POLITIQUE-KENYA: Le cabinet dissous, la session du parlement reportée

NAIROBI, 25 nov (IPS) – Le président kényan Mwai Kibaki a dissous tout son gouvernement et reporté la réouverture de la session du parlement, ceci après le référendum de lundi pendant lequel les électeurs ont rejeté un projet de constitution bien que Kibaki ait fortement fait pression pour son approbation.

"Suite aux résultats du référendum, il est devenu nécessaire pour moi, en ma qualité de président de la République, de réorganiser mon gouvernement pour le rendre plus cohésif et mieux à même de servir les populations du Kenya", a déclaré le président dans un discours télévisé laconique, mercredi.

C'est la première fois en 42 ans d'indépendance que tout un cabinet est dissous au Kenya. La révocation en masse est intervenue au milieu de relations de plus en plus tumultueuses entre des membres du gouvernement, qui font partie de la Coalition nationale Arc-en-ciel (NARC) au pouvoir.

Sept ministres du 'Liberal Democratic Party' (LDP) se sont farouchement opposés à la nouvelle constitution, se joignant même à la 'Kenya African National Union' (KANU), de l'opposition, pour se battre afin qu'il soit rejeté pendant le référendum.

Les adversaires de la constitution ont estimé qu'elle accordait trop d'autorité au président, au mépris d'un sondage mené par la Commission de révision de la constitution du Kenya qui a révélé que les Kényans voulaient une réduction des pouvoirs présidentiels. Ceci provenait apparemment du désir d'éviter des abus de l'autorité présidentielle comme cela avait été le cas sous les anciens chefs d'Etat Daniel arap Moï et Jomo Kenyatta.

Un précédent projet de constitution avait proposé que l'autorité exécutive soit partagée entre le président et le poste de Premier ministre nouvellement créé. Toutefois, des députés du 'National Alliance Party' (présidé par Kibaki) ont réussi à modifier ce projet pour maintenir des pouvoirs présidentiels forts. Leur version de la constitution a prévu un Premier ministre non exécutif qui serait nommé par le chef de l'Etat. Instituer un Premier ministre moins puissant serait allé contre l'esprit d'un accord auquel seraient parvenus Kibaki et le leader du LDP Raila Odinga, selon lequel ce dernier se verrait octroyer le poste de Premier ministre, en échange de son soutien à la NARC durant le scrutin de 2002 qui l'a portée au pouvoir.

Ceux qui ont approuvé le projet de constitution ont soutenu qu'il contenait assez de garanties pour contrôler le président.

Avec le référendum constitutionnel qui a fini par être perçu comme un vote contre la performance du gouvernement de la NARC, certains ont considéré la dissolution du cabinet de Kibaki comme une mesure appropriée.

"Les résultats du référendum avaient un lien avec la confiance du peuple au gouvernement du président Kibaki", a déclaré à IPS, le politologue Mutahi Ngunyi.

"Il souffre d'une crise de légitimité. Il aurait pu facilement remanier le cabinet, mais a décidé de le dissoudre et de faire appel à une nouvelle équipe qui l'aidera à restaurer la confiance du peuple".

Bien qu'il ait promis de lutter contre la corruption, le gouvernement lui-même a été accusé de corruption. Ceci a poussé l'ancien ambassadeur de Grande-Bretagne au Kenya, Edward Clay, à décrire certaines autorités comme étant coupables d'une gourmandise qui les a amenées "à vomir partout sur nos chaussures". Il a fait ce commentaire pendant un discours l'année dernière.

Pour sa part, le membre du groupe de pression en faveur de la révision constitutionnelle voit la dissolution comme une manière de détourner l'attention du public d'une autre révision de la constitution. "Le président agit délibérément pour écarter cela de la route", a-t-il dit à IPS.

Nyamwamu est un responsable dans le Mouvement jaune, un groupe chapeautant des organisations de la société civile impliquées dans des initiatives de réforme constitutionnelle. Le mouvement a annoncé mercredi que ces organisations allaient commencer des discussions sur une nouvelle constitution la semaine prochaine.

Un peu moins de 60 pour cent des citoyens qui ont pris part au référendum ont voté contre le projet de constitution. En attendant d'autres révisions, le Kenya continuera par être régi par la constitution qui est utilisée depuis que le pays a obtenu son indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne en 1963.

Kibaki a promis qu'une nouvelle équipe sera en place dans les quinze jours à venir pour remplacer son ancien cabinet de 28 membres. Le parlement — supposé reprendre initialement le travail le 29 novembre — va maintenant rouvrir en mars de l'année prochaine (les députés étaient allés en vacances avant le référendum constitutionnel).

Toutefois, l'opposition a demandé la dissolution du parlement – et la tenue d'élections anticipées. "Beaucoup plus que le cabinet, c'est le parlement qui a été l'acteur central dans la trahison de la constitution du peuple", a déclaré le secrétaire général de la KANU, William Ruto.