POLITIQUE-BENIN: Les électeurs plébiscitent Boni Yayi, le nouveau venu

COTONOU, 23 mars (IPS) – Le banquier Boni Yayi a remporté le second tour de l'élection présidentielle de dimanche au Bénin avec une majorité écrasante de 74,51 pour cent contre 25,49 pour cent pour son challenger, l'avocat Adrien Houngbédji, selon des résultats provisoires annoncés mercredi soir.

Ces résultats reflètent la quasi-totalité des bureaux de vote — près de 98 pour cent –, selon la Commission électorale nationale autonome (CENA). Le taux de participation au vote du second tour est de 67,01 pour cent, contre plus de 76 pour cent au premier tour. Quelques instants après l'annonce de ces résultats par la CENA, et sans attendre leur confirmation par la Cour constitutionnelle, Houngbédji a déclaré à la télévision qu'il avait appelé, le soir-même, son rival Yayi pour lui exprimer ses félicitations et ses "vœux très sincères pour le succès de son mandat à la tête du Bénin".

A cet égard, la presse béninoise, qualifiant Houngbédji de "bon perdant", a souligné, jeudi, que "la déclaration de Houngbédji sera gravée dans les annales de l'histoire du Béninàcar c'est la première fois qu'un candidat malheureux reconnaît sa défaite et félicite son challenger victorieux".

La même presse relève également que c'est la première fois qu'un candidat gagne un scrutin présidentiel avec un score aussi élevé, de près de 75 pour cent des suffrages. Yayi "réalise un coup de maître, un raz-de-marée", commente le quotidien privé béninois, 'Fraternité", jeudi. "C'est une grande première sous l'ère du Renouveau démocratique (depuis 1990)", écrit Vincent Foly dans l'éditorial d'un autre quotidien privé 'La Nouvelle Tribune', jeudi, indiquant que "Jamais, victoire d'un candidat à l'élection présidentielle chez nous n'a été aussi nette et sans bavure." La large victoire de l'ancien président de la Banque ouest-africaine de développement, âgé de 54 ans et grand novice en politique, "est essentiellement", ajoute Foly, "un désaveu de la classe politique dans son ensemble, une sorte de vote sanction". Si la Cour constitutionnelle confirme ces résultats provisoires, Yayi sera officiellement investi, le 6 avril, comme le nouveau président du Bénin, qui succèdera à Mathieu Kérékou qui achève ses deux mandats constitutionnels de cinq ans chacun. Mais, les Béninois, en sanctionnant la classe politique et en plébiscitant le nouveau venu, attendent de lui un changement profond et authentique aussi bien dans la façon de gérer les affaires publiques que dans les comportements des politiciens. "Le peuple, en démocratie, a fait son devoir. Il revient maintenant au nouveau président de la République de faire le sien et tout le sien, de confirmer la volonté de changement du peuple en se méfiant, comme de la peste et du choléra, d'une classe politique sans foi ni loi", déclare Roger Gbégnonvi, professeur de lettres à l'Université d'Abomey-Calavi.

Gbégnonvi, qui est également un des dirigeants de la société civile béninoise, demande au nouveau président de "servir le peuple qui l'a élu pour une mission claire et précise : nettoyer les écuries d'Augias et faire décoller le pays". Selon lui, Yayi doit "impulser, sans tergiverser, le développement par un changement authentique, éthique".

"Depuis dix ans, le pays tourne au ralenti, s'il ne marche pas à reculons, sans aucun espoir de redressement", souligne Foly.

En fait, les Béninois reconnaissent que la mission qu'ils assignent à leur nouveau président, ne sera pas facile, mais ils affirment tous, et en particulier les jeunes, qu'ils ne veulent pas voir d'anciens ministres et autres dirigeants d'entreprises sous les régimes précédents, nommés encore par Yayi à des postes de responsabilité. Des militants de la Renaissance du Bénin, qui faisaient pression sur les dirigeants de leur parti, avaient exprimé clairement cette idée dans une lettre ouverte diffusée sur Internet à la veille du second tour de l'élection : "Avec le Dr Boni Yayi, nous tenons une occasion historique de mettre à la retraite ceux qui nous ont stérilement gouvernés depuis 40 ans". "Le peuple béninois veut le changement. Et pour cela, il a choisi un inconnu en dehors de la classe politique qu'il met entre parenthèses, et il est important que la classe politique le laisse réfléchirà", déclare Adrien Ahanhanzo-Glèlè, président de Transparency International-Bénin. Malgré la difficulté de la tâche qui attend Yayi, plusieurs analystes estiment néanmoins que son programme économique inspire confiance "par sa crédibilité et sa cohérence". Il promet une bonne gouvernance en "assurant le raffermissement de l'autorité de l'Etat et à l'indépendance de l'administration vis-à-vis de tous les groupes de pression" pour combattre la corruption. Le programme, dont l'essence est de hisser le Bénin au rang des pays émergents, vise notamment la relance de l'activité économique et l'accélération de la croissance, avec l'ambition de réaliser un taux de croissance à deux chiffres d'ici à 2010. Le taux actuel est de trois pour cent environ. Le programme veut notamment "promouvoir une véritable industrialisation basée sur la transformation des produits primaires et le développement d'une agriculture d'entreprise à travers la promotion des petites et moyennes entreprises agricoles, inexistantes dans notre pays".

Par ailleurs, le programme économique de Yayi, qui a pour socle la lutte contre la pauvreté, insiste sur l'approfondissement du système financier et le développement de la micro-finance. Cette lutte constitue une priorité de son action politique qui prévoit de trouver des moyens d'accroître la richesse nationale et d'assurer sa répartition équitable, selon un document de campagne électorale. L'emploi des jeunes, la valorisation de la femme, l'accès aux soins de santé, l'éducation et la formation du capital humain, la culture, les sports, constituent les fondements essentiels du projet social du candidat Yayi, indique le document.

"C'est vrai que le programme de Boni Yayi est pertinent, mais encore faudrait-il que les Béninois se remettent au travail, car ce n'est pas le nouveau président lui seul qui va redresser un pays dont l'économie est malade depuis plusieurs années", explique à IPS, Issa Mondi-Mondi, un analyste basé à Cotonou, la capitale économique du Bénin.