DROITS-OUGANDA: Pressions croissantes sur des prisons déjà pleines à craquer

KAMPALA, 19 mai (IPS) – Il y a presque une décennie, la Déclaration de Kampala sur les conditions dans les prisons en Afrique a été élaborée pour améliorer la situation des détenus à travers le continent. Cependant, dans une tournure ironique des événements, la capitale qui a donné son nom à l'initiative doit encore atteindre les objectifs de la déclaration.

Il en est de même pour le reste de l'Ouganda.

Des délégués des 47 pays, qui avaient pris part au séminaire où la déclaration de 1996 a été proposée, recommandaient – entre autres – que les droits humains des prisonniers soient respectés, et que les conditions dans les prisons leur permettent de vivre dans la dignité.

Mais comme l'a constaté la Commission ougandaise des droits de l'Homme (UHRC), les prisons dans le pays sont surpeuplées et infestées d'animaux nuisibles – un problème qui semble vouloir empirer puisque la construction de prisons ne suit pas le même rythme que les populations croissantes des prisons. (La UHRC financée par le gouvernement est une institution constitutionnelle).

Un recensement effectué en août 2003 a montré qu'il y avait 17.523 détenus en Ouganda, même si les prisons devraient contenir seulement 8.563. Le nombre de prisonniers devrait atteindre 20.000 d'ici à juillet de cette année.

"C'est vrai que les prisons sont surpeuplées", a déclaré à IPS, Mary Kaddu, le régisseur adjoint des prisons, en charge des relations publiques..

"La situation est si grave que certains prisonniers doivent dormir à tour de rôle".

Elle dit que la principale prison, le Luzira Upper Prison, abrite actuellement plus de 2.000 détenus – bien qu'elle ait été construite pour 600.

En reconnaissance du fait le retard de justice est souvent un déni de justice, la constitution stipule que tous les Ougandais ont le droit à un procès juste, rapide et public. Toutefois, des investigations menées par des militants de défense des droits ont montré que certains délinquants restent en détention préventive pendant près d'une décennie avant le règlement de leurs cas.

"Le surpeuplement fait suite aux problèmes dans le système de la justice pénale, qui semble être lente : il y a tellement d'affaires qui n'ont pas été réglées", souligne Martin Masiga, coordonnateur national du Réseau des droits de l'Homme, une grande institution regroupant des groupes de défense des droits en Ouganda.

Selon Kaddu, les prisonniers en détention préventive représentent 62,2 pour cent de la population totale en prison.

Le problème est aggravé par le fait que, dans un pays où 38 pour cent des gens vivent en dessous du seuil de pauvreté, plusieurs prisonniers n'ont pas les moyens de payer une caution.

Et, lorsque les tribunaux sont finalement prêts pour juger leurs affaires, les détenus peuvent ne pas se présenter devant le juge.

"Nous n'avons pas de moyens de transport pour amener ces prisonniers au tribunal à temps. Nous n'avons qu'un vieux bus et on nous a donné un autre tout récemment. Mais malgré cela, ce n'est pas suffisant", indique Kaddu.

Dans certaines régions, les prisonniers font des kilomètres pour se rendre au tribunal.

La faute a également été imputée aux policiers, qui sont accusés de retarder la justice parce qu'ils ne concluent pas assez rapidement leurs enquêtes sur des suspects emprisonnés.

Toutefois, les policiers affirment qu'ils sont également victimes du manque de ressources.

"Au fur et à mesure que la population croît, les criminels augmentent aussi. Mais, les services dans la police et les prisons n'augmentent pas", a souligné à IPS, le porte-parole de la police Asuman Mugenyi, notant qu'alors qu'il y avait 18.000 policiers dans le service en 1971, ce nombre était tombé à 14.000 en 2004.

En 1969, l'Ouganda avait une population de 9,5 millions d'habitants. En 2002, ce chiffre avait atteint 24,4 millions, selon le dernier recensement national de la population et de l'habitat.

"Il serait donc injuste de rejeter le tort sur la police. C'est comme si on mettait la charrue avant les bœufs…Vous trouvez un policier qui enquête sur 30 affaires et on ne lui facilite pas la tâche", ajoute Mugenyi.

En 2000, la Loi sur le service communautaire a été votée – une loi qui cherche à alléger le surpeuplement dans les prisons en amenant des détenus reconnus coupables d'infractions mineures à purger leurs peines dans la communauté.

Cette initiative, estime Kaddu, "marche bien".

Le gouvernement suédois a également apporté des financements pour rénover et agrandir un certain nombre de prisons.

Toutefois, il semble peu probable que ces mesures soulagent les autorités ougandaises de la nécessité d'étendre le système carcéral du pays. De même, les contraintes budgétaires, qui ont empêché les responsables de le faire avant, sont toujours en place.

"La question du surpeuplement a été soulevée plusieurs fois, mais le budget national ne peut pas permettre l'expansion", déclare le député Kabakumba Labwoni Masiko, un membre de la 'Parliamentary Defence and Internal Affairs Committee' (Commission parlementaire de la défense et des affaires intérieures).

"Ils (prisonniers) sont des criminels, oui, mais ils sont néanmoins des êtres humains – donc les normes minimales devraient être respectées. La seule chose qui compte est qu'ils sont des êtres humains".