JOHANNESBURG, 29 juil (IPS) – Le conflit en cours en République démocratique du Congo (RDC) a mis en évidence les difficultés à ramener une paix durable dans ce vaste pays d'Afrique centrale.
Près de 3,5 millions de personnes sont mortes, la plupart de malnutrition et de maladies évitables comme la diarrhée et le paludisme, depuis que la guerre civile a éclaté pour la première fois en RDC en 1996.
Alors qu'un accord visant à mettre fin au conflit a été signé en Afrique du Sud à la fin de 2002, il y a toujours des pertes en vies humaines. Il y a quinze jours, des hommes armés ont attaqué Kigalama, un village situé dans la province orientale du Sud-Kivu, tuant 13 personnes. Le gouverneur du Sud-Kivu, Didace Kaningini Kyoto, a dit aux journalistes que les 5.000 villageois, qui vivent normalement à Kigalama, avaient fui.
L'attaque a été attribuée aux militants hutus du Rwanda voisin qui sont entrés en RDC après le génocide de 1994 dans leur pays. Plus de 800.000 Tutsis minoritaires et de Hutus politiquement modérés ont été tués dans le génocide, perpétré par des Hutus extrémistes. Des rebelles tutsis ont pris le contrôle du Rwanda après les tueries, et craignant des représailles, des militants hutus ont trouvé refuge dans l'ex-Zaïre.
"Les rebelles hutus sont actifs au Sud-Kivu. Ils se cachent dans la forêt et certains d'entre eux sont intégrés dans la société", a déclaré à IPS, Pierre Kosmas du Groupe de soutien pour le Congo, une organisation non gouvernementale (ONG) basée dans la capitale économique d'Afrique du Sud, Johannesburg. "Si les rebelles hutus ne sont pas neutralisés, ils pourraient déclencher une autre guerre au Congo".
Des incursions transfrontalières opérées par des militants hutus ont poussé le Rwanda et l'Ouganda à aider les rebelles congolais à renverser le président Mobutu Sese Seko, après une campagne d'une année, en 1997.
Laurent Kabila a été par la suite installé en tant que nouveau chef de l'Etat, mais un an plus tard, a ordonné que tous les soldats rwandais quittent le pays.
Ceci a déclenché une autre série de combats, qui a vu le Rwanda et l'Ouganda supporter une pléthore de groupes rebelles, alors que l'Angola, la Namibie et le Zimbabwe soutenaient Kabila.
Toutes les troupes étrangères se sont officiellement retirées de la RDC conformément à l'accord de paix de 2002. Mais le gouvernement congolais affirme que le Rwanda maintient toujours des forces dans l'est du pays — une allégation réfutée par Kigali.
"Je crois que beaucoup de choses doivent être faites pour désarmer les Interahawme", a indiqué à IPS, Dennis Kadima, directeur exécutif de l'Institut électoral d'Afrique australe, un groupe de réflexion basé à Johannesburg. (Interahamwe — signifiant "ceux qui combattent ensemble" en Kinyarwanda — est le nom donné aux militants qui ont aidé à exécuter le génocide rwandais).
"Le Congo est victime de persécutions de la part de ce groupe depuis 1994", a ajouté Kadima. "Ils ont exporté le problème du Rwanda au Congo, et ils utilisent le Congo comme un champ de bataille. Les Congolais sont un peuple pacifique. Ils n'ont pas une histoire de violence".
Kadima est revenu à Johannesburg cette semaine, en provenance de la capitale congolaise, Kinshasa, qu'il avait visitée pour discuter des élections générales prévues pour se dérouler durant les premiers mois de 2006. Un gouvernement de transition dirige actuellement le pays.
"On devrait persuader les rebelles hutus de retourner chez eux. Nous ne pouvons pas tenir des élections lorsque nous avons des gens armés qui intimident des électeurs. Ils savent que lorsque le Congo aura un gouvernement légitime, ils seront désarmés", a déclaré Kadima.
Il semble qu'un certain nombre de militants sont en train de rentrer au Rwanda, malgré les craintes qu'ils seront arrêtés pour leur rôle présumé dans les massacres de 1994.
"Lorsque je revenais à Johannesburg via Nairobi, ils étaient environ 30 réfugiés rwandais dans l'avion, qui quittaient le Congo pour rentrer au pays", a affirmé Kadima. "Leur rapatriement a été arrangé par le HCR (Le Haut Commissariat des Nations Unies aux réfugiés). Ainsi, nous savons maintenant que les Rwandais peuvent retourner chez eux".
"Ceux qu'on ne peut pas persuader de rentrer, je regrette de le dire, la force doit être utilisée pour les expulser du Congo".
Toutefois, les malheurs de la RDC ne sont pas confinés au Sud-Kivu : ils s'étendent également au Katanga, une province riche en cuivre à la frontière avec l'Angola.
La semaine dernière, Médecins sans frontières (MSF), une ONG basée à Paris, a accusé des unités locales de l'armée et des milices dans la région de terroriser les civils. MSF a dit que des villages avaient été brûlés et pillés, et que des femmes avaient été violées. Le Katanga a fait pour la dernière fois la Une des journaux dans les années 1960 lorsqu'il a tenté, sans succès, de faire sécession. Une violence généralisée s'en est suivie, poussant les Nations Unies à envoyer des soldats de la paix au Congo.
Présentement, l'ONU a de nouveau déployé des troupes dans le pays — 16.000 en tout. Toutefois, les opérations de maintien de paix ont été aggravées par le fait que les soldats sont éparpillés sur une zone de la taille de l'Europe de l'ouest. La population de la RDC est estimée à environ 53 millions d'habitants.
Au Sud-Kivu, l'armée congolaise s'est plainte de ce qu'elle n'avait pas de véhicules pour secourir les villageois de Kigalama lorsqu'ils ont été attaqués il y a deux semaines. "Ce n'est pas une excuse. Le Congo a un gouvernement et il doit délivrer la population", a déclaré Jean Marie Gasana, chercheur principal à l'Institut pour les études sur la sécurité, basé à Pretoria, dans un entretien avec IPS.
Ces mots ont été repris en écho par Kadima, qui a noté qu'un "engagement plus ferme" était requis de toutes les parties en RDC.
Toutefois, Gasana a reconnu que l'administration de Kinshasa souffrait toujours des effets des années de négligence sous Mobutu.
"Pour l'instant, il n'y a aucune structure aux niveaux locaux — il n'y a aucune culture de gestion de l'Etat : il n'y a rien eu pendant 40 ans. Mais nous y parviendrons. L'Europe était comme ça. Elle a connu deux guerres mondiales et s'est maintenant stabilisée", a-t-il indiqué.

