JOHANNESBURG, 13 jan (IPS) – Le volet africain du Forum social mondial (FSM) démarre la semaine prochaine dans la capitale malienne, Bamako, avec beaucoup de questions à l'ordre du jour : la guerre et le militarisme, le commerce mondial et la dette, pour n'en citer que quelques-uns.
Le site Internet de la conférence où ces sujets sont énumérés ne fait toutefois pas directement mention du SIDA, ou de la nécessité d'une bonne gouvernance dans les Etats africains — même si ces sujets font partie des principales questions de développement auxquelles est confronté le continent aujourd'hui. Malgré ces omissions, l'activiste Vitalis Meja reste persuadé que le VIH et la bonne gouvernance seront abordés durant le FSM. Il travaille pour le Forum africain et réseau sur la dette et le développement – 'African Forum and Network on Debt and Development', basé à Harare, et prendra part à la rencontre de Bamako — prévue du 19 au 23 janvier. "Le point focal de la conférence sera de critiquer la nouvelle donne néolibérale. Mais cela ne signifie pas que les questions de VIH/SIDA et de gouvernance ont été négligées; elles seront débattues dans une perspective plus large", a déclaré Meja à IPS. (Le terme néolibéralisme décrit une philosophie politique et économique qui rejette l'intervention de l'Etat dans l'économie, et prône peu de restrictions dans les affaires). "Les questions de VIH/SIDA et de gouvernance surgiront toujours. Par exemple, s'il y a des abus contre les femmes au Darfour, ils seront évoqués comme faisant partie de la question de gouvernance". Le Darfour, une région de l'ouest du Soudan, est devenu le théâtre de l'une des pires situations humanitaires au monde depuis que le conflit a commencé dans cette région entre deux mouvements rebelles et le gouvernement. L'Afrique porte à elle seule le fardeau de 80 pour cent de tous les cas de VIH/SIDA au monde, selon le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA. "Le programme (néolibéral) ne fait pas assez pour réduire la pauvreté : toute la richesse va aux nations riches, appauvrissant l'Afrique. En conséquence, l'Afrique subsaharienne n'a pas de très bons résultats en matière d'indicateurs sociaux, d'éducation, de sécurité alimentaire et de santé", a noté Meja. "Le taux de croissance économique de l'Afrique est de 4,6 pour cent, mais sur le terrain, la pauvreté reste endémique…Jusqu'en septembre 2005, il y avait environ 60 pour cent des populations de l'Afrique subsaharienne qui vivaient en dessous du seuil de pauvreté", a-t-il ajouté. Mais Ayesha Kajee, de l'Institut sud-africain des affaires internationales basé à Johannesburg, n'est pas d'avis qu'on prenne le néolibéralisme comme étant la cause de la plupart — si ce n'est pas de tous — les maux de l'Afrique. "C'est un bouc émissaire facile. Nous devons accepter nos responsabilités là où nos dirigeants ont échoué", a-t-elle dit à IPS. "Attribuer tous les problèmes de l'Afrique au néolibéralisme, même s'il est la cause de certains d'entre eux, n'est pas juste, ni exact. Nous devons viser au-delà de la donne du néolibéralisme". "Nous devons voir les cas où une Constitution est manipulée par un gouvernement cherchant un troisième mandat, comme en Ouganda", a ajouté Kajee, faisant allusion à la décision du président Yoweri Museveni de modifier la Constitution, afin de briguer un troisième mandat. En vérité, la société civile ferait bien de s'examiner à la loupe à Bamako, a-t-elle suggéré. "Nous avons eu des sociétés civiles dynamiques (en Afrique) ces dix dernières années, mais elles n'ont pas passé assez d'informations pour renforcer les populations locales. La circulation de l'information fait défaut en Afrique — et c'est là ou les sociétés civiles ont échoué", a noté Kajee, ajoutant que les militants asiatiques auraient quelque chose à enseigner à l'Afrique à cet égard. "Le bon exemple est l'Asie où la société civile met la bonne information dans les mains des populations locales pour opérer des changements dans la fourniture de services comme l'eau potable, les voies de transport et la communication…En Afrique, les gens ont besoin d'information pour contraindre les gouvernements à changer de politique". Le FSM a lieu chaque année, réunissant des groupes civiques qui s'opposent à l'ordre politique et économique mondial. Il a commencé en 2001 en réponse au Forum économique mondial, une rencontre annuelle dans la capitale suisse de Davos qui attire des chefs d'Etat, des dirigeants d'entreprises et des personnalités du genre. A ce jour, le FSM s'est principalement tenu dans la ville brésilienne de Porto Alegre. Cette année marquera la première occasion où un forum se déroule en Afrique (deux autres FSM sont également prévus pour se tenir dans la capitale vénézuelienne, Caracas — et la capitale économique pakistanaise, Karachi). Des centaines de militants sont attendus pour participer au FSM de Bamako, la plupart d'entre eux étant des délégués de groupes de la société civile.
Bien que la décision de tenir un forum au Mali a été sans aucun doute motivée en partie par le désir de rendre les débats plus accessibles aux populations sur le continent, on espère que les délégués venant de contrées plus lointaines seront également présents. "Une telle conférence requiert la participation des amis de l'Afrique en provenance de l'Europe et de l'Amérique du nord", a dit à IPS, Sam Ndlovu, un chercheur à l'Université d'Afrique du Sud. "Sans leur soutien, leur lobbying et leur campagne, l'Afrique — à elle seule — n'arrivera pas à grand-chose". Meja est de cet avis. "Nous espérons que nos amis d'outre-mer, en particulier d'Europe et des Etats-Unis se joindront à nous à Bamako", a-t-il noté. (*Cet article préalablement diffusé le 12 janvier contient une erreur au 17ème paragraphe. Notez bien que Karachi est bien la capitale économique du Pakistan et non sa capitale comme écrit précédemment.)

