EDUCATION-BURKINA FASO: Encore beaucoup d'efforts, notamment pour les filles

OUAGADOUGOU, 27 sep (IPS) – Au Burkina Faso, malgré les efforts de l'Etat, du mouvement associatif et des partenaires au développement, l'accès à l'éducation reste toujours un chemin de croix pour de nombreuses personnes, en particulier pour les femmes.

De 2001 à 2004, le taux d'accroissement annuel moyen des effectifs d'élèves au Burkina a été plus important pour les filles (sept pour cent) que pour les garçons (5,6 pour cent). Durant cette même période, la représentation des filles dans l'enseignement de base est passée de 31 pour cent à 38 pour cent dans le secteur public, selon l'Institut national de la statistique et de la démographie (INSD). Ce pays sahélien d'Afrique de l'ouest est resté longtemps confronté à un très faible taux de scolarisation et un taux d'alphabétisation alarmant, notamment chez les personnes les plus démunies et les femmes rurales, selon l'INSD.

Le Burkina Faso a fait un timide bond en avant dans l'ensemble, avec un taux de scolarisation qui est passé de 45 pour cent en 2002 à 57 pour cent en 2005, soit une progression de 12 points, selon la Commission nationale de l'UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture). Selon les mêmes statistiques, seulement un pour cent des enfants atteint le cycle supérieur, ce qui classe le Burkina Faso au rang des pays où le taux de scolarisation au niveau supérieur est l'un des plus bas au monde. "Le Burkina Faso a un taux de scolarisation faible, avec un peu moins de cinq enfants sur 10 qui ont accès à l'école; ce qui est un handicap dans l'élaboration de stratégies de développement", confie à IPS, le sociologue Ibrahim Kinda résidant dans la capitale, Ouagadougou. A cette allure, la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) n'est pas une sinécure pour cet Etat, comme pour la plupart des pays africains pauvres, en particulier l'éducation primaire universelle — le deuxième OMD. Huit OMD ont été retenus par les dirigeants du monde, au Sommet du millénaire pour le développement en septembre 2000, aux Nations Unies, à New York. Au nombre des autres objectifs, figurent la réduction de moitié de l'extrême pauvreté et de la faim, la promotion de l'égalité de genre — et la réduction de la mortalité infantile et maternelle, la lutte contre la maladie, la promotion d'un environnement durable et de partenariats pour s'attaquer aux questions des échanges commerciaux inéquitables. C'est pour tenter de mettre fin à cette situation, que le Burkina Faso s'est fixé des objectifs, selon ministère de l'Enseignement de Base : réaliser un taux d'alphabétisation de 40 pour cent et un taux de scolarisation de 70 pour cent à l'horizon 2010.

"Scolariser 60 pour cent de la population âgée de sept à 12 ans d'ici à 2010; atteindre un taux brut de scolarisation de 70 pour cent d'ici à 2010; faire passer le taux de scolarisation des filles de 34,7 pour cent en 2000 à 60 pour cent en 2010" sont des objectifs réalisables, affirme à IPS, Issa Traoré, un cadre au ministre de l'Enseignement de Base. "Ramener le taux de redoublement de 10,5 pour cent en 2000 à sept pour cent en 2010" fait partie également des mêmes objectifs "qui ont une incidence sur le développement du pays", ajoute Traoré. La mise en œuvre du Programme décennal de développement de l'éducation de base (PDDEB), lancé en septembre 2002, et d'un coût global d'environ 438 millions de dollars, est perçue par le gouvernement comme l'instrument phare de cette politique. Selon le ministère, les objectifs principaux sont d'accélérer la scolarisation en faveur des filles des zones rurales les plus défavorisées, de diversifier les formules d'éducation de base telles que les écoles satellites qui font du bilinguisme (français et langues nationales) dans les villages, les centres d'éducation de base non formels (d'alphabétisation), et les écoles franco-arabes modernisées. Il est ainsi prévu, au titre du seul programme d'investissement, la construction et l'équipement d'environ 20.130 nouvelles salles de classe, de plus de 4.000 centres permanents d'alphabétisation et de formation, et de 3.000 centres d'éducation de base non formels. Pour l'instant, les indicateurs de performance affichent une évolution positive, selon les chiffres du PDDEB. De 2001 à 2004, on note une augmentation de l'offre éducative de 47,6 pour cent, ainsi qu'un accroissement du nombre de classes (plus 16 pour cent) et d'enseignants (plus 21 pour cent). Le taux brut d'accès à l'école a atteint 65,95 pour cent tandis que le taux brut de scolarisation a atteint 52 pour cent dans la même période. Et au total 1.448 classes ont été construites en 2002, 1.039 en 2003, 1.313 en 2004, selon le PDDEB. Cependant, certains acteurs du système éducatif ne pas satisfaits des résultats du PDDEB. "Je pense qu'il y a une course pour les meilleurs taux afin de faire plaisir aux bailleurs, au détriment de la qualité qu'on doit rechercher", explique à IPS, une conseillère pédagogique qui a requis l'anonymat. "Il arrive souvent que des élèves qui doivent redoubler se retrouvent en classe supérieure. Par ces décisions arbitraires, l'élève atteint le secondaire et n'arrive plus à progresser dans son cursus. A qui la faute?", renchérit Paulin Soubeiga, un instituteur. "On n'utilise pas les fonds pour améliorer les conditions de vie des enseignants et pour pallier le manque criant de matériels didactiques", s'indigne Ablassé Sawadogo, un enseignant qui affirme que le PDDEB n'apporte pas un plus dans le quotidien des acteurs de l'éducation.

Malgré la polémique sur les résultats du PDDEB, de gros efforts ont été faits dans la scolarisation des filles. "L'éducation d'une fille est un facteur et une stratégie de développement d'une nation", estime Alice Tiendrebéogo, présidente du Forum des éducatrices africaines (FAWE). C'est une organisation non gouvernementale qui travaille pour la promotion de la scolarisation des filles. Elle est présente dans 33 pays africains.

Au Burkina Faso, des quotas de 50 pour cent ont été institués pour les filles dans les écoles satellites, les centres d'enseignements non scolaires et les centres d'alphabétisation. "Le retard de la scolarisation féminine constitue un frein à la participation de la femme au secteur moderne. Les conditions socio-économiques ainsi que les pesanteurs sociologiques et culturelles déterminent également la faible productivité des femmes", soutient Irène Ilboudo, une étudiante préparant un mémoire de maîtrise sur la scolarisation des filles au Burkina.

Pays modèle dans la lutte pour l'accès des filles à l'éducation, le Burkina avait accueilli, en juin 2003, le lancement officiel de l'Initiative 25 – 2005 d'accélération de l'éducation des filles du Fonds des Nations pour l'enfance. L'initiative visant à donner aux filles un plus large accès à une éducation de qualité dans 25 pays d'Afrique de l'ouest et du centre où le taux reste faible, particulièrement chez les filles. De même, pour donner un coup d'accélérateur à la scolarisation des filles, le Burkina et le Fonds américain pour les défis du millénaire ont signé, en juillet, à Ouagadougou, une convention de 12,9 millions de dollars, en présence même de son président, Paul Applegarth.

A travers le programme proposé par le gouvernement burkinabé, le fonds financera la construction d'écoles et de logements d'enseignants dans les 10 provinces du pays ayant les plus faibles taux de scolarisation des filles, pour permettre à un plus grand nombre de filles d'aller à l'école primaire, selon le ministère de l'Enseignement de Base. Le programme vise à scolariser 1.650 filles supplémentaires dès le démarrage, l'année prochaine. Environ 68 pour cent du montant total du budget, soit 8,8 millions de dollars, seront consacrés à la construction de 132 écoles adaptées pour les filles.