ECONOMIE: Le Nigeria courtise des investisseurs sud-africains

JOHANNESBURG, 31 août (IPS) – Une conférence de trois jours, qui s'est déroulée la semaine dernière à Johannesburg, a mis en exergue la possibilité d'accroître le commerce entre l'Afrique du Sud et le Nigeria.

Le 'Forum 2005 des investissements commerciaux du Nigeria et d'Afrique du Sud' s'est ouvert le 24 août dans la capitale économique sud-africaine, avec pour but principal d'attirer des entrepreneurs sud-africains vers les pays d'Afrique de l'ouest. Plus de 300 délégués y avaient participé. Le Nigeria est actuellement le premier partenaire commercial d'Afrique du Sud en Afrique de l'ouest et son troisième plus grand sur le continent après le Mozambique et le Zimbabwe, a déclaré l'ambassadeur nigérian en Afrique du Sud, Tunji Olagunju, à la rencontre. Jusqu'ici, "le commerce du Nigeria se déroule principalement avec l'Europe et l'Amérique du Nord", a-t-il noté. "Cela doit changer". Des chiffres fournis par des officiels nigérians indiquent que la valeur des exportations de l'Afrique du Sud vers le pays est passée de 45 millions de dollars en 1998 à 456 millions de dollars l'année dernière. Les importations ont également augmenté — de 76 millions de dollars en 1998 à 800 millions de dollars en 2004, le pétrole occupant la part du lion de cette hausse. "Des Sud-Africains sont venus à moi en grand nombre. A côté d'eux, je dirais, il y a les Chinois", a dit à la conférence Mustafa Bello, directeur général de la Commission de promotion des investissements du Nigeria. Le Nigeria envisage également d'organiser des forums d'investissement en Chine, en Inde, aux Etats-Unis, en Russie, en Ukraine et dans les Emirats arabes unis. "Nous avons beaucoup à offrir", a dit Bello. "Nous avons 24,1 milliards de réserves de barils de pétrole brut, 120.000 milliards de pieds cubes de gaz et 72 millions d'hectares de terre arable. Nous avons également des minerais comme l'or, le charbon, le fer et le manganèse". Des firmes sud-africaines, qui se sont installées au Nigeria, comprennent la principale chaîne de supermarché, Shoprite, et le géant des télécommunications MTN — qui revendique maintenant avoir 6,3 millions d'abonnés au téléphone mobile dans cet Etat de l'Afrique de l'ouest. Dans un effort d'attirer les investisseurs, le Nigeria offre une période d'exonération fiscale de cinq ans aux entreprises qui sont prêtes à venir s'installer dans le pays, et cette période est portée à sept années aux firmes qui s'installent dans des zones sous-développées. De telles initiatives doivent déjà changer la perception selon laquelle le Nigeria est une destination risquée pour le capital étranger. L'année dernière, l'organisation de surveillance de la corruption, basée à Berlin, Transparency International, a classé le Nigeria comme troisième plus mauvais des Etats sondés selon son indice annuel de perception de la corruption. Cette étude classifie les pays selon les niveaux de corruption qu'on croit y exister. Des 146 nations évaluées, seulement le Bangladesh et Haïti sont pires que le Nigeria. "La corruption (au Nigeria) reste un grand problème. Les infrastructures demandent une attention urgente. La bureaucratie est lourde et l'électricité, erratique", indique à IPS, au cours de la rencontre, Phil Dean, un homme d'affaires sud-africain qui négocie du matériel agricole. Les Nigérians qui vont en Afrique du Sud sont également vus comme important les maux de leur pays. Au cours d'une réunion sur la xénophobie tenue à Johannesburg, il y a trois semaines environ, Khathu Mamaila, éditeur adjoint de l'hebdomadaire 'City Press', soulignait que les lecteurs sud-africains avaient désormais des préjugés sur des ressortissants nigérians — qu'ils étaient notamment au cœur du commerce de la drogue en Afrique du Sud. Des diplomates nigérians au forum de l'investissement ont indiqué qu'ils étaient conscients de ces opinions. "Nous travaillons pour corriger cette image", a déclaré Michael Kuforiji, consul général à l'ambassade du Nigeria en Afrique du Sud. "J'ai voyagé partout en Afrique du Sud et conseillé aux Nigérians qui y vivent de respecter les lois d'Afrique du Sud". "Nous n'allons pas corriger en une nuit cette perception au sujet du Nigeria. Cela va prendre un certain temps". Olagunju a également reproché aux ressortissants d'autres pays de ternir l'image des Nigérians en Afrique du Sud : "Ce sont des citoyens d'autres pays africains qui posent des actes et prétendent être des Nigérians".. "Nous devons voyager pour nous connaître mutuellement", a ajouté Olagunju. "Les journalistes (d'Afrique du Sud), par exemple, devraient voyager au Nigeria pour commencer à connaître le pays et son peuple". Mamaila a également exhorté les médias sud-africains à se départir des stéréotypes quand ils font des reportages sur les activités des ressortissants étrangers en Afrique du Sud.