NAIROBI, 12 jan (IPS) – Un présumé ancien violeur connu seulement sous le nom de "Maranda" pourrait être l'auteur du viol de Peris Akoth, âgée de cinq ans, au début de cette année, au Kenya. Il pourrait cependant ne pas l'être aussi.
Cependant, l'affaire est déjà devenue un cas à plaider pour les militants anti-viol qui affirment que les abus comme celui commis sur Peris se répèteraient moins si le Kenya avait une législation appropriée. Alors qu'une personne reconnue coupable de viol peut se retrouver en prison à vie, il n'y a pas de peine minimum pour l'infraction — quelque chose que les activistes ont l'intention de changer. Maranda est accusé d'avoir violé Peris après avoir été officieusement libéré de prison, où il purgeait déjà une peine pour viol. Le présumé ex-violeur aurait retrouvé la liberté le 12 décembre, suite à une grâce présidentielle alors qu'il servait la première de ses quatre années d'emprisonnement. "La gravité de l'infraction requiert que le malfaiteur soit enfermé à vie ou le plus longtemps possible. Mais ici, les violeurs peuvent écoper d'une simple amende comme peine, parce qu'il n'y a pas de condamnation minimum", affirme Judy Thongori, présidente du Centre de réhabilitation et d'éducation des femmes violées, situé dans la capitale kenyane, Nairobi. "Dans le cas de Akoth, si le violeur avait été emprisonné pour 30 ou 40 ans, il n'aurait pas été en liberté pour ruiner la vie de la fillette. La fille aurait ainsi la garantie d'une vie heureuse", ajoute-t-elle. Outre les amendes, les violeurs peuvent être condamnés à des peines de prison très courtes, ou à un service communautaire, ou même être mis en liberté surveillée — tout ceci à la discrétion du président de la cour.
C'est peu pour dissuader les potentiels criminels, a fait remarquer Jane Kamangu, principal conseiller juridique au Centre juridique, de conseils et de documentation sur les droits de l'enfant – 'Child Rights Advisory, Documentation and Legal Centre' ayant également son siège à Nairobi. Elle plaide pour une sentence minimum incompressible. "Avec une peine minimum, les cas d'abus sexuel pourraient être beaucoup moins nombreux puisque la condamnation aura un effet de dissuasion. De potentiels coupables peuvent penser à deux fois aux conséquences avant de passer à l'acte", note-t-elle. Des activistes kenyans diraient probablement que la Tanzanie voisine a donné un exemple du genre de changement qu'il faut instituer dans leur pays. Les autorités tanzaniennes ont récemment voté une loi sévère stipulant une peine minimum de 30 ans pour le viol, et l'emprisonnement à vie comme peine maximum. Au Kenya, un projet de loi sur les délits sexuels, l'idée personnelle du député Njoki Ndung'u, prévoit des peines minimum pour le viol — également la castration chimique des auteurs d'agressions sexuelles. Cependant, le projet de loi est en souffrance depuis 2004. "La loi sur les délits sexuels est la plus urgente. Tant que nous n'aurons pas une telle loi, elle demeurera la plus urgente", affirme Thongori. Alors que le débat sur la loi réprimant le viol monte, la fillette qui en est au centre lutte pour se remettre de son supplice. Le visage de Peris et son dos sont gravement contusionnés, et la partie supérieure de son œil droit a reçu des points de suture. Mais, ce sont les moindres de ses blessures. Au cours du viol (le 1er janvier), le tissu entre l'appareil urinaire de Peris et la voie anale a été transpercé, et elle éprouve maintenant du mal à aller à la selle. Les médecins de l'Hôpital pour femmes de Nairobi – Nairobi Women's Hospital – où elle a été admise ont déjà effectué une chirurgie reconstructive, mais deux autres opérations seront nécessaires, selon l'infirmière générale, Joyce Musyoka. La mère de Peris, Elizabeth Atieno, a accusé Maranda du viol. "Nous avons rapporté l'affaire à la police immédiatement, mais jusqu'à présent, nous ne savons pas où il se trouve", a-t-elle dit à IPS. La police dit qu'elle mène toujours l'enquête afin d'arrêter Maranda. "La personne est toujours en cavale et nous n'avons toujours pas obtenu la preuve qu'il est un ancien violeur…Nous ne pouvons pas nous baser seulement sur l'information qu'on nous donne; nous devons avoir l'information exacte", a déclaré le porte-parole de la police, Jasper Ombati, dans un entretien avec IPS. Des statistiques officielles indiquent qu'environ 2.800 cas de viol ont été recensés en 2004, bien plus qu'au cours de l'année précédente. La grande ampleur du viol est également indiquée par le nombre de victimes de viol qui demandent assistance à l'hôpital pour femmes de Nairobi. Chaque jour, pas moins de huit personnes viennent se plaindre de viol, affirme Musyoka — la plupart d'entre elles sont des mineurs. Des organisations qui luttent contre le viol disent que ces chiffres peuvent bien induire en erreur, puisque seulement quelques anciennes victimes rapportent l'agression qu'elles ont subie — ou prennent leur courage à deux mains pour demander une assistance juridique.

