DEVELOPPEMENT-AFRIQUE: Un petit pas de la basse-cour à l'étang

BROOKLIN, Canada, 26 août (IPS) – L'Afrique doit encourager d'urgence des investissements dans la pisciculture pour lutter contre la faim puisque les réserves de poisson naturel sur le continent et ailleurs diminuent, indiquent des scientifiques.

L'Afrique est la seule région du monde où la consommation de poisson par tête baisse, exposant du coup environ 200 millions d'Africains, ayant le poisson comme base de leur alimentation, au risque de la malnutrition.

Des experts se rencontraient lundi (22 août) au sommet du Poisson pour tous (Fish For All) dans la capitale nigériane, Abuja, pour trouver des solutions durables de reconstitution des réserves de poissons en diminution en Afrique.

"Le sommet est une plate-forme majeure pour définir et adopter un plan d'actions en vue d'augmenter les provisions de poisson en Afrique", a déclaré Richard Mkandawire, conseiller agricole principal du Nouveau partenariat pour le développement en Afrique.

"Nous espérons que certains de nos partenaires au développement investiront également dans l'industrie de la pêche, en particulier l'aquaculture", a dit Mkandawire à IPS depuis Abuja.

La consommation annuelle moyenne de poisson par personne dans le monde est de 16 kilogrammes, mais seulement de 6,6 kilogrammes en Afrique subsaharienne. L'Afrique aura besoin de plus de 20 pour cent de poisson juste pour maintenir déjà ce faible niveau de consommation pendant la prochaine décennie.

A l'instar d'une bonne partie du monde, l'Afrique a connu des baisses remarquables de ses réserves de poisson naturel dans les lacs et les fleuves, de même que ses réserves côtières. Mais à la différence de l'Asie et d'autres régions, l'Afrique subsaharienne n'a pas investi dans la pisciculture. En fait, seulement deux pour cent de la protéine du poisson d'Afrique vient de l'aquaculture, contre 38 pour cent dans le reste du monde.

L'Afrique est en arrière pour plusieurs raisons, y compris un penchant traditionnel pour l'agriculture et le bétail. Pendant qu'environ 10 millions de familles africaines sont impliquées dans la pêche, la pisciculture n'a pas été vraiment été leur préoccupation, affirme Mkandawire.

Cependant, l'aquaculture à petite échelle ne serait pas un changement majeur, comme elle s'intègre facilement dans l'agriculture traditionnelle où les déchets peuvent être utilisés pour nourrir les poissons, et les rejets des poissons à leur tour peuvent être utilisés comme engrais.

Dans les communautés à fort taux d'infection au VIH/SIDA, l'aquaculture fournit de la protéine de grande qualité qui revigore la santé et le système immunitaire de ceux qui sont atteints par la maladie. Cela leur permet de continuer à être des membres productifs de la communauté. Et une fois en place, la pisciculture est moins demandeuse de main-d'œuvre que l'agriculture.

"Ils auront besoin d'aide pour mettre en place l'infrastructure et une expertise générale sur comment faire fonctionner l'aquaculture à petite échelle", a indiqué Mkandawire.

Mais en dépit des obstacles, la pisciculture, à plusieurs égards, a d'énormes potentiels en Afrique subsaharienne, estiment les experts.

"Seulement cinq pour cent du potentiel de ressources en aquaculture pourraient fournir à l'Afrique la protéine dont elle a besoin sur les 10 à 15 prochaines années", a expliqué Stephen Hall, directeur général du 'WorldFish Centre' (Centre du poisson du monde) à Penang, en Malaisie.

Le WorldFish Centre, l'un des sponsors du sommet de cette semaine, est une organisation à but non lucratif qui essaie d'alléger la pauvreté et la faim en améliorant les industries de pêche et l'aquaculture. Bien que les sécheresses en Afrique fassent fréquemment les gros titres, l'eau n'est pas le problème majeur, a dit Hall à IPS depuis Penang.

Et il faudrait seulement 30 à 60 millions de dollars d'investissement dans l'aquaculture africaine pour améliorer rapidement la contribution du poisson à la sécurité alimentaire en Afrique, souligne-t-il.

Cette estimation est basée sur plusieurs projets prospères que le centre gère actuellement au Malawi, qui consistent à créer de petits bassins bon marché sur des fermes existantes, et à enseigner aux fermiers, souvent des femmes, comment les diriger.

Les familles malawites affectées par le VIH/SIDA ont essayé cette méthode avec d'impressionnants résultats, affirme Daniel Jamu, le directeur du programme du centre pour l'Afrique australe.

"Leur nutrition s'est améliorée parce qu'ils mangent du poisson et utilisent le revenu de la vente des excédents pour obtenir une attention médicale, y compris des soins et des médicaments du VIH/SIDA", a déclaré Jamu dans un communiqué.

Des programmes similaires dans d'autres pays donnent également d'énormes résultats en termes d'emploi, une nutrition améliorée, la sécurité alimentaire et même le commerce, pour des investissements relativement faibles, dit Hall.

Il est important de partager cette expertise et cette connaissance à travers l'Afrique. Il est peut-être même plus important d'apprendre de l'expérience de l'Asie en matière d'aquaculture à la fois à petite et grande échelle, indique-t-il.

"Il est important que ces petites industries de pêche soient durables, et compte tenu de leurs expériences, nous savons maintenant comment le faire correctement", note Hall.

Le partage de l'expertise est la clé pour relancer la production de poissons en Afrique, confirme Mkandawire. L'Afrique du Sud a aussi bien l'argent que les installations, mais elle manque de connaissances approfondies, elle produit vraiment peu de poissons par rapport à ce qu'elle devrait faire, affirme-t-il.

"Nous devons identifier et utiliser les technologies prospères d'Asie et les appliquer dans le contexte africain".