NAIROBI, 3 juil (IPS) – Plus de 80 pour cent des Kényans dépendent directement de l'agriculture pour leur survie, selon des statistiques gouvernementales. Mais, certains agriculteurs dans ce pays d'Afrique orientale ont beaucoup de mal à tirer tout le bénéfice de leurs produits, parce qu'ils ne peuvent pas y ajouter une valeur.
L'Institut africain pour le développement des capacités (AICAD) est, cependant, en train d'équiper des agriculteurs pour surmonter cet obstacle..
L'AICAD est une initiative conjointe du Kenya, de l'Ouganda et de la Tanzanie, et est appuyée par le gouvernement nippon à travers l'Agence japonaise de coopération internationale. Basé à 'Kenyatta University of Agriculture and Technology' (l'Université d'agronomie et de technologie Jomo Kenyatta) à Juja, juste au nord de la capitale kényane, Nairobi, l'institut a pour principal objectif de réduire la pauvreté en Afrique à travers un développement des capacités.
Le programme de formation à la valeur ajoutée de l'AICAD a commencé en novembre, l'année dernière. A ce jour, il a vu des agriculteurs au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie être formés, alors qu'une deuxième série de formation est en cours. Selon Jane Kembo, directrice de la formation et de l'extension de l'AICAD, 30 agriculteurs ont été formés dans chacun des trois pays. Ajouter une valeur sur le plan agricole implique la transformation des produits agricoles en produits d'une plus grande valeur, avec une plus longue durée de conservation, qui peut rapporter aux producteurs des revenus supplémentaires. Par exemple, le lait pourrait être traité pour fabriquer du fromage et du beurre, entre autres produits.
Même si le programme de l'AICAD est relativement nouveau, il a déjà produit des bénéfices.
"Nous avons mené deux activités de contrôle, et jusqu'à 60 pour cent des agriculteurs ont amélioré leurs revenus d'au moins 30 pour cent après la formation sur la valeur ajoutée", a déclaré Kembo à IPS.
"Nous avons beaucoup d'histoires à succès…Par exemple, il y a des agriculteurs qui réalisent jusqu'à 1,2 million de shillings kényans (environ 16.200 dollars) sur une seule récolte par saison, après la formation sur des cultures comme les 'snow peas' (pois de neige).
Ce succès peut toutefois amener avec lui une nouvelle série de problèmes.
"Une fois qu'ils (agriculteurs) ajoutent une valeur à leurs produits, ils ne sont plus des producteurs mais des fabricants. Ils seraient entrés en compétition avec des produits importés de la région et du monde entier", affirme James Nyoro, directeur exécutif de l'Institut de politique agricole et de développement Tegemeo à l'Université Egerton, également basée au Kenya.
"Mais pour nos agriculteurs, faire des affaires rime avec un coût élevé parce qu'à la minute où ils ajoutent une valeur, ils sont aux prises avec le coût élevé de l'énergie (et) du transport à cause des mauvaises infrastructures et des télécommunications", ajoute-t-il, en référence aux réseaux routiers et ferroviaire en mauvais état dans des parties d'Afrique de l'est.
Kembo a souligné : "L'agriculteur a besoin d'infrastructure pour soutenir sa production. Ce n'est pas suffisant de dire aux fermiers 'Produisez davantage', si leurs produits vont pourrir dans les champs".
Une façon de contourner cette difficulté pourrait être pour les coopératives de fermiers de s'associer pour installer des usines de transformation, afin de pouvoir répartir les coûts de l'énergie et du transport en faisant face à ces dépenses en tant que groupe.
La 'Githunguri Dairy Farmers Cooperative Society' (Société de coopérative des fermiers de produits laitiers de Githunguri), dans le centre du Kenya, semble avoir réussi cet exploit. Sous les auspices de la société, plusieurs groupes d'agriculteurs ont créé une usine pour la production de lait pasteurisé, de yoghourt et de fromage, qu'on peut trouver dans des chaînes de supermarchés à travers le pays.
Mais, les producteurs qui surmontent les contraintes d'énergie et de transport doivent encore être la cible d'une politique fiscale punitive.
"A la minute où vous apportez une valeur ajoutée, vous deviez vers la transformation…Vous êtes régi par des politiques qui influencent l'industrialisation, et elles viennent avec des taxes élevées", affirme Nyoro.
En conséquence, des appels ont été lancés pour que le gouvernement élabore des politiques qui accordent des mesures plus incitatives en faveur de la valeur ajoutée — appels dont les autorités au Kenya semblent être en train de tenir compte.
Un document gouvernemental présenté l'année dernière à un atelier sur l'addition de la valeur aux produits agricoles, organisé à Nairobi, parle de l'exonération des produits importés utilisés dans la transformation — des frais de douane et de la taxe sur la valeur ajoutée. Il mentionne également l'assistance pour des investissements dans l'installation et l'équipement.
Le manque d'accès aux crédits pour démarrer des initiatives liées à la valeur ajoutée est un autre obstacle, alors que les subventions agricoles dans des nations riches peuvent également être problématiques. Des agriculteurs africains peuvent ajouter de la valeur à leurs produits, mais ils ne peuvent souvent pas vendre ces produits à un prix aussi moins élevé que leurs homologues dans le monde développé.
"Cela signifie que leurs (agriculteurs africains) produits coûteront chers et qu'ils ne pourront pas concurrencer des produits venant de pays occidentaux qui subventionnent leurs fermiers", souligne Nyoro.
La question des subventions s'est révélée une pomme de discorde dans les négociations sur le commerce international, où des nations riches ont refusé de mettre fin au financement.
Des rapports issus du dernier round de discussions, en cours dans la ville suisse de Genève, indiquent que des nations riches et des nations en développement sont toujours en désaccord sur le protectionnisme agricole — avec l'Inde menaçant de quitter, jeudi, en l'absence de plus grandes réductions sur les subventions américaines.
Le soi-disant Round de négociations de Doha, dénommé ainsi en référence à la capitale qatari où il a été lancé en 2001, a fixé une croissance économique accrue dans les économies en développement comme l'un de ses principaux objectifs. Alors que le round était initialement prévu pour prendre fin en 2004, sa date de clôture a été maintenant repoussée à la fin de cette année.

