ENVIRONNEMENT: Le premier envoyé de l'Afrique à la bio-sécurité exclu des

BROOKLIN, Canada, 20 mai (IPS) – Le principal négociateur de l'Afrique au Protocole de Carthagène sur la bio-sécurité s'est vu refuser l'entrée au Canada pour prendre part aux réunions destinées à finaliser les dispositions essentielles concernant le mouvement international des organismes génétiquement manipulés.

Tewolde Berhan Gebre Egziabher, le principal scientifique du gouvernement éthiopien, s'était vu retourner son passeport mercredi sans le visa canadien demandé malgré de précédentes visites au Canada. Tewolde essaie de prendre part aux pourparlers commençant le 30 mai dans la ville canadienne de Montréal.

"Je suis allé à Montréal plusieurs fois", a déclaré Tewolde dans un entretien depuis Addis Abeba. "Je n'ai jamais entendu parler de quelque chose du genre avant". Même si cela peut juste être un cas de "maladresse bureaucratique exceptionnelle", a-t-il dit, il se demande si ce n'est pas une façon pas aussi subtile mais efficace de l'empêcher d'y participer.

"J'ai toujours été du côté opposé à la délégation canadienne, en particulier sur la bio-sécurité", a-t-il indiqué.

La Convention de l'ONU sur la diversité biologique (CBD) a adopté le protocole sur la bio-sécurité en 2000 pour traiter du transfert, de la manipulation et de l'utilisation sans danger des organismes génétiquement modifiés (OGM) qui pourraient avoir un effet défavorable sur la biodiversité.

Scientifique respecté et champion de la biodiversité, Tewolde a reçu le prix Right Livelihood Award (également connu sous le nom de prix Nobel alternatif) du roi de Suède en 2000. Il est considéré par certains comme étant le père du Protocole sur la bio-sécurité.

Contrairement aux gouvernements américain et canadien, il croit fermement en la nécessité de régulations internationales fortes pour les semences et les cultures génétiquement manipulées (GM).

Tewolde avait envisagé d'aller à Montréal pour s'assurer que des semences et des produits alimentaires génétiquement manipulés seraient étiquetés conformément à l'accord. Il voulait également voir des sociétés et des gouvernements accepter la responsabilité lorsque leurs semences conduisent à la contamination GM.

"Le Canada ne veut voir aucune régulation sérieuse concernant les OGM", a déclaré Tewolde. "Ils ne voudraient pas me voir là parce que j'ai été le porte-parole du groupe africain et d'autres pays en développement".

Des organisations non gouvernementales basées au Canada, qui soutiennent la position de Tewolde, ont critiqué violemment le refus de visa.

"Nous ne sommes pas seulement vexés, nous sommes ennuyés par cela", a indiqué Pat Mooney, directeur exécutif du Groupe ETC.

"Je n'aurais pas cru que c'était délibéré, mais après la rencontre de la CBD à Bangkok, je n'en suis pas si sûr", a dit Mooney à IPS.

A Bangkok en février dernier, a-t-il affirmé, le gouvernement canadien a utilisé "des tactiques maladroites" pour tenter de lever un moratoire de facto sur le soi-disant Terminator, une technologie génétique qui rend les semences stériles. Seules de puissantes objections de pays africains, de l'Autriche, de la Suisse, du Pérou et des Philippines ont maintenu en place le moratoire. Fils d'un agriculteur, Tewolde a eu publiquement des accrochages avec des représentants canadiens et américains à des rencontres internationales au sujet des questions comme les brevets sur les semences et les risques des cultures GM.

Le refus de visa "est un embarras réel pour Montréal qui espère être une ville des Nations Unies", a souligné Mooney.

La CBD est basée à Montréal et y tient plusieurs de ses réunions.

"Nous avons fait jouer autant de relations que possible pour obtenir un visa pour Tewolde", a indiqué un porte-parole du secrétariat de la CBD.

"Nous ne savons pas pourquoi cela est arrivé, mais nous faisons de notre mieux pour le faire venir ici".

Il n'y a pas eu d'autres questions de visa pour la réunion prochaine, a-t-elle dit.

Les autorités canadiennes en charge de délivrer des visas ont indiqué que les déclarations de Tewolde selon lesquelles son visa lui avait été refusé "sont en contradiction avec nos informations", mais ont refusé de faire davantage de commentaires.

"C'est une question de protection de la vie privée de l'individu impliqué", a affirmé Cara Prest, porte-parole du département de citoyenneté et d'immigration du Canada.

Des règles plus sévères pour ceux qui demandent des visas d'entrée au Canada sont en place depuis juin 2002. Lorsqu'il s'agit de la délivrance de visas, a indiqué Prest, "nous sommes toujours à la recherche de nouveaux développements".

Le cafouillage de visa signifiait également que Tewolde avait manqué une réunion préparatoire africaine pour les prochains pourparlers sur le Traité international relatif aux ressources génétiques plantées pour l'alimentation et l'agriculture, a-t-il dit. Il manquera également les négociations inter-régionales sur le protocole relatif à la bio-sécurité à Oslo, en Norvège parce que la Haute Commission canadienne à Nairobi a gardé son passeport diplomatique.

"Maintenant qu'on m'a empêché de venir à Montréal, qui sait lequel d'entre vous sera empêché la prochaine fois?", a écrit Tewolde dans une lettre ouverte de protestation.

Maintenant, a-t-il indiqué, il attend que le gouvernement canadien réponde.