WASHINGTO, 6 juill. (IPS) – La famine devient une situation
désespérante
au Soudan, et la poursuite des bombardements par le gouvernement
ne fait
qu'empirer les choses, signalent les associations d'aide
humanitaire.
La situation est particulièrement périlleuse dans les montagnes du
Nuba et
dans la partie méridionale essentiellement contrôlée par les
rebelles,
déclarent les observateurs.
Après avoir annoncé depuis deux mois que 350.000 personnes étaient
menacées
d'inanition, le programme alimentaire mondial (PAM)affirme
actuellement que
2,6 millions de personnes ont besoin d'une aide alimentaire
d'urgence,
surtout dans le sud où le taux de malnutrition a atteint environ
60 pour cent.
"J'interviens au Soudan depuis 18 ans, et c'est le pire que j'ai
vu",
affirme Roger Winter, directeur de la commission américaine pour
les
réfugiés (USCR), à son retour la semaine dernière de la région de
Bahr El
Ghazal. "Si ce que nous avons vu (là-bas) prévaut ailleurs (quel
que soit
l'endroit), nous avons une famine redoutable sous la main".
Une sécheresse de deux ans causée par le phénomène climatique "El
Nino',
est en partie responsable de la situation. Mais, la guerre civile
vieille de
quinze ans qui a, selon les estimations, tué plus d'un million de
Soudanais,
en est la principale cause, d'après les observateurs indépendants
et les
organisations de secours exerçant des activités dans le pays.
Le gouvernement du Front National Islamique (NIF), essentiellement
dominé
par les Arabes, essaie de subjuguer l'armée de libération du
peuple
soudanais (SPLA) dominée essentiellement par les chrétiens noirs
depuis plus
d'une décennie. Le conflit qui a aussi été caractérisé par des
pillages et
des enlèvements perpétrés par des chefs de guerre indépendants et
des
milices musulmanes pro-gouvernementales, s'est surtout déroulé
dans le sud
où est basée la SPLA.
La guerre a également été livrée dans les montagnes du Nuba au
centre du
Soudan où la plupart des Nubas (peuple noir et musulman) ont fait
alliance
avec la SPLA pour lutter contre le gouvernement de Khartoum.
Le gouvernement a utilisé des tactiques similaires contre les
Nubas comme
dans le sud. Ces tactiques incluaient l'utilisation des troupes
militaires
et des milices tribales pour envahir, piller et détruire des
maisons ainsi
que des villages, et obliger les habitants à abandonner leurs
vallées
fertiles. "Cela fait apparemment partie d'une tactique délibérée
destinée à
obliger les gens à se réfugier dans des villes de garnison",
explique
Jemera Rone, un vieux chercheur soudanais de Human Rights Watch.
Le gouvernement de Khartoum permet sporadiquement au PAM
d'acheminer de
l'aide alimentaire aux populations déplacées du sud, mais les
agences de
secours n'ont pas accès aux zones contrôlées par les rebelles dans
les
montagnes du Nuba. En conséquence, Rone estime que près du tiers
des 300.000
Nubas vivant sous le contrôle des rebelles, peut maintenant faire
face à
l'inanition.
En mai, le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, a
adé
Khartoum d'autoriser la visite d'une équipe des Nations Unies
chargée
d'évaluer les besoins de la population. Trois ressortissants
soudanais,
membres du groupe, ont cependant été tués dans une embuscade le
mois
dernier, et Rone pense que la mission est "à l'eau". La SPLA et
le
gouvernement se sont mutuellement accusés d'avoir effectué cette
attaque
fatale.
La situation dans le sud semble être encore plus dramatique. Selon
les
groupes de secours, une attaque manquée de la SPLA sur Wau, la
capitale de
Bahr Al Ghazal, a planté en janvier les germes de la famine qui
sévit
actuellement dans la région.
Wau, ville de garnison, était la principale cible de la SPLA.
Cette dernière
avait, grâce au soutien de l'Ouganda, de l'Ethiopie et de
l'Erythrée, fait
de grandes conquêtes face aux forces gouvernementales au cours de
ces deux
dernières années. Au cours de la même période, les Etats Unis ont
fourni
près de 20 millions de dollars d'équipements "non meurtriers" à
tous les
trois pays voisins dans le cadre de leurs efforts d'isolement de
Khartoum.
L'attaque a été effectuée par les forces de la SPLA et celles d'un
chef de
guerre local, Kerubino Kwanyin Bol, un ancien commandant de la
SPLA qui a
changé de camp dans les années 1990, et a maraudé à travers une
grande
partie de la campagne, incendiant et pillant des maisons et des
villages des
Dinkas, peuple majoritaire dans la région. A la fin de l'année
dernière, il
a rejoint la SPLA.
Les forces alliées de la SPLA ont, cependant, trop vite lancé
l'attaque et
ont commencé à piller la ville avant d'en prendre le contrôle,
affirme Rone.
Le gouvernement a pu lancer une victorieuse contre-attaque et une
riposte
contre les communautés locales. Plusieurs autres dizaines de
milliers de
personnes ont été délogées de leurs maisons et obligées de vivre
de l'aide
internationale.
L'attaque a aussi fourni au gouvernement un prétexte qui lui a
permis de
limiter les vols de secours de l'Operation Lifeline Sudan
(OLS)(opération
d'aide d'urgence des Nations Unies au Soudan). Cette opération
consiste à
acheminer des aides alimentaires par la route et par voie aérienne
du Kenya,
de l'Ouganda et d'el Obeid au nord du Soudan. L'OLS a été mise en
place pour
la première fois après la famine de 1988-1989 au cours de laquelle
environ
250.000 Soudanais auraient trouvé la mort.
L'incapacité de l'OLS à fournir plus d'aliments à la région au
cours de
cette période-ci a naturellement aggravé la situation sur le
terrain. "Nous
avons perdu beaucoup de temps", signale Kate Almquist de World
Vision, une
organisation chrétienne de secours travaillant avec l'OLS.
Grâce à une forte pression internationale, Khartoum a permis au
PAM
d'envoyer 12 avions par jour pour délivrer de l'aide aux
populations du sud
Soudan. Par ailleurs, l'agence des Nations Unies espère obtenir
l'accord du
gouvernement pour ouvrir des "couloirs humanitaires " terrestres
jusqu'aux
zones nécessiteuses.
Toutefois, 12 avions ne représentent "qu'une goutte d'eau dans le
vase",
compte tenu des besoins, rapporte un haut fonctionnaire américain
qui,
conjointement avec d'autres, dénonce l'incapacité de la communauté
internationale à prévenir la famine.
"Operation Lifeline Sudan n'a d'autre mission que de prévenir la
famine au
sud Soudan", précise Winter. e a échoué".
Selon Almquist, le PAM "a besoin de 9000 à 10.000 tonnes
métriques
d'aliments par mois pour subvenir aux besoins du sud du Soudan.
Actuellement, il(le PAM) ne peut fournir que 5000 tonnes. Nous
avons besoin
de plus de cargaisons d'aliments, autrement des milliers de
personnes vont
mourir en l'espace de quelques semaines".
Le PAM essaie d'obtenir plus d'argent des donateurs. Il déclare
avoir besoin
d'environ 140 millions de dollars d'aide pour nourrir les 2,6
millions de
Soudanais ayant un besoin impérieux d'aide alimentaire entre
maintenant et
avril prochain. Mais, jusque là, le PAM n'a que des promesses
d'environ 60
millions de dollars.
L'efficacité de cette aide, dépend également de la façon dont la
guerre est
livrée. Almquist, qui est aussi revenue du sud Soudan depuis peu,
est très
inquiète que l'actuelle campagne de bombardement organisée par le
gouvernement rende les efforts de secours moins efficaces. "Ils
entravent
les secours et terrorisent les populations civiles", indique-t-
elle.
Entre temps, les responsables américains craignent que les
conquêtes
militaires faites par la SPLA au cours de ces deux dernières
années ne
soient renversées à cause non seulement de l'afflux des réfugiés
dans le
sud, mais aussi de la guerre imprévue entre l'Erythrée et
l'Ethiopie, deux
pays qui soutiennent la SPLA. Ce conflit de plus en plus violent
va presque
certainement réduire les opérations des rebelles au sud Soudan,
prévoit un
officiel.

