JOHANNESBURG, 22 mars (IPS) – Pendant des générations, les agriculteurs africains se sont fiés à leurs connaissances locales pour gérer et conserver l'eau. Cependant, que ces connaissances soient oui ou non reconnues et promues par le gouvernement, doit faire l'objet de débats dans la région d'Afrique australe.
La question est également sous le feu des projecteurs ce mercredi, qui marque la Journée mondiale de l'eau. Les événements commémorant la journée en 2006 se focalisent sur le thème 'Eau et culture'.
"Le gouvernement n'est pas capable de répondre convenablement aux sécheresses et inondations. Nous pensons qu'il devrait reconnaître que les populations locales répondent toutes seules", a déclaré Jacqui Goldin, chercheur principal à l'Institut international de gestion de l'eau (IWMI), un groupe à but non lucratif. Elle s'exprimait depuis le bureau régional de l'IWMI dans la capitale sud-africaine, Pretoria. Goldin dirige une équipe qui enquête actuellement sur les connaissances indigènes de d'utilisation de l'eau dans la province septentrionale du Limpopo – en particulier dans la région de East Soutpansberg, où l'eau manque.
Elle a dit que les chercheurs avaient constaté que certains principes régissant l'utilisation de l'eau étaient transmis oralement.
"Les règles sont très strictes, chaque fois qu'un point d'eau est repéré – vous ne vous baignez pas ou ne lavez pas votre voiture au-dessus de la fontaine; vous pouvez seulement boire au-dessus de la fontaine. L'eau est strictement pour l'usage domestique, et les gens l'utilisent avec beaucoup de précaution", a déclaré Goldin à IPS.
Plus le temps devient sec, plus strictes sont les restrictions.
"Pendant la sécheresse, la priorité est la famille et les malades, suivis des vaches et des chèvres. Les hommes viennent toujours en dernière position", a indiqué Goldin, soulignant que ces conclusions étaient préliminaires, et qu'elles pourraient être contredites à une étape ultérieure.
Les chercheurs de l'IWMI ont également découvert que des méthodes traditionnelles de gestion de l'eau aidaient à unir les communautés.
"Les femmes utilisent la fontaine ou la rivière pour constituer des réseaux. Elles se rencontrent et discutent, échangent et partagent des idées sur des problèmes courants", a indiqué Goldin. "Si tout le monde avait de l'eau courante à la maison, les femmes n'auraient pas pu échanger entre elles".
D'autres croient que les approches traditionnelles de la gestion de l'eau sont parfois d'un usage limité.
"L'Afrique a fini par changer et adopter de nouvelles méthodes d'exploitation et de gestion de l'eau. Elle doit abandonner les méthodes traditionnelles et adopter un nouveau système", a dit à IPS, Phillip Mudehwe, responsable régional pour les questions d'eau et d'hygiène publique à la Commission internationale de la Croix-Rouge, dans un entretien téléphonique depuis la capitale zimbabwéenne, Harare.
"La méthode traditionnelle devrait être abandonnée là où les gens attendent la pluie – et lorsqu'elle ne vient pas, vous dites 'Je suis fini'. Les méthodes modernes d'irrigation devraient être trouvées pour aider la communauté", a-t-il ajouté.
"Nous ne pouvons pas dépendre du temps à l'heure actuelle. On pouvait prévoir le temps; de nos jours, le temps est imprévisible, et parfois nous n'avons pas de pluie".
Aussi bien les sécheresses que les inondations ont fait beaucoup de victimes en Afrique australe ces dernières années, leurs effets aggravés par la pandémie du SIDA.
Ces derniers mois, jusqu'à 12 millions de personnes à travers la région dépendent de l'aide d'urgence, affirme l'organisation caritative mondiale Oxfam. D'après les prévisions, elles auront besoin de vivres jusqu'à ce que la prochaine récolte commence en avril – et peut-être après cela.
Depuis la fin de l'année dernière, de fortes pluies ont également dévasté des parties du Malawi et du Mozambique. Le Réseau de système d'alerte précoce de la famine de l'Agence des Etats-Unis pour le développement international a rapporté qu'au moins 22 personnes en sont mortes au Mozambique, alors qu'au Malawi plus de 2.000 personnes ont été jetées à la rue par des inondations. Des centaines d'hectares de maïs, de mil et de sorgho ont été également détruits.
Mudehwe croit qu'une gestion plus minutieuse des eaux de pluie pourrait aider l'Afrique australe à devenir moins vulnérable à la sécheresse.
"Durant toute bonne saison pluvieuse, si l'eau est correctement utilisée et gérée, nous pouvons produire des vivres pour cinq ans", a-t-il déclaré, notant que le gros de la pauvreté en Afrique a été associé à la mauvaise gestion de l'eau, même si la ressource était "abondante – en comparaison avec d'autres régions du monde".
Les croissances de la population sur le continent avaient également nécessité une nouvelle approche de l'utilisation de l'eau, a fait remarquer Mudehwe. Des statistiques de l'Union africaine estiment la population du continent à plus de 800 millions d'habitants.
Dans certains cas, une combinaison de méthodes traditionnelles et modernes de gestion de l'eau semble en train de montrer la voie.
Alors que les communautés locales interrogées par l'IWMI respectent de vieilles coutumes pour l'utilisation de l'eau, elles ont également investi dans une initiative pour rendre l'eau facilement accessible. "Huit familles apportent une contribution totale de 1.600 rands (près de 260 dollars) pour acheter des tuyaux en plastique afin d'amener l'eau jusque chez elles – Le gouvernement n'aurait pas pu le faire à un prix aussi bas", a souligné Goldin, notant que 70 pour cent des populations en zones rurales dans le East Soutpansberg manquaient toujours d'eau potable.
"Même ceux qui l'ont, remarquent que leurs conduits d'eau sont souvent bloqués ou ont des fuites. La qualité est médiocre et la fourniture est irrégulière".

