GENEV, 3 juill. (IPS) – L'Eglise catholique, l'une des plus
fermes
opposantes à l'usage des préservatifs pour prévenir le syndrome de
l'immunodéficience acquise (SIDA), a été sévèrement critiquée par
les
délégués de la 12ème conférence mondiale sur le SIDA, en raison de
son
opposition aux rélations sexuelles protégées.
L'Eglise impose l'abstinence aux personnes non mariées, et la
fidélité à
un
(ou une) partenaire pour les couples mariés. Elle croit que la
promotion
des préservatifs entraîne l'immoralité.
Cette position a été cependant tournée en dérision par les lobbies
et
les
fabricants de préservatifs. "Nous faisons la promotion des
préservatifs
pas
à des fins commerciales, mais parce que ces préservatifs demeurent
le
seul
vaccin contre l'infection du VIH", déclare Catherine Taylor de
Durex,
la
société britannique de fabrication de préservatifs.
"L'Eglise ne fait qu'agir dans l'ignorance. Il est temps qu'elle
change
ses
politiques intransigeantes", affirme Janey Woodworth, délégué
d'une
entreprise australienne.
En exprimant son opinion sur le débat, Christel Lindgren de
International
AIDS Society déclare : "Nous avons tous besoin de nous
débarrasser du
dogme
religieux et de faire tout le possible pour lutter contre la
maladie".
Gideon Byamugisha, prêtre anglican venu de l'Ouganda, avoue que le
clergé
doit reconnaître son influence sur les gens et chercher à donner
des
conseils susceptibles de sauver des vies humaines.
"Nous exerçons beaucoup d'influence sur les personnes que nous
dirigeons
dans plusieurs domaines de prise de décision, malheureusement,
plusieurs
responsables d'Eglise ne donnent pas aux gens les informations
précises
sur
ce qu'ils peuvent faire pour éviter d'être infectés ou de
contaminer
d'autres personnes", indique Byamugisha.
Byamugisha qui reconnaît volontiers sa séropositivité pense que
l'Eglise
devrait accepter que les gens qui choisissent de ne pas s'abstenir
ainsi
que
les personnes exposées aux infections provenant de leurs
partenaires,
choisissent librement les préservatifs.
"La réalité est que la majorité des populations de la région
(africaine)
ont des rapports sexuels extra conjugaux et avant le mariage",
signale-t-il.
Byamugisha cite l'exemple de l'Ouganda où environ deux millions de
personnes
sont infectées par le virus. Les enquêtes montrent que 90 pour
cent des
20
millions d'habitants que compte ce pays de l'Afrique de l'Est, ont
des
rapports sexuels intenses, alors que 10 pour cent s'abstiennent.
"L'Eglise
a des responsabilités vis-à-vis des 90 pour cent d'Ougandais",
affirme-t-il.
Selon le récent rapport de l'ONUSIDA, l'Afrique subsaharienne
abrite 21
millions des 30 millions de personnes déjà infectées par le virus
de
l'immunodéficience humaine (VIH) dans le monde entier. Pour
réduire
l'infection, l'agence des Nations Unies dont le siège est à Genève
a
demandé
qu'un consensus soit trouvé entre les gouvernements, les
industries
pharmaceutiques, les organisations non gouvernementales (ONG) et
les
Eglises
pour lutter contre la propagation de la maladie.
"Il n'y a pas un seul remède magique. Arrêtons d'espérer de dures
options
politiques . . . ", observe Peter Piot, directeur général de
l'ONUSIDA.
"Que ce soit l'éducation des jeunes dans le domaine de la santé
sexuelle ou
les aiguilles pour les drogués, ayons individuellement et
collectivement
le
courage de nos convictions pour faire face aux données et lutter
contre
la
politique de division en ce moment où la vie de notre population
est en
jeu".
De l'avis de Piot, les récents changements spectaculaires observés
dans
le
profil du SIDA qui a évolué de l'étape d'une maladie mortelle à
celle
d'une
maladie chronique, grâce à une série de plus de 36 nouveaux
médicaments
permettant de prolonger la vie des personnes infectées par le
virus,
n'ont
pas encore atteint l'Afrique à cause des coûts prohibitifs de ces
médicaments.
La dose annuelle de ce cocktail de médicaments varie entre 15.000
et
20.000
dollars, une somme largement au-delà de la portée des pauvres
d'Afrique.
Byamugisha pense qu'un consensus peut être trouvé au sein de
l'Eglise
catholique sur l'usage des préservatifs si "nous traitons avec le
clergé
qui utilise son pouvoir pour contrôler la propagation du VIH, et
non
avec
ceux qui se servent du SIDA pour garder leur emprise sur le
pouvoir et
contrôler l'Eglise".
Le père catholique Robert Vitillo croit, cependant, que les
critiques
soulevées contre l'Eglise sont faites sans tenir compte de la
contribution
de cette dernière. "En dehors du débat sur les préservatifs, nous
avons
joué un très grand rôle. Nous avons mis sur pied des programmes de
sensibilisation dans les pays en développement non seulement dans
le
domaine
de la santé, mais aussi dans la prise en charge spirituelle".
"L'Eglise
catholique croit qu'elle a reçu de Dieu la mission d'aller à la
rencontre
des gens, dans la solidarité, la sollicitude et la
sensibilisation",
ajoute-t-il.
Les remarques de Vitillo ont été rejetées par certains délégués
comme
une
défense inutile. "Ce n'est pas pour l'Eglise le moment de se
défendre,
c'est le moment de faire des changements", laisse entendre un
délégué
brésilien.
D'autres soulignent que la confrontation avec l'Eglise ne
favorisera pas
la
lutte contre le SIDA. Le clergé a besoin de compréhension et de
soutien
pour
cerner la réalité du SIDA, il n'a pas besoin de critiques peu
utiles",
déclare un délégué nigérian.

