ECONOMIE-ANGOLA: Une croissance rapide qui offre de grandes opportunités

LISBONNE, 28 fév (IPS) – Avec des prévisions gouvernementales d'une croissance économique de 27,9 pour cent pour 2006, l'Angola semble de plus et plus attirer des investisseurs étrangers, en particulier du Portugal, qui arrivent en masse dans l'ancienne colonie portugaise.

Les investisseurs ont commencé par considérer l'Angola comme un pays ayant d'énormes potentiels après que la guerre civile, qui a éclaté en 1975, ait pris fin en février 2002, avec le décès du leader rebelle Jonas Savimbi. A plusieurs occasions, le Premier ministre socialiste du Portugal, José Sócrates a affirmé, d'un ton semi-rigolo, que les priorités de la politique étrangère de son pays sont "l'Espagne, l'Espagne, l'Espagne". Néanmoins, son premier voyage officiel sera en Angola, la plus grande ancienne colonie portugaise en Afrique et la deuxième plus grande au monde, après le Brésil. Sócrates, qui a pris fonction il y a environ un an, s'est rendu dans la capitale angolaise, Luanda, en avril, donnant le coup d'envoi d'une série de voyages officiels à l'extérieur, qu'il a décrits comme une nouvelle étape "dont la priorité sera de promouvoir l'investissement portugais". Mais un groupe de délégués d'institutions financières, d'entreprises et d'experts techniques sont déjà dans cette nation du sud-ouest de l'Afrique, explorant les possibilités de l'un des marchés à plus forte croissance au monde. Parmi les compagnies représentées, il y avait toutes les grandes firmes de construction du Portugal, comme Soares da Costa, Teixeira & Duarte, Mota-Engil et Somage, qui ont très envie d'obtenir une part des opportunités commerciales juteuses offertes par la reconstruction d'un pays déchiré par presque trois décennies de guerre civile. Des entreprises d'une large gamme de secteurs explorent actuellement le marché angolais, y compris la Transportes Aéreos Portugueses/TAP (la compagnie aérienne du Portugal), les producteurs de ciment Cimpor et Sesil, la CIN paint company (société de fabrication de peinture), les constructeurs automobiles Salvador Caetano et Auto-Sueco Portugal, Texto Editora (une société d'édition spécialisée dans les manuels scolaires), le Deloitte-Portugal financial consultancy (un cabinet-conseil en finances), et un certain nombre de compagnies électriques et électroniques. Dans le secteur financier, Caixa Geral de Depósitos (CGD), la première banque d'Etat du Portugal et l'une des 50 plus grandes banques au monde, a décidé de nouer une alliance stratégique avec la Santander Bank d'Espagne pour investir dans la Banco Totta de Angola (BTA). La croissance rapide de la BTA est basée sur son appui aux sociétés s'installant en Angola, avec une augmentation de 89 pour cent des crédits de l'année dernière par rapport à 2004, les portant à un total de 51 millions de dollars, selon le journal de Lisbon 'Diario Económico'. Deux des plus grandes banques du Portugal, la Banco Portugués de Inversiones (BPI) et la Banco do Espirito Santo (BES), sont également en train de renforcer leur présence en Angola. A travers la Banco de Fomento de Angola – une institution financière qui a réalisé 162 pour cent de croissance l'année dernière – la BPI contrôle maintenant 19,67 pour cent du système bancaire de l'Angola. La stratégie adoptée par la BES pour son expansion, lancée en 2002, continuera cette année, avec l'ouverture de 10 nouvelles branches à travers le pays. Bien que la banque ait d'énormes intérêts économiques au Brésil et au Paraguay, ainsi que des branches aux Bahamas, en Belgique, au Canada, dans les îles Caïmans, en Chine, en France, en Allemagne, en Irlande, en Italie, à Macao, en Afrique du Sud, en Espagne, au Royaume Uni, aux Etats-Unis et au Venezuela, l'Angola représentait un total de 12,3 pour cent de ses bénéfices en 2005. L'ancien pilote de ligne, Manuel Calçada, 44 ans, un homme d'affaires d'origine angolaise, évoluant dans l'industrie informatique, a dit à IPS que l'Angola "est peut-être le pays ayant le plus grand potentiel d'investissement dans tous les domaines économiques aujourd'hui". Après avoir vécu hors de l'Angola pendant trois décennies, Calçada a visité le pays où il est né, dans lequel il envisage retourner parce "qu'il y a beaucoup d'autres facilités d'investissement, appuyées par des banques portugaises et étrangères opérant dans le pays, en particulier celles qui sont intéressées par l'établissement de partenariats avec des sociétés angolaises". La bureaucratie tatillonne, l'un des plus grands obstacles auxquels sont confrontés les investisseurs en Afrique, a été considérablement réduite "parce que plusieurs Angolais qui ont étudié à l'étranger occupent maintenant des postes de direction dans des compagnies ou deviennent des techniciens dans l'appareil d'Etat, tandis que d'autres reviennent et deviennent des citoyens angolais, comme cela pourrait être mon cas à l'avenir". Calçada a prévenu, toutefois, que "toute société étrangère désireuse de s'installer en Angola devrait comprendre que l'infrastructure reflète les effets de 30 années de guerre, durant lesquelles il était impossible d'investir dans le pays ou d'entretenir l'infrastructure, ce qui signifie qu'on devrait s'attendre à des difficultés dans les systèmes de base, comme la fourniture de l'électricité et de l'eau". Bien qu'il soit beaucoup plus facile de faire enregistrer une société aujourd'hui, "cela prend encore beaucoup de temps, raison pour laquelle plusieurs investisseurs choisissent plutôt de racheter une entreprise locale ou d'entrer en partenariat avec des entrepreneurs ou des entreprises locales", a-t-il ajouté. Calçada explique que "lorsqu'on enregistre une entreprise angolaise, l'accès à n'importe quel domaine d'activité est très simplifié, et c'est la voie empruntée par presque toutes les compagnies qui se sont installées dans le pays".

Toutefois, les compagnies venant dans la capitale angolaise ne peuvent pas éviter "le coût élevé du mètre carré dans et autour de Luanda, qui est aujourd'hui aussi chère qu'une propriété dans les villes les plus chères du monde". Mais il fait remarquer que toutes les décisions ne sont pas prises à Luanda, et qu'il y a également plusieurs opportunités d'affaires dans le reste du pays. Par exemple, "il faut se rappeler que la guerre a détruit presque toutes les voies ferrées du pays". Les chemins de fer sont actuellement en train d'être remis en état grâce à un accord entre les gouvernements de l'Angola et de la Chine "ce qui ouvre d'innombrables opportunités, notamment dans l'agro-industrie, puisqu'il faut transporter les produits de l'intérieur pour ravitailler les villes". "Il y a des opportunités incalculables dans un pays détruit par la guerre qui doit pratiquement être relevé de ses cendres dans sa totalité, ce qui explique l'incroyable croissance économique de presque 30 pour cent", a souligné Calçada. Malgré les attitudes optimistes des principales firmes portugaises et des investisseurs comme Calçada, le secrétariat de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) a prévenu, dans un récent rapport sur les politiques et pratiques commerciales de l'Angola, que le pays devrait distribuer les bénéfices de la croissance afin de promouvoir le développement. Dans sa revue de politique commerciale, l'OMS a dit que "depuis la fin de la guerre civile qui a duré 30 ans, l'Angola a fait des progrès significatifs dans la promotion de la croissance et la stabilisation de son économie". Mais son énorme potentiel dans l'agriculture, la pêche et l'industrie de la transformation n'a pas réussi à éliminer l'extrême pauvreté et les inégalités profondément enracinées, a ajouté l'OMC. Les perspectives du pays dépendent de la forte performance des industries diamantifère et pétrolière, les principaux moteurs de l'économie angolaise, reconnaissent les analystes. Mais le déminage du pays est également essentiel au développement, afin de permettre aux réfugiés de retourner dans leurs villages et leurs champs sans risquer la mort ou la mutilation due aux mines terrestres. Environ un tiers de la population, estimée à 12,8 millions d'habitants a fui leurs maisons durant la guerre, qui a fait à peu près 1,1 million de victimes.