NATIONS UNIE, 2 juill (IPS) – Moins de 24 heures après que les
Nations
Unies ont accusé les soldats congolais et leurs alliés de l'armée
rwandaise
d'avoir tué des réfugiés Hutus non armés en 1996 et en 1997, une
influente
organisation des droits de l'homme a demandé que les tueurs soient
jugés.
"Le Conseil de sécurité devrait prendre des mesures immédiates
pour
s'assurer que les auteurs de ces crimes contre l'humanité soient
traduits en
justice", a déclaré Iain Levine de Amnesty International. Sa
réaction
faisait suite aux résultats d'un rapport des Nations Unies sur les
massacres
perpétrés dans la République démocratique du Congo (RDC), l'ex-
Zaïre, rendu
public mardi dernier.
Si le gouvernement du président Laurent Kabila ne manifeste pas
une
"sérieuse volonté politique" de coopération avec les Nations
Unies, le
rapport de l'organe international "n'ira nulle part", a déclaré
Levine à
IPS. "C'est la grande inquiétude de tous les militants des droits
de
l'homme".
Le rapport de 52 pages est incomplet en raison des difficultés
liées à la
compilation des preuves. Il n'a pas fait une estimation du nombre
total de
Hutus tués, mais il a cité les massacres individuels de près de
500
personnes. Selon le rapport, les massacres équivaudraient à un
génocide s'il
était prouvé que "une décision était prise pour éliminer cette
partie du
groupe ethnique hutu en tant que tel".
"Notre investigation n'était qu'à ses débuts", a affirmé Daniel
Michael
O'Donnell, membre de l'équipe. "Il est nécessaire que cette
investigation
soit poursuivie par un organe impartial".
Kabila et les Nations Unies se sont livrés une bataille sur
l'accès des
enquêteurs des Nations Unies aux lieux du massacre depuis que
l'ancien
rebelle a pris le pouvoir en mai 1997. En avril, le secrétaire
général des
Nations unies, Kofi Annan, a été obligé de retirer l'équipe des
Nations
Unies du Congo. Le rapport publié mardi a révélé que le
gouvernement de
Kinshasa "n'a manifesté aucun intérêt pour accomplir son devoir
qui,
conformément à la législation internationale, consiste à faciliter
les
enquêtes avec responsabilité sur de graves violations des droits
de l'homme
et des graves entorses au droit humanitaire".
Le rapport des Nations Unies a rendu l'Alliance des forces
démocratiques
pour la libération du Congo (AFDL) de Kabila responsable des
massacres.
Selon le rapport, l'AFDL a été aidée par l'Armée patriotique
rwandaise
(APR), les anciennes forces de sécurité zaïroises et d'autres
groupes armés.
Selon l'équipe des Nations Unies, des centaines de Hutus non armés
ont été
massacrés à Mbandaka et dans le village voisin de Wendji par les
troupes de
l'AFDL, apparemment placées sous le commandement de l'APR.
"L'expertise médico-légale indique que certains corps ont été
récupérés
d'une fosse commune à Mbandaka. Cela corrobore les témoignages
selon
lesquels un effort a été fait pour 'nettoyer' ces sites avant
l'arrivée de
la commission d'enquête", a signalé le rapport.
L'AFDL a aussi étsée d'avoir obligé un grand nombre de civils à
fuir
vers des endroits très peu peuplés dans des conditions
dangereuses, et de
refuser aux organisations de secours l'accès aux personnes
blessées et malades.
L'équipe des Nations Unies, mise sur pied après la prise du
pouvoir par les
troupes de Kabila en mai 1997, a immédiatement eu des problèmes.
Le nouveau
gouvernement congolais a fait objection à la nomination du chef de
l'équipe,
Roberto Garreton du Chili. Cela a obligé Annan à retirer Garreton
qui avait
précédemment publié un rapport accusant l'AFDL et ses alliés
d'avoir commis
des massacres. L'équipe a été plutôt dirigée par Atsu-Koffi Amega
du Togo.
Le gouvernement de Kabila a ensuite chicané sur les termes de
référence
d'une éventuelle enquête et a interdit toute visite de terrain en
dehors de
l'Est du Congo. Cette décision a empêché les inspections de sites
dans
plusieurs zones centrales considérées comme des sites du massacre
; il
s'agit notamment de Mbandaka et de Tingi-Tingi.
En octobre dernier, l'ambassadeur américain Bill Richardson a
obtenu le
consentement de Kabila pour effectuer des enquêtes sur ces sites.
L'équipe
des Nations Unies devrait également examiner tous les rapports sur
le
massacre, y compris ceux de 1994 qui accusent les Hutus.
Toutefois, ces
efforts ont été frustrés. Les enquêteurs ont souvent été empêchés
d'effectuer des visites sur les lieux pour des "raisons de
sécurité" et le
travail qu'ils faisaient autour de Mbandaka, a été maintes fois
interrompu
par des manifestants qui les accusaient de profaner des cimetières
traditionnels.
Malgré ces difficultés, l'équipe a déclaré avoir rassemblé assez
de preuves
accablantes en six mois pour blâmer les gouvernements congolais et
rwandais
à qui elle a soumis son rapport avant sa publication.
En réponse, l'ambassadeur Gideon Kayinamura du Rwanda a déclaré
que "la
publication de ce rapport incomplet, partial et totalement faux ne
sert pas
la cause des droits de l'homme et pourrait compromettre les
chances
d'obtention de la vérité sur l'événement".
Dans une correspondance adressée à Annan, Kayinamura a déclaré que
le
gouvernement du Rwanda "nie catégoriquement et s'inscrit en faux
contre
l'insinuation selon laquelle les soldats rwandais ont violé les
droits
humains d'une partie de leur propre peuple ou de n'importe quel
autre peuple
dans l'ex-Zaïre".
L'ambassadeur Mwamba Kapanga de la RDC a aussi adressé à Annan une
lettre
dans laquelle il décrivait le rapport comme "un document
dangereux qui,
contrairement aux idéaux de paix et de sécurité internationale
propagés par
les Nations Unies, exacerbe la haine ethnique entre les Hutus et
les Tutsis,
en simplifiant à outrance les problèmes complexes qui minent la
région des
grands lacs".
"Les témoignages obtenus après plusieurs enquêtes sont basés sur
de trop
petits échantillons pour être statistiquement viables. En plus, le
document
ne s'appuie pas sur des faits concrets", a annoncé Kapanga.
Dans un communiqué rendu public mercredi, Amnesty International a
soutenu
que "sans un effort déterminé du gouvernement de la RDC et de la
communauté
internationale pour faire face à la spirale des exécutions, il n'y
aura pas
de développement socio-économique durable au Congo".
L'organe d9fense des droits de l'homme a aussi exhorté le conseil
de
sécurité des Nations Unies à créer une 'commission d'experts' pour
effectuer
des enquêtes supplémentaires et juger les auteurs".

