KINSHASA, 14 jan (IPS) – La requête de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) auprès de la Commission électorale indépendante (CEI) de faire rouvrir les centres d'enrôlement des électeurs au profit de ses militants n'a pas été acceptée provoquant la colère d'Etienne Tshisekedi et des militants de l'UDPS.
Après avoir bataillé pour le boycott des opérations d'enrôlement sous prétexte qu'elles étaient entachées de tricheries, l'UDPS, parti d'opposition, dirigé par Etienne Tshisekedi, avait pris la décision, de réintégrer le processus électoral. "L'UDPS entend conduire le peuple congolais, épris de paix et de changement, à la victoire finale lors des prochaines élections", a déclaré Tshisekedi. Le parti a demandé que lui soient rouverts les centres d'enrôlement des électeurs à travers tout le pays afin de permettre à ses dirigeants ainsi qu'à ses partisans de se faire enregistrer sur les listes électorales. Etienne Tshisekedi, 73 ans, est plus connu comme opposant à l'ex président Mobutu Sese Seko. Au nom de l'opposition politique radicale, il fut nommé trois fois Premier ministre, mais pour être aussitôt limogé à chaque fois. Se considérant toujours comme légitime Premier ministre car élu à la Conférence nationale souveraine en août 1992, il a combattu tous les régimes politiques en place à Kinshasa, y compris ceux des deux Kabila, père et fils. Sur la même lancée, il appelle ses militants au boycott du processus électoral avant une spectaculaire volte-face, le 2 janvier où il annonce son adhésion au même processus. La CEI, à qui la requête a été adressée, lui avait opposé une fin de non recevoir prétextant des contraintes de calendrier. "Les contraintes de calendrier de la période de transition ainsi que les délais nécessaires pour traiter les données en vue de la production des listes électorales fiables pour les prochains scrutins ne permettent pas de procéder à la réouverture généralisée des centres d'inscription", a déclaré le président de la CEI, l'abbé Apollinaire Malu Malu, au cours d'un point presse. Toutefois, a ajouté l'abbé Malu Malu, "pour ne pas faire obstacle au droit légitime de tout citoyen congolais à se porter candidat aux prochains scrutins, tout candidat qui n'a pas été enrôlé pourra le faire à l'occasion du dépôt de sa candidature", déclare-t-il, laissant visiblement la possibilité à Tshisekedi de se faire enrôler au cas où il voudrait se porter candidat à un poste quelconque. La réponse n'a évidemment pas satisfait l'UDPS qui a accusé la CEI de vouloir l'exclure du processus électoral au profit principalement du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), proche du président Joseph Kabila. Un véritable bras de fer s'est donc engagé entre la CEI à l'UDPS. La crise est diversement commentée au sein de la population congolaise. Une grande frange de la population se range derrière la CEI pour fustiger le comportement de l'UDPS qui, à leurs yeux se conduit en enfant gâté qui après avoir refusé de manger avec toute la famille, exige qu'on lui fasse un nouveau repas. "Personne n'a refusé à l'UDPS le droit de siéger dans les institutions.
Dès lors, elle n'a pas à crier à l'exclusion", déclare Mayunga Mpuila, un activiste des droits de l'Homme. D'autres, plus compréhensifs ou plus proches de l'UDPS demandent à la CEI d'être plus tolérante et de procéder à la réouverture de certains centres dans différentes villes du pays. "Il est vrai que l'UDPS ne s'est pas comportée en responsable envers le processus électoral mais le pays a besoin de tout le monde pour garantir une fin de transition apaisée", estime pour sa part Julien Lubunga, journaliste. Les partis politiques congolais sont divisés sur l'opportunité ou non de rouvrir les centres d'enregistrement pour l'UDPS. Les partisans du non au référendum réunis au sein de la plate-forme dénommée Rassemblement pour le non (RPN) estiment que la CEI doit rouvrir les centres d'enrôlement afin de ne pas pratiquer l'exclusion : "Ce n'est que justice. La CEI doit convaincre de sa crédibilité", a déclaré le révérend pasteur Théodore Ngoy. Pour la Démocratie chrétienne fédéraliste (DCF) par contre, rouvrir les centres serait faire du deux poids deux mesures et créer un précédent fâcheux. Au cours d'un débat télévisé avec des délégués de l'UDPS, Christian Moto, de la DCF a déclaré que "l'UDPS devait avoir le courage d'assumer jusqu'au bout les conséquences de son comportement". A cette série de réactions, il faut ajouter celle de l'ambassadeur des Etats-Unis en RDC, Roger Meece, qui estime que la requête de l'UDPS est légitime mais le refus de la CEI se justifie également dans la mesure où le calendrier est très chargé et qu'il est important pour la CEI de tenir des élections avant le 30 juin 2006. Les élections municipales et législatives auront lieu en mars et avril 2006 et les présidentielles en avril et mai de la même année. L'investiture du président de la République élu est prévue pour le 15 juin. Visiblement, tout le monde évite d'évoquer les vraies raisons du refus de la CEI de rouvrir les centres d'enrôlement des électeurs. L'opération a coûté très cher et ce n'est malheureusement pas la CEI qui détient les cordons de la bourse mais plutôt le Comité international d'accompagnement de la transition (CIAT). Selon William Swing, représentant du Secrétaire général des Nations Unies au Congo et patron de la Mission d'observation des Nations-Unies au Congo (MONUC), le processus électoral a jusqu'ici coûté environ 480 millions de dollars. Le dernier mot revient donc au CIAT qui a réussi à convaincre Tshisekedi de rejoindre le processus électoral avec, à la clé, certaines garanties dont celle d'une possible réouverture des centres d'enrôlement des électeurs et un contrôle de l'UDPS sur la CEI et la Haute autorité des médias (HAM). Selon le quotidien Le Potentiel, paraissant à Kinshasa, la CEI aurait tout de même envisagé une réouverture de certains centres dans certaines villes vers le 15 janvier pour satisfaire en partie la demande de l'UDPS. Une telle éventualité permettrait à l'UDPS de faire inscrire ses militants sur les listes électorales, à la CEI de ne pas être contrainte de recommencer entièrement les opérations d'enrôlement des électeurs et au CIAT d'honorer ses promesses envers l'UDPS. Il reste tout de même que cette réouverture des centres d'enrôlement causera un retard important au processus électoral au risque d'hypothéquer sérieusement le calendrier électoral.

