SANTE-NAMIBIE: ''Si seulement je pouvais avertir les femmes de ne pas semarier''

WINDHOEK, 18 août (IPS) – "A la mort de mon père, mon oncle et sa femme son venus et ont ramassé toutes nos affaires. Ils ont même emporté notre télévision", a déclaré un enfant orphelin, âgé de onze ans, décrivant une tradition qui permet aux parents de prendre les terres, le bétail, le mobilier, même des vêtements auprès des familles éplorées.

L'enfant s'exprimait au cours d'une récente conférence tenue dans la capitale, Windhoek, sur les droits de propriété des femmes dans le contexte des lois namibiennes sur l'héritage. Une femme ressortissante de la région septentrionale de Caprivi a raconté une histoire semblable sur comment après la mort de son mari, la famille du défunt est venue et "a tout emporté". Selon la femme, le défunt a laissé un testament par lequel toute la propriété était léguée à la femme – mais la belle-famille a rétorqué qu'il n'était pas dans leurs coutumes de consulter des testaments. Lorsque la veuve est allée rapporter l'affaire à la police, la famille l'a menacée avec la sorcellerie. Les femmes finissent par retirer leur plainte. Une autre femme ressortissante de la région septentrionale de Ohangwena s'est également trouvée privée de ressources : "Si seulement je pouvais avertir les femmes de ne pas se marier, je le ferais, surtout après ce qui m'est arrivé".

Avec le VIH/SIDA qui tue un nombre toujours croissant de personnes en Namibie, il semble qu'un nombre important de femmes et d'enfants se retrouvent dépossédés. Selon le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA, le taux de prévalence du pays est de 21,3 pour cent. "Une triste image est en train d'émerger par rapport aux résultats des droits humains pour les veuves et les orphelins en Namibie", a déclaré Moiketzi Mokati, représentant de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, au cours de la rencontre de Windhoek. Des cas ont été rapportés où les belles-familles des veuves ont brûlé des résidences dans des tentatives d'expulser les femmes et leurs enfants. "Le système est en train de délaisser les femmes et les enfants. La saisie des biens et des terres est comme un viol : des femmes et des enfants souffrent en silence", indique Doris Roos, chef de l'unité de protection des enfants que gère le Fonds des Nations Unies pour l'enfance en Namibie.

Elle estime que des charognards de parents utilisent souvent notre culture et nos croyances traditionnelles comme une excuse pour exploiter des veuves et des orphelins. Dans une large mesure, le droit coutumier existe sur le même pied d'égalité que les us et coutumes. On fait usage des systèmes compliqués de lien de parenté pour déterminer l'héritage conformément au droit coutumier, soutient Mercedes Ovis qui est en train de faire des recherches sur ce droit. S'il existe d'importantes divergences entre les systèmes, la plupart ont tendance à limiter ou annuler les droits d'héritage des veuves et des orphelins. "La question est de savoir (si) le droit coutumier est évoqué lorsqu'il s'agit d'appauvrir les femmes et les enfants à cause du fléau du VIH/SIDA dans les communautés, ou plutôt d'un comportement opportuniste, ou un peu des deux". Les veuves peuvent même être considérées comme faisant partie de l'héritage de la succession. Dans ces cas, la pratique courante est d'amener la veuve dans la concession d'un beau-frère pour y subir une cérémonie de 'purification de la mort', qui implique des rapports sexuels avec le beau-frère. Le droit coutumier ne doit pas empiéter sur la constitution, qui garantit l'égalité pour tous les Namibiens. Elle dispose également de l'avancement pour l'égalité des chances en faveur des femmes, ce qui semblerait être en contradiction avec les traditions d'héritage qui désavantagent les femmes. Le ministre de la Justice et procureur général, Pendukeni livula-Ithana, déclare qu'il y a des réformes juridiques en cours pour empêcher des pratiques discriminatoires en matière d'héritage. Ces réformes comprennent l'introduction d'un projet de Loi sur la succession qui vise à garantir aux conjoints survivants une portion spécifique de la propriété de leurs partenaires qui sont morts sans faire de testament – et à assurer que les conjoints survivants disposent d'un droit à vie sur les biens du ménage et les terres utilisées par la famille élargie. "Nous devons parvenir à une réalité juridique et sociale au niveau de laquelle les femmes et les hommes sont équitablement traités dans le sens le plus large des droits humains et des droits de genre, mais également dans le sens le plus restreint de l'accès des femmes aux droits de la propriété et de la terre", a souligné livula-Ithana. "Nous devons étendre cette égalité aux enfants, notamment par rapport aux filles et aux garçons. Nous devons protéger le nombre toujours croissant de nos orphelins".

La Loi sur l'égalité des personnes mariées de 1996 et la Loi sur la réforme agraire communautaire de 2002, qui garantit aux veuves le droit de demeurer sur les domaines communs du ménage, disposent également d'une base pour l'amélioration de la condition des femmes. Malheureusement, la loi n'est que médiocrement mise en vigueur. Des femmes et des enfants continuent d'être expulsés des domaines communautaires, en dépit du fait que cette terre peut constituer leur seul moyen d'existence. Pour Ovis, le remède se trouverait quelque part entre le droit coutumier et les usages traditionnels.

"L'une des approches consisterait peut-être à maintenir un système dualiste en matière de réforme judiciaire, et à ne pas se débarrasser entièrement du droit coutumier, créant ainsi de simples lois sur papier qui ne peuvent pas être mises en vigueur", dit-elle. Roos a indiqué également que plusieurs chefs traditionnels ont exprimé qu'ils n'étaient pas au courant des rapports de saisie de propriétés. Et "les chefs traditionnels ont déclaré qu'ils suivraient ces cas. De là à ce qu'ils le fassent réellement constitue une autre affaire", a-t-elle ajouté. Delme Cupido apparaît même beaucoup moins optimiste que Roos. "Les chefs traditionnels sont en train de mettre en vigueur un système très patriarcal lorsqu'il s'agit de l'héritage", a-t-il affirmé. "Ils considèrent les besoins des femmes et des enfants comme secondaires".