POLITIQUE-OUGANDA: ''Déjà, les choses n'ont pas l'aird'aller bien''

KAMPALA, 22 fév (IPS) – Les Ougandais iront aux urnes jeudi pour leurs premières élections multipartites en quelque 25 ans, ceci après une campagne entachée de violence.

Cinq candidats sont dans la course à la présidence, alors que près de 1.000 autres se disputent les sièges parlementaires dans 214 circonscriptions électorales et 69 districts (les sièges de districts ne peuvent être pourvus que par des femmes candidates). Des sièges supplémentaires dans la législature sont réservés à des groupes particuliers, dont les personnes handicapées. Miria Obote, veuve de l'ancien chef de l'Etat Milton Obote, se présente à la présidence au nom du 'Uganda People's Congress' (Congrès populaire d'Ouganda). John Ssebana Kizito représente le 'Democratic Party' (parti démocrate), tandis que Abed Bwanika est dans la course en tant qu'indépendant.

L'actuel président, Yoweri Museveni (candidat de la 'National Resistance Movement' (Mouvement national de la résistance, NRM) et Kizza Besigye du 'Forum for Democratic Change' (Forum pour le changement démocratique, FDC) sont toutefois considérés comme les favoris.

Des sondages d'opinion publiés par les journaux 'Daily Monitor' et le 'Weekly Observer', la semaine dernière, montrent que même si Museveni a un léger avantage sur son principal rival, ni lui ni Besigye n'obtiendraient 51 pour cent du vote à l'heure actuelle. A défaut de cela, un second tour de scrutin sera nécessaire.

Au cas où Besigye bouleverserait les perspectives d'une victoire au premier tour, il est à craindre que l'armée ne lui apporte pas son soutien.

Les Forces armées populaires de l'Ouganda ont été accusées d'avoir provoqué une violence liée à la campagne à plusieurs occasions. La semaine dernière, un soldat en tenue civile a ouvert le feu sur une foule de partisans de Besigye dans le township de Mengo — à proximité de la capitale — Kampala. Trois personnes sont mortes dans l'incident, alors que le soldat a dit que la foule était furieuse et qu'il avait tiré en état de légitime défense.

Des témoins ont affirmé que le soldat avait d'abord essayé de passer à travers la foule, à bord d'une voiture parée de posters de campagne de Museveni. L'incident s'est produit 24 heures après la publication, par 'Human Rights Watch' basé à New York, d'un rapport affirmant que l'élection de cette semaine ne serait probablement pas juste et équitable, puisque le gouvernement avait harcelé l'opposition.

"Le parti au pouvoir sous le président Yoweri Museveni est en train de jouer un jeu sale consistant à intimider l'électorat et à saper l'opposition", a souligné le document, intitulé 'Dans l'espoir et la peur : Elections présidentielle et législatives en Ouganda'.

Quatre jours plus tard, sept fourgonnettes blindées remplies de soldats ont foncé sur un groupe de partisans de Besigye dans la ville orientale de Mukono, provoquant une débandade qui a blessé plusieurs personnes — dont deux grièvement. La foule attendait que Besigye arrive d'un meeting dans une ville limitrophe.

Le chargé de la sécurité du NRM, James Kinobe, affirme que les partisans du candidat du FDC ont pris l'habitude de tenir des meetings à côté des voies, bloquant ainsi la circulation.

Les responsables du FDC croient que ces cas de violence vont au-delà du harcèlement, et font partie d'une campagne visant à assassiner Besigye.

"Notre candidat était à moins de 100 mètres du lieu de la fusillade (à Mengo). Nous considérons cela comme la première tentative d'assassinat contre lui", a déclaré aux journalistes, lundi, Sam Akaki, émissaire international du parti.

Besigye, autrefois médecin personnel de Museveni, se présente à la présidence contre son ancien patient et camarade guérillero, pour la seconde fois.

En 2001, il a battu campagne sur la liste du Programme de réforme et a perdu, allant par la suite en exil volontaire en Afrique du Sud. Son départ est intervenu après que les autorités l'ont emprisonné et interrogé sur des liens présumés avec un groupe rebelle, une association que Besigye a démentie.

Après son retour vers la fin de l'année dernière, Besigye a fait face à une série d'accusations criminelles pour des activités qui incluraient la trahison, le terrorisme et le viol. Il a été emprisonné, mais a été par la suite libéré sous caution, des semaines après le démarrage de la campagne.

Depuis lors, Besigye a passé son temps entre les auditions au tribunal et la campagne électorale. Plus récemment, il y a eu des appels en faveur de l'invalidation de sa candidature au motif que ses diplômes universitaires seraient suspects. Selon le rapport de Human Rights Watch, "…l'opposition a les mains liées par des accusations criminelles contre ses leaders, à partir de motivations politiques".

Museveni s'est emparé du pouvoir en 1986 après avoir renversé Tito Okello, qui était lui-même arrivé au pouvoir à travers un coup d'état militaire. Okello était précédé de Milton Obote, contre qui le NRM a mené une guérilla de cinq ans.

La politique multipartite a été interdite par Museveni après qu'il a pris le contrôle de l'Ouganda; toutefois, les citoyens ont voté pour le rétablissement du système l'année dernière, au cours d'un référendum.

Le président a amendé la constitution en 2005 en vue de briguer un troisième mandat — une initiative qui a amené plusieurs membres du NRM à apporter leur soutien au FDC de Besigye. Les donateurs ont également critiqué les tentatives de Museveni pour se maintenir au pouvoir, réduisant les financements à ce pays d'Afrique de l'est ou retirant l'aide.

Les événements récents en Ouganda ont amené plusieurs personnes à se demander si le pays retournait aux jours sombres de Obote et d'un précédent dirigeant Idi Amin — tous deux ayant orchestré la violence et des violations de droits.

"Il nous a été demandé de constituer des réserves (de vivres) dans nos maisons, y compris le ravitaillement en carburant pour les voitures. J'espère que vous en faites de même", a déclaré à IPS, un employé ougandais d'une organisation non gouvernementale internationale.

Fred Kamuntu, un commerçant à Kampala, a ajouté : "Personne ne sait ce qui va se passer. Déjà, les choses n'ont pas l'air d'aller bien; les affaires vont au ralenti".

Toutefois, le porte-parole de la police, Asuman Mugenyi, affirme que les autorités feront respecter l'ordre public.

"Nous avons intensifié les patrouilles à pied et il y a plus de véhicules pour patrouiller et faire face aux incidents. Nous avons également été renforcés par d'autres agences de sécurité pour venir à bout de la question de pénurie d'effectifs", a-t-il dit à IPS.