STOCKHOLM, 25 août (IPS) – Le continent africain, affaibli par des crises, avec deux des plus longs fleuves du monde -le Nil, long de 6.400 kilomètres et le fleuve Congo, long de 4.370 km — souffre d'un paradoxe économique virtuel : une pénurie d'eau à côté de réserves potentiellement abondantes.
"En dépit de quelques grands fleuves comme le Congo et le Nil, 21 des pays les plus arides du monde, en termes de quantités d'eau par personne, se trouvent en Afrique", a déclaré le ministre sud-africain de l'Eau et des Forêts au cours d'un symposium marquant la "Semaine mondiale de l'eau", à Stockholm, la capitale suédoise. Le Nil et ses affluents coulent dans neuf pays : Egypte, Ouganda, Soudan, Ethiopie, République démocratique du Congo (RDC), Kenya, Tanzanie, Rwanda et Burundi. Le Congo, le cinquième plus long fleuve du monde, coule principalement à travers la RDC, la République du Congo, la République centrafricaine, et partiellement à travers la Zambie, l'Angola, le Cameroun et la Tanzanie. S'adressant à plus de 1.400 experts de l'eau et représentants d'organisations non gouvernementales, Buyelwa Sonjica a dit que dans les pays arides et semi-arides, les fleuves coulent seulement pour de courtes périodes dans la saison pluvieuse, "et il faut des barrages pour retenir l'eau pour les périodes sèches". "Le besoin d'infrastructures pour la ressource en eau en Afrique est clair. Les mêmes arguments valent pour beaucoup d'autres pays en développement dans le monde", a-t-elle ajouté. Mais elle a prévenu que la construction de barrages devrait répondre à deux conditions : d'abord, les personnes affectées ou déplacées par le barrage devraient être assurées d'en bénéficier d'une façon ou d'une autre – "et elles devraient également avoir des conditions de vie meilleures après la construction du barrage par rapport à celles d'avant". Ensuite, a-t-elle dit, les impacts sur les écosystèmes aquatiques et terrestres devraient être limités. Malheureusement, a indiqué Sonjica, la plupart des pays en développement manquent d'infrastructures de gestion de l'eau. "Et cela s'applique en particulier à mon continent d'origine. L'Afrique est le continent le moins développé sur la terre pour ce qui est concerne les infrastructures d'eau". En Amérique du Nord, la quantité de réserve d'eau par personne est d'environ 6.150 mètres cubes, a-t-elle souligné. Mais en Ethiopie, par exemple, elle est juste de 43 mètres cubes par personne. Même en Afrique du Sud, le pays le plus développé du continent, la quantité de réserve d'eau par personne est seulement 746 mètres cubes. Avec seulement 36 pour cent de sa population ayant accès au système sanitaire de base et quelque 288 millions de personnes ne pouvant accéder à l'eau potable, l'Afrique fait face "à des défis troublants" pour ses efforts visant à atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) des Nations Unies sur l'eau et le système sanitaire, selon l'Institut international de l'eau de Stockholm (SIWI). Les huit OMD comprennent la réduction de 50 pour cent de la pauvreté et de la faim; l'éducation primaire universelle; la réduction des deux-tiers de la mortalité infantile; la diminution des trois-quarts de la mortalité maternelle; la promotion de l'égalité du genre; l'inversion de la propagation du VIH/SIDA, du paludisme et d'autres maladies; la viabilité durable de l'environnement, y compris l'accès à l'eau potable; et un partenariat mondial Nord-Sud pour le développement. Une réunion au sommet de 189 leaders du monde en septembre 2000 a plaidé pour la réalisation de tous ces objectifs d'ici à l'an 2015. Mais dans une tentative pour atteindre ces OMD et mobiliser des engagements politiques, une nouvelle initiative a été lancée : l'Initiative des ministres africains pour l'eau, le système sanitaire et l'hygiène pour tous (AMIWASH), en partenariat avec le Conseil consultatif pour la fourniture d'eau et du système sanitaire (WSSC) de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève. Sonjica a déclaré aux délégués que le potentiel d'énergie hydroélectrique de l'Afrique présente des avantages énormes pour le développement. Le potentiel de l'énergie électrique, générée par l'eau du fleuve Congo, pourrait jouer un rôle important dans la fourniture de l'énergie sur le plan régional, en Afrique centrale et en Afrique australe. La proposition de Projet d'énergie hydroélectrique du Grand Inga sur le fleuve Congo "sera le plus grand projet d'ingénierie en Afrique depuis la construction du Canal de Suez". Liant l'eau à la démocratie — deux sujets totalement différents — elle a dit que "le progrès, qui est actuellement fait vers la paix et la démocratisation en République démocratique du Congo, peut libérer le potentiel d'énergie hydroélectrique du fleuve Congo, et ceci peut être la clé pour débloquer le potentiel économique de tout le continent africain". Selon le SIWI, les pays pauvres qui ont accès à l'eau et à des services sanitaires améliorés connaissent une augmentation moyenne annuelle de 3,7 pour cent de leur produit intérieur brut (PIB); ceux qui n'en ont pas croissent seulement de 0,1 pour cent. Au Kenya, l'amélioration des maisons pour résister aux effets des inondations et de la sécheresse pourrait faire augmenter annuellement son PIB à un taux d'au moins cinq à six pour cent — le niveau requis pour commencer à réduire effectivement la pauvreté — plutôt que les 2,4 pour cent actuels de taux de croissance annuelle, souligne le SIWI. Le professeur Jeffrey Sachs, directeur de l'Institut de la terre à l'Université Columbia, basée à New York, fait remarquer que l'épicentre de la crise économique mondiale actuelle est l'Afrique subsaharienne, "où une population qui croît rapidement est exposée à des maladies endémiques, la faim, la dégradation de l'environnement, et le manque d'accès à l'éducation et aux infrastructures de base". Une grande partie du continent africain stagne, dit-il, avec quelques pays confrontés à une diminution de revenus, la pauvreté, la faim, la mortalité infantile, et à une réduction de l'espérance de vie. Ce manque de progrès inquiète pour plusieurs raisons, dit Sachs. "Si les OMD ne sont pas atteints en 2015, alors le monde aura raté son objectif de sauver 30 millions d'enfants qui, autrement, mourraient; d'offrir l'accès au système sanitaire de base à plus de 300 millions de personnes qui, autrement, en manqueraient; d'assurer une provision adéquate de nourriture à 230 millions de gens qui, autrement, auraient faim; d'assurer l'égalité pour les hommes et les femmes; et d'assurer un environnement durable aux futures générations", a-t-il souligné. Un tel échec, a averti Sachs, conduira à une insécurité grandissante "puisque que l'extrême pauvreté est une importante source de conflit". Ses commentaires sont plus que jamais applicables à l'Afrique, qui est le foyer du plus grand nombre de conflits au monde.

