'Afrique et réduire la pauvreté, et pour améliorer les niveaux de vie sociale pour la population pauvre".

Le vice-directeur de l'Institut des études africaines, Vladimir Shubin, a dit à IPS que "c'est important que la vieille relation se soit transformée en une nouvelle étape, avec un nouvel engagement dans le dialogue politique multidimensionnel. Ceci apporte maintenant un nouvel élan pour construire des relations plus diversifiées avec les pays africains".

Mais Shubin a affirmé que la Russie ne faisait pas assez pour communiquer ses forces et ses politiques au public en Afrique. Des moyens efficaces d'influencer l'opinion publique en Afrique, comme la radiodiffusion et la publication dans les langues locales, ont été gâchés à l'époque de Yeltsin et doivent être développés à nouveau, a-t-il souligné.

Le professeur africain-russe à l'Université d'Etat de Moscou, Gabriel Kochofa, demande également une ouverture plus efficace vers l’Afrique.

"La partie significative de la réponse à toutes ces questions est d’enchâsser et d'incorporer l'Afrique à la Russie en utilisant des spécialistes que la Russie a formés au fil des années pour bâtir une amitié et une coopération sincères entre la Russie et les pays africains", a-t-il dit à IPS.

Moscou, qui utilisait plusieurs pays africains comme des pions contre l'Occident durant l'époque de la Guerre froide, a perdu une grande partie de son influence sur le continent en faveur de la Chine. Mais dans son discours sur l'état de la nation en mai, et au sommet de St. Petersburg en juillet, Putin a déclaré que la Russie voulait maintenant de meilleures relations avec l'Afrique.

Des critiques affirment que les nouvelles initiatives ne sont pas suffisantes. Putin, estiment-ils, est allé de l'Afrique du Sud au Maroc, en sautant 'l'Afrique noire' en cours de route.