DROITS-KENYA: Un désastre humanitaire est imminent parmi les réfugiéssomaliens

DADAAB, nord-est du Kenya, 28 juin (IPS) – Pour Aaliya Omar Alas, le 20 mars 2006 est une source de tristes souvenirs. Son mari et son fils ont été tués ce jour en Somalie, au cours d'une violence qui a également dispersé les autres membres de la famille.

"Je suis triste parce que j'ai perdu mon mari et mon fils…Je ne sais pas où se trouve le reste des membres de ma famille, quatre filles et un garçon. Nous nous sommes dispersés alors que nous fuyions la violence", a-t-elle déclaré à IPS au camp de réfugiés Ifo, où elle est arrivée en avril. Le camp fait partie des trois installés à proximité d'une ville dénommée Dadaab dans le nord-est aride du Kenya.

Alas attend maintenant des nouvelles de ses enfants survivants.

"Je prie pour qu'un bon samaritain m'apporte mes enfants. J'ai appris qu'ils sont arrivés à Garissa. Même s'ils viennent, je n'ai rien à leur donner, mais au moins nous serons ensemble". (Garissa est le district dans lequel se trouvent les camps de réfugiés).

Selon le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), quelque 10.000 réfugiés somaliens sont arrivés dans les camps autour de Dadaab de janvier à mai 2006 à la suite d'une nouvelle violence dans leur pays — tandis qu'environ 500 autres ont été reçus ce mois-ci. La population totale des camps de Dadaab dépassait déjà 130.000 avant les derniers afflux, avec la plupart de ces réfugiés originaires de la Somalie.

"Nous avons besoin de plus d'argent pour faire face aux nouvelles arrivées. Si nous avons un gros afflux demain, nous pourrions ne pas avoir la capacité de subvenir à leurs besoins selon les normes", a indiqué à IPS, Niaz Ahmad, responsable local du HCR à Dadaab.

"Nous avons construit des toilettes et des abris de fortune, mais nous n'avons pas assez de toile pour ériger plus de structures", a-t-il ajouté.

Les pénuries dont parle Ahmad sont bien trop évidentes. Des huttes de fortune sont couvertes de sachets en plastique déchirés, des cartons et de vieux vêtements — dont aucun n'apporte de protection adéquate.

"Il fait très froid la nuit. Beaucoup de moustiques traversent les trous de notre hutte. C'est dangereux pour le bébé, mais que puis-je faire?", demande Dahira Maalim Abdi, montrant des piqûres de moustique sur le visage de sa petite-fille de six mois, ceci en référence à la menace que constitue le paludisme.

A ce jour, aucune épidémie n'a été rapportée. Mais le représentant du HCR, Nemia Temporal, dit que des ressources insuffisantes combinées avec le surpeuplement dans les camps signifient que la probabilité des épidémies est en train de devenir plus grande.

L'agence a fait un appel de fonds de 2,5 millions de dollars pour aider à fournir des installations sanitaires, un abri adéquat, des vivres et autres provisions aux nouveaux réfugiés venant de la Somalie.

Plus de 300 personnes ont été tuées dans ce pays d'Afrique de l'est ces dernières semaines, tandis que 1.500 ont été blessées et 17.000 déplacées dans le nouveau conflit, selon des statistiques de l'ONU.

La violence a éclaté lorsque des leaders de factions qui faisaient partie de l'Alliance pour la restauration de la paix et la lutte contre le terrorisme, qui serait financée par les Etats-Unis comme une partie de leur guerre contre le terrorisme, a commencé par s'opposer aux tribunaux islamiques qui avaient été installés pour ramener l'ordre dans la capitale, Mogadiscio.

Au début de ce mois, des militants islamiques appartenant à l'Union des tribunaux islamiques ont pris le contrôle de la ville; Mogadiscio était précédemment contrôlée par des leaders de faction, la chute de Muhammad Siad Barre en 1991 ayant déclenché des années de chaos dans la capitale, et ailleurs dans le pays. Les militants islamiques ont également repris Jowhar, au nord-ouest de Mogadiscio — un autre ancien bastion des leaders de faction.

Même si un gouvernement intérimaire somalien a commencé par fonctionner en 2004, il jouit de peu de soutien. L'insécurité à Mogadiscio a maintenu les législateurs hors de la capitale; ils travaillent actuellement depuis la ville de Baidoa, dans la partie sud-centre du pays.

La semaine dernière, le gouvernement et des leaders de l'Union des tribunaux islamiques se réunissant dans la capitale soudanaise, Khartoum, ont convenu de cesser les hostilités, et de se reconnaître mutuellement; l'accord du 22 juin a été négocié par la Ligue arabe.

Un autre round de pourparlers entre les deux groupes est attendu pour le 15 juillet.

Toutefois, des informations indiquent que samedi (24 juin), Hassan Dahir Aweys — un adversaire du président somalien Abdullahi Yusuf — a été nommé pour diriger un comité qui conseillera l'union. Le comité a été également mis en place au cours du week-end. D'autres informations font état de ce que Aweys a été interdit de visite aux Etats-Unis à cause de ses liens présumés avec le terrorisme.

Des observateurs notent par ailleurs que les leaders de faction, qui n'ont pas pris part aux pourparlers de Khartoum, pourraient mettre en péril les accords obtenus au Soudan et créer plus de dégâts en Somalie. Ceci pourrait amener beaucoup plus de personnes à fuir vers des pays voisins en tant que réfugiés, au nombre desquels des enfants comme Said Mohamed Abdullahi âgé de huit ans.

"J'ai fui la récente guerre civile. Actuellement, je ne vais pas à l'école, mais j'y allais en Somalie", a-t-il dit à IPS.

"J'espère que la guerre prendra bientôt fin pour que je puisse retourner à l'école (et) finir mon éducation, parce que je veux être un ingénieur".