POLITIQUE: L'ONU va élargir la force de maintien de la paix au Darfour

NATIONS UNIES, 13 jan (IPS) – Les Nations Unies, qui ont commémoré, jeudi, le 55ème anniversaire d'une convention contre le génocide, préparent un plan d'urgence pour augmenter l'effectif de la force onusienne de maintien de la paix afin d'éviter les attaques génocidaires continues dans la province du Darfour, au Soudan.

L'actuelle force de l'Union africaine (UA) au Darfour, comprenant quelque 7.000 soldats et observateurs issus de nations africaines, devrait manquer de fonds bientôt, vu qu'il n'y a aucun engagement futur des contributeurs volontaires qui l'ont financée à hauteur d'environ 17 millions de dollars par mois. L'UA, basée à Addis-Abeba, a publié un rapport jeudi indiquant sa volonté de laisser la mission de maintien de la paix à l'institution mondiale. "Le moment est venu de se prononcer sur l'avenir de la mission de l'UA au Darfour et sur les voies et moyens pour l'adapter aux défis actuels, y compris le passage de témoin aux Nations Unies au moment approprié", a indiqué l'UA. Invité à commenter la décision, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a dit aux journalistes, jeudi, que l'UA avait indiqué qu'elle voulait rester en place pendant neuf à 12 autres mois – "si la communauté des donateurs lui donne les ressources nécessaires, et le soutien logistique". "Si ce soutien logistique et l'appui financier ne viennent pas, ils seront à court d'argent d'ici à mars", a-t-il prévenu. "Evidemment, la communauté internationale ne peut pas permettre que cette situation reste sans solution, et selon toute probabilité, elle devra étudier d'autres options, y compris le fait que les Nations Unies travaillent si possible avec l'UA pour faire face à la situation", a-t-il ajouté. Répondant à une question, Annan a également dit qu'au cas où les Nations Unies s'impliqueraient au Darfour, elles structureraient l'armée différemment. Le Soudan, a-t-il souligné, est un vaste territoire. "Et à mon avis, quelle que soit la force qui sera là avec ce genre de mandat, elle devra être mobile, avoir un appui tactique aérien, avoir des hélicoptères et la capacité de réagir très rapidement. Par conséquent, elle devrait avoir un autre type de structure". Annan a souligné qu'une force élargie aurait également besoin d'un équipement très sophistiqué et de soutien logistique. "Je vais m'adresser à des gouvernements ayant la capacité de prendre part à cette opération de maintien de la paix — au cas où on nous donnerait le mandat". L'actuelle force de l'UA est limitée à des hommes provenant d'Afrique, mais la nouvelle force comprendra des hommes qui ne viennent pas du continent déchiré par la guerre, a-t-il ajouté. "Nous voulons que des gouvernements ayant des capacités militaires y participent", a-t-il déclaré. L'UA, qui tient son sommet à Khartoum du 16 au 24 janvier, devrait prendre une décision finale sur l'avenir de sa mission au Darfour. "Même si nous devons prendre la relève", a souligné Annan, "nous ne pouvons pas le faire d'ici à mars, il y aura donc un délai d'exécution, et il ne devrait pas avoir d'interruption entre les deux forces". La semaine dernière, Annan s'est plaint de la lenteur du déploiement des troupes par la mission de maintien de la paix de l'ONU actuellement en cours au Sud Soudan. "Le rythme du déploiement militaire des Nations Unies s'est accéléré mais demeure en retard par rapport au calendrier, à cause des piétinements dans le processus de mobilisation des troupes", a indiqué Annan dans un rapport au Conseil de sécurité. A la mi-décembre, le nombre des soldats de la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS) s'élevait à 4.291 soldats seulement, soit 40 pour cent du total attendu, qui est de quelque 9.880 à 10.000 hommes. Selon le planning en cours, le nombre total de personnel militaire déployé devrait dépasser 7.000 hommes d'ici à la mi-février. "Toutefois, ceci est très en dessous des besoins de départ", a prévenu Annan. La mission de l'ONU a été créée en mars 2005 principalement pour observer la mise en oeuvre de l'Accord global de paix, qui a mis fin à la longue guerre séparatiste au Sud Soudan. La MINUS continue également de travailler étroitement avec la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS) qui observe la situation au Darfour, où la violence et les crimes de guerre continuent sans répit. La Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, qui est entrée en vigueur il y 55 ans, avait pour but de prévenir les crimes de guerre, l'épuration ethnique et les graves violations des droits de l'Homme et du droit humanitaire, a déclaré Annan. L'année dernière, au Sommet mondial 2005, des dirigeants de la planète ont collectivement affirmé la responsabilité de chaque Etat à protéger sa population contre le génocide, les crimes de guerre, l'épuration ethnique et les crimes contre l'humanité, a-t-il ajouté. "Aujourd'hui, alors que nous nous rappelons nos échecs collectifs dans des endroits comme le Rwanda et Srebrenica, il me reste l'espoir que nous ne soyons plus jamais défaillants là où tant de vies sont en jeu", a affirmé Annan. "Les Etats-Unis demeurent le seul gouvernement à avoir publiquement reconnu qu'un génocide se déroule au Darfour, et les pressions augmentent pour qu'une nouvelle résolution américaine soit introduite devant le Conseil de sécurité le mois prochain pour répondre à la détérioration de la situation de sécurité au Darfour", a déclaré Ann-Louise Colgan, directrice de l'analyse des politiques et des communications à Africa Action, basé à Washington. Après une réunion à huis clos du Conseil de sécurité, Annan a dit aux journalistes, jeudi, que le principal sujet de discussion était la détérioration de la situation au Darfour. "Comme vous le savez, les tueries se poursuivent, les viols aussi.

L'insécurité menace les personnes déplacées et également les travailleurs humanitaires. Nous avons perdu contact avec certaines des personnes les plus nécessiteuses, et nous avons dû retirer certains membres de notre personnel de la région", a-t-il dit.