NATIONS UNIES, 16 août (IPS) – L'Union africaine (UA), forte de 53 nations, le plus grand regroupement régional aux Nations Unies, est en train d'exercer son poids politique en refusant de revenir sur sa demande de deux sièges permanents au Conseil de sécurité des Nations Unies -avec des vetos difficiles à obtenir.
Avec sa position inflexible renforcée au cours d'un second sommet des nations africaines, tenu au début de ce mois à Addis-Abeba, la capitale de l'Ethiopie, l'UA a compromis une forte requête du Groupe des quatre, comprenant l'Allemagne, le Japon, l'Inde et le Brésil, relative à quatre nouveaux sièges permanents sans droit de veto. Tous les quatre pays, qui sont co-parrains d'une résolution sur l'élargissement du Conseil de sécurité comprenant 15 membres, ont abandonné leur demande de veto en espérant que cela les aiderait à surmonter la forte opposition de la part de certains ou de la majorité des cinq membres permanents détenteurs du droit de veto (P-5) : Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Chine et Russie. On accuse les membres du P-5 de vouloir conserver fermement leur droit de veto en reniant les mêmes pouvoirs aux autres. Mais avec l'UA qui campe sur sa position, la proposition d'ajouter de nouveaux membres permanents sans droit de veto au Conseil de sécurité, s'est trouvée, une fois encore, dans une impasse presque sans issue.
Un projet de résolution introduit par l'UA soutient qu'il faudra accorder aux membres permanents "les mêmes prérogatives et privilèges que ceux dont bénéficient les membres actuels, y compris le droit de veto". La résolution fait suite à une décision prise au cours du premier sommet de l'UA regroupant les chefs d'Etat en Libye tenu au début du mois de juillet.
"L'UA devrait poursuivre sa demande du droit de veto", déclare Bill Fletcher Jr, président de 'TransAfrica Forum', une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Washington qui est également un centre de militantisme se concentrant sur les conditions du monde africain.
Il a indiqué que l'UA représente environ un milliard d'âmes "qui ne disposent pas ou peu de voix autour de la table mondiale".
"Ou bien la participation au Conseil de sécurité signifie la même chose pour tous les participants, ou bien elle devrait être considérée comme une farce", a dit Fletcher à IPS.
Le mois dernier, un journal américain a cité, sans les nommer, des responsables de l'administration américaine pour dire que les Etats-Unis sont opposés à l'octroi du droit de veto aux nouveaux membres, évoquant des "préoccupations selon lesquelles cela paralyserait le Conseil de sécurité" et diluerait également le pouvoir des Etats-Unis au sein des Nations Unies.
"Quelle serait l'importance de la réforme du Conseil de sécurité si celle-ci laisse intactes les structures fondamentales du pouvoir? La raison pour l'élargissement ne doit pas seulement être liée à une représentation équitable, mais doit également prendre en compte le pouvoir formel", a déclaré à IPS, Kwame Akonor, directeur de l'Institut de développement africain.
"Le fait est que le veto (du Conseil de sécurité) demeure toujours un instrument fondamental de politique internationale" a-t-il dit. "L'union africaine ne devrait donc pas transiger sur ses exigences de droit de veto immédiat pour tous les nouveaux membres permanents du conseil".
Akonor a également indiqué qu'il est clairement établi que l'UA ne dispose ni du support du P-5 ni de la majorité des deux tiers nécessaires pour faire droit à sa position, mais sacrifier ce principe (dans n'importe quel débat sur la réforme) constituerait pour l'Afrique une déclaration de sa volonté de demeurer un non-acteur silencieux dans la politique mondiale.
"Nous ne saurions trop insister sur ce point, surtout si nous nous rappelons le fait que plus de la moitié des questions inscrites à l'ordre du jour du Conseil de sécurité traite de l'Afrique", a-t-il ajouté.
Au cours d'un point de presse le mois dernier, Kofi Annan, le secrétaire général des Nations Unies, a qualifié "d'utopiques" les tentatives actuelles visant soit à abolir les droits de veto existants soit à créer de nouveaux sièges pourvus de droits de veto. "C'est utopique de penser que nous pouvons le faire. Plusieurs pays membres veulent faire cela, mais ce n'est pas possible. Et ils ne sont pas enclins à créer (non plus) de nouveaux droits de veto", a-t-il ajouté..
Ce qui est important, soutient Annan, c'est d'avoir une représentation effective au Conseil de sécurité, et de le rendre plus démocratique afin d'assurer que les voix des autres régions seront entendues.
"Et je pense que ce genre de changement rendrait les décisions du conseil beaucoup plus acceptables généralement, mais le conseil lui-même gagnerait également une plus grande légitimité. Et je pense que ce n'est pas assez comme réalisation pour nous d'être capables d'aller de l'avant et non insister que si nous ne pouvons pas retirer les droits de veto (existants) des cinq autres, nous gardons le statut quo. C'est l'option", a-t-il dit.
Bill Pace, secrétaire général du Mouvement fédéraliste mondial, estime que l'élargissement du Conseil de sécurité est un objectif important pour "redonner de la vitalité à la représentativité et à la légitimité du conseil".
"Mon organisation s'oppose énergiquement, cependant, à l'augmentation de plus de droits de veto ou de nouveaux membres permanents au conseil.
L'existence de membres permanents a abouti au dysfonctionnement et à l'ineptie. Dans la mesure où le monde devient plus démocratique, cet anachronisme impérial doit être abandonné", a-t-il ajouté. Selon un diplomate africain, le sommet d'Addis Abeba a rejeté une proposition du Nigeria, président en exercice de l'UA, relative à "la nécessité de montrer plus de flexibilité vers l'adoption d'une position africaine unifiée par rapport à l'élargissement du nombre des membres du Conseil de sécurité". Il a indiqué que la proposition invitait à abandonner le droit de veto pour l'Afrique en vue d'obtenir deux sièges permanents au sein du Conseil de sécurité.
Selon un rapport rendu public, la majorité des Etats membres de l'UA, dont l'Egypte, l'Algérie, la Libye, le Kenya, l'Ouganda, la Tanzanie, le Zimbabwe, le Congo et le Mali, ont rejeté la proposition d'un compromis, soulignant que l'UA devrait demander deux sièges permanents pour l'Afrique, mais avec droit de veto.
Actuellement, le Conseil de sécurité de 15 membres comprend cinq membres permanents et dix membres élus par rotation sur une base régionale. L'UA voudrait élargir le nombre à 26 membres contre 25 tels que proposés par le Groupe des quatre.
Mais les deux groupes sont diamétralement opposés sur la question du droit de veto, menaçant de conduire le processus de réforme à une impasse.

