JOHANNESBURG, 17 août (IPS) – Les images d'enfants squelettiques au Niger, affaiblis par la malnutrition, ont été abondamment présentées dans les médias ces dernières semaines.
Au milieu des efforts pour soulager cette souffrance, des craintes existent selon lesquelles la crise au Niger pourrait compromettre la volonté des bailleurs de s'attaquer aux problèmes ailleurs sur le continent – notamment en Afrique australe. Environ 10 millions de personnes dans la région auront besoin d'aide alimentaire jusqu'au milieu de l'année prochaine.
"Le PAM (le Programme alimentaire mondial des Nations Unies) est en activité dans neuf pays d'Afrique australe. Six parmi eux sont confrontés à de sérieux problèmes de récolte cette année : ce sont le Mozambique, le Swaziland, le Zimbabwe, le Malawi, la Zambie et le Lesotho", a déclaré à IPS, Mike Huggins, un porte-parole de l'agence. "Au Zimbabwe seul, 4,3 millions de personnes ont besoin d'aide alimentaire". (Le pays compte environ 13 millions d'habitants). Le Malawi aussi est durement touché. Selon une évaluation du gouvernement, le pays a récolté la plus petite quantité de maïs depuis 1992, et produit juste 37 pour cent de céréales nécessaires à la consommation nationale pour l'année prochaine. Selon les estimations du PAM, il faudra 270 millions de dollars pour nourrir les populations en Afrique australe jusqu'à la prochaine récolte prévue pour avril 2006. Mais à la date d'aujourd'hui, seuls quelques bailleurs ont offert des contributions, et il semble peu probable que des promesses de nouveaux financements – pour des montants substantiels – soient faites de sitôt.
"Nous n'avons obtenu que 75 millions de dollars", indique Huggins. "Nous ne sommes pas particulièrement optimistes en ce moment. Il y a d'autres points chauds comme le Niger et le Darfour qui ont besoin de l'aide d'urgence". Actuellement, 80 organisations non-gouvernementales et 13 agences de l'ONU sont actives dans la région troublée du Darfour, dans le Soudan occidental, selon un rapport publié le mois dernier par le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan. Le nombre de personnes prises par le tourment politique dans la région aurait augmenté de juste au-dessus d'un million en mai 2004 pour atteindre 2,9 millions en juin 2005. "Ce nouveau chiffre comprend environ 1,9 million de personnes déplacées à l'intérieur, et plus de 200.000 réfugiés au Tchad, plus les personnes affectées par la sécheresse et les communautés nomades qui subissent les conséquences du conflit, mais qui n'ont commencé à recevoir l'assistance humanitaire qu'au début de 2005", indique Annan dans son rapport. Au Niger, une population estimée à 3,5 millions de personnes est affamée et a besoin d'une aide alimentaire d'urgence. La sécheresse et la pauvreté constituent les causes principales des pénuries alimentaires, mais l'ancienne colonie française avait également été ravagée l'année dernière par des criquets pèlerins. Si l'absence de pluies et le manque d'argent ont aussi contribué à la crise alimentaire en Afrique australe, la mauvaise gouvernance endosse une partie de la responsabilité des pénuries dans cette région. Les critiques du gouvernement zimbabwéen soutiennent que la série des saisies de fermes, entamée en 2000, a compromis la production agricole. Si les occupations des terres étaient initialement considérées comme une tentative des vétérans de la guerre de libération de corriger des déséquilibres raciaux en matière de propriété foncière, institués pendant l'ère coloniale, certains observateurs politiques estiment que les saisies étaient plutôt orchestrées par le gouvernement pour acquérir du soutien en prévision des élections législatives de 2000. Le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, accuse l'ancienne puissance coloniale, la Grande-Bretagne, d'être en train de saper l'économie du pays en représailles au fait que les terres ont été retirées des mains des Blancs. La situation en Afrique australe se complique davantage par la pandémie du VIH/SIDA qui sévit dans la région. Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, "l'épidémie du VIH/SIDA aura tué 20 pour cent ou plus de la population travaillant dans l'agriculture dans plusieurs pays d'Afrique Australe". Au cours d'une conférence le mois dernier, l'Institut international de recherche sur la politique alimentaire, basé à Washington, a exhorté des pays africains à adopter des aliments génétiquement modifiés (GM) pour réduire les pénuries alimentaires. Cependant, Idah Sithole-Niang, un des auteurs d'une nouvelle étude relative aux récoltes génétiquement modifiées, souligne que le continent ne dispose pas de systèmes en place qui permettrait aux gouvernements de s'engager de manière responsable dans cette initiative. "La plupart des pays africains ne disposent malheureusement pas de l'expertise, de la capacité et du financement pour se développer et satisfaire aux exigences réglementaires de la biosécurité", a-t-elle noté pendant la conférence de presse. "Conséquence : les récoltes GM restent hors de portée pour les fermiers et leurs avantages ne peuvent être atteints". Il y a trois ans, la Zambie a refusé d'accepter une aide composée d'aliments génétiquement modifiés pour réduire les pénuries alimentaires ayant affectées des centaines de milliers de personnes, évoquant des préoccupations relatives à la sécurité de l'aide.
Le PAM craint que si la crise alimentaire en Afrique Australe était négligée, les conditions de malnutrition dans la région ne ressemblent en définitive à celles du Niger où les bailleurs avaient au départ fait la sourde oreille aux appels lancés pour l'aide.
"Nous sommes en train de sonner l'alarme à présent", a déclaré Huggins.

