BEIJING, 27 juin (IPS) – La grande tournée du Premier ministre chinois Wen Jiabao en Afrique la semaine dernière -partie intégrante de la recherche par Beijing d'une sécurisation de futures fournitures énergétiques et des matières premières pour l'économie du pays, est également en train d'être utilisée comme une plate-forme pour promouvoir l'orientation de la politique étrangère de la Chine sur le continent et ailleurs dans le monde en développement.
Les médias officiels ont décrit le voyage de Wen comme un exemple de diplomatie du 'gagner-gagner' et ont insisté sur la particularité de la Chine en tant que puissante émergeante plus généreuse et plus souple qui n'exploite pas les ressources des autres dans la recherche de gains économiques ou qui mélange les affaires avec la politique.
Des diplomates chinois ont également défendu publiquement la conduite de la Chine sur le continent, estimant que Beijing était 'désintéressée' dans son désir d'accorder de l'aide et de servir de modèle de développement pour les pays pauvres.
Le périple africain de Wen, pendant huit jours, qui a commencé le 17 juin, l'a conduit en Egypte, au Ghana, en République du Congo, en Angola, en Afrique du Sud, en Tanzanie et en Ouganda. Son voyage survient moins de deux mois après la visite du président Hu Jintao au Maroc, au Nigeria et au Kenya et cinq mois avant un forum de coopération Chine-Afrique de haut niveau, qui se tiendra en Chine. Le débordement d'activité diplomatique met en évidence le désir ardent de la Chine d'assurer l'énergie et les fournitures qui, estiment des critiques, l'a conduite à la coopération avec certains régimes peu recommandables en Afrique et au-delà. Ce mois-ci, Amnesty International, un groupe de défense des droits a accusé la Chine d'alimenter des conflits et des violations de droits de l'Homme en vendant des armes à des régimes répressifs comme le Soudan et le Zimbabwe en échange de pétrole et de ressources minières.
Mais Beijing a défendu sa conduite. "C'est injuste ou erroné de dire que les liens croissants de la Chine avec l'Afrique sont purement pour le pétrole", a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères He Yafei, à une conférence de presse, il y a quelques jours. "L'objectif de la coopération sino-africaine est d'un intérêt mutuel…c'est particulièrement propice au développement des pays africains".
Wen a également avancé la diplomatie du 'gagner-gagner' en mettant en adéquation l'attrait économique de son pays avec une ligne politique attrayante. S'exprimant à une conférence de presse à Brazzaville le 19 juin, il a affirmé que la Chine n'avait aucun "intérêt égoïste" à coopérer avec les pays africains, mais voulait aider au "développement autonome" de l'Afrique. "La Chine est en train de développer des relations avec l'Afrique conformément aux principes d'intérêt mutuel et de non-ingérence dans les affaires intérieures de l'Afrique", a déclaré Wen suite aux entretiens avec le président de la République du Congo, Denis Sassou-Nguesso.
Alors que la visite commençait, le slogan politique de non-ingérence a été mis en exergue dans l'officiel 'China Daily' du 18 juin paraissant en langue anglaise.
"La Chine est en train d'offrir une aide financière et technique sans condition aux plus nécessiteux en Afrique", a souligné un éditorial dans le journal. "Elle est en train d'encourager les pays africains à développer leur économie à travers le commerce et l'investissement dans l'infrastructure et les institutions sociales, sans dicter des conditions de réformes politiques et économiques." "Cela ressemble à un blâme direct de la politique étrangère des Etats-Unis et des puissances occidentales sur le continent", affirme un diplomate occidental basé à Beijing. "C'est la toute première fois où ils ont si ouvertement articulé leurs priorités diplomatiques en Afrique et cela a pour but de les présenter comme une puissance mondiale plus attrayante que les Etats-Unis". Des chercheurs en Chine insistent sur le fait que la visite de Wen illustre un changement graduel de Beijing, allant de la priorité aux relations avec les puissances mondiales à l'établissement d'un capital politique avec des pays en développement. Ce changement est devenu apparent depuis que Hu Jintao est devenu président en 2002. Son prédécesseur, Jiang Zemin, était partisan du renforcement des relations sino-américaines comme une condition préalable au développement économique continu de la Chine.
"Les visites en Afrique cette année, d'abord du président chinois et maintenant du Premier ministre, démontrent que les relations sino-africaines font partie des priorités diplomatiques de la Chine", souligne Wang Yingying, chercheur à l'Institut chinois des études internationales.
Comme partie intégrante du marché pour sécuriser les ressources énergétiques et minières, la Chine est en train de fournir aux gouvernements africains une aide économique, une assistance technique, des prêts sans intérêt et des crédits préférentiels. Des firmes chinoises ont été engagées dans la construction d'autoroutes, d'hôpitaux, de systèmes hydrauliques, de palais et de stades omnisports. Il y a environ 900 projets d'investissements sur le continent qui, selon les estimations, sont financés avec l'argent chinois.
L'intérêt politique et économique croissant de Beijing sur le continent a été compensé par un commerce bilatéral prospère. Les échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique ont presque quadruplé depuis 2000, atteignant un taux record de 39,7 milliards de dollars US l'année dernière, de 10,6 milliards de dollars. Le pétrole est le moteur de l'engagement croissant de la Chine aux côtés de l'Afrique. Beijing a dépensé des milliards de dollars pour s'assurer des droits de forage au Nigeria, au Soudan et en Angola. Elle a également signé de nombreux accords d'exploration avec divers pays africains, depuis la République du Congo en Afrique centrale jusqu'en Ethiopie. Le continent représente maintenant quelque 25 pour cent des importations pétrolières de la Chine et Beijing veut les accroître pour opérer une diversification par rapport au pétrole du Moyen-Orient.
L'Angola, qui faisait partie des étapes du périple de Wen, est le deuxième plus gros fournisseur de pétrole de la Chine avec des exportations d'une valeur de 6,58 milliards de dollars l'année dernière. Pour garantir des fournitures futures fiables, Beijing a offert un crédit d'une valeur de trois milliards de dollars pour aider à réparer l'infrastructure de l'Angola, qui a été dévasté par une guerre civile.
Des pays comme la République démocratique du Congo et l'Afrique du Sud, qui n'ont pas de pétrole, figurent également sur le programme de Wen, mais ils ont des ressources comme le cuivre et l'aluminium dont a besoin l'économie de la Chine. ***** CHINE : Des accords du 'gagner-gagner' échouent sur les questions de droits: (http://www.ipsnews.fr/africa/nota.asp?idnews=33359)

