POPULATION-SENEGAL: Partir n'est pas une solution, disent les autorités sénégalaises.

DAKA, 17 jui (IPS) – Les autorités sénégalaises mènent depuis peu
une
croisade contre l'émigration des populations vers d'autres
pays. Mais
leur action ne semble pas influencer les populations qui
continuent de
rêver de partir.

Une grande campagne d'information et de sensibilisation des
populations des
régions à fort taux d'émigration a été récemment organisée dans
ce pays de
l'Afrique de l'Ouest. Sous le thème "Partir n'est plus la
solution", elle
vise à sédentariser les populations qui émigrent de plus en plus
vers
d'autres pays africains ou occidentaux, à la recherche du bien-
être.
Une équipe composée des responsables du bureau d'accueil,
d'orientation et
de suivi des actions pour la réinsertion des émigrés (BAOS), à
laquelle
s'étaient joints les experts des ministères de l'intérieur et de
l'économie,
des finances et du plan, a sillonné le pays dans presque sa
totalité, de
long en large, pour sensibiliser les potentiels candidats à
l'émigration sur
la nouvelle politique adoptée par l'Etat pour encourager les
Sénégalais à
rester chez eux.
Cette nouvelle politique devrait, selon les autorités
sénégalaises,
permettre de valoriser les potentialités économiques locales et de
ce fait,
contribuer à inverser les flux migratoires sénégalais.
Le programme vise à concevoir un plan d'aménagement du territoire
et ses
dix schémas régionaux qui devraient permettre de réduire les
disparités
économiques inter régionales et intra régionale, grâce à un réel
accroissement de revenus et une meilleure répartition du
développement au
profit des régions et des populations les plus défavorisées.
Sous ce programme, les populations sont invitées à identifier des
idées
d'investissement individuel ou communautaire. L'Etat assure que
toutes les
dispositions seront prises au plan financier pour mener à bien ces
projets.
Le Sénégal a réussi à convaincre la communauté des bailleurs de
fonds de
soutenir ses efforts en vue d'enclencher un développement durable
et équilibré.
Partout où elle est passée, la mission s'est efforcée de mettre à
la
disposition des populations les informations utiles sur les
ressources
disponibles et accessibles dans les différentes localités mais
aussi, les
possibilités de financement au niveau national et international.
L'équipe a également encouragé les Sénégalais vivant à l'étranger
de rompre
avec l'auto-conservation des avoirs et de ne pas seulement
investir dans
des projets à caractère productifs, mais de financer différents
projets
créateurs d'emplois.
"Les jeunes n'ont ni travail ni activités leur permettant de
subvenir à
leurs besoins correctement. C'est ce qui fait que, malgré toute
leur
volonté, ils finissent par céder aux pressions et partent à
l'étranger comme
tout le monde. Pour "aller chercher", affirme Adama BA, membre
de
l'Association pour le développement de Ourossogui, un village
situé à 400
km de Dakar.
Les Sénégalais de l'extérieur bïicient d'un grand prestige dans
leurs
villages, car ils constituent pour la plupart une source de
revenus pour les
parents restés au village.
A "Bakel", dans la région Est qui est la zone d'émigration par
excellence
au Sénégal (un habitant sur deux a émigré), on évalue à de plus de
100
millions de F CFA les flux financiers transférés par mois par les
émigrés
vers leurs familles. Ce qui fait de cette localité, celle où les
populations
ont un plus fort taux de revenus par tête d'habitant.
Les autres régions à fort taux d'émigration englobent le Fouta,
région Nord
du Sénégal à 200 km de Dakar, mais aussi les régions de Louga et
de Djourbel.
Selon les sociologues, l'émigration fait partie de la culture des
sénégalais. C'est même une question d'honneur pour les familles.
Et cet
esprit bien ancré n'a pas rendu facile la mission de la délégation
du
ministère des affaires étrangères.
"Pour retenir les populations au terroir, il faut du concret",
lance le
vieux Oumar Sèyè, 70 ans. Ancien émigré, il s'active encore
aujourd'hui,
dit-t-il, pour que tous ses fils aillent à l'étranger pour
subvenir à leurs
besoins et ceux du groupe.
M.Dame Ndiaye, président d'une association des émigrés, indique
"que les
émigrés ont l'impression que le gouvernement n'est jamais allé
jusqu'au bout
de ses objectifs et la politique de réinsertion des émigrés n'a
porté aucun
fruit palpable. Ils font toujours face à de nombreuses contraintes
dans
l'exercice de leurs activités.
"Même pour des infrastructures communautaires (réalisations
d'écoles, etc.)
les émigrés doivent payer des taxes douanières de toutes sortes
sur les
matériels qu'ils ont achetés à l'étranger, dit-t-il.
Les problèmes ne s'arrêtent pas dans leur propre pays. Dans leur
seconde
patrie, la condition d'immigré n'est pas toujours agréable.
"Les conditions de vie des immigrés ont même été plus dures à
l'époque, en
Afrique centrale, où les Sénégalais ont toujours été les bêtes
noires",
explique Baba Dia.
Les premières expulsions de sénégalais émigrés remontent aux
années 56 en
Sierra Leone, lorsqu'ils ont été chassés des mines de diamants de
Defadou et
de Kono. A la suite de cet événement, ils se sont installés dans
les régions
minières de Kéouane et Macenta en Guinée. Ils en furent expulsés
en 1958 et
de là, ils investirent la région minière de Séguéla en Côte
d'Ivoire. En
1960, c'est l'armée ivoirienne qui mènera une guerre acharnée
contre les
diamantaires sénégalais.
En Europe, les Sénégalais, sont, comme la plupart des immigrés
africains,
victimes d'expulsion en masse ces dernières années.
Malgré toutes ces exactions et la méthode de persuasion adoptée
par l'Etat,
les candidats à l'émigration sont toujours plus nombreux et
partent à la
moindre occasion.
"Il n'y a pas d'autres choses à faire et les émigrés, bien que la
situation
soit difficile à l'étranger, trouvent toujours à faire et peuvent
gagner de
l'argent", affirme un jeune Sénégalais.
La plupart des immigrés sénégalais travaillent au noir en Europe.
En
Afrique, ils sont souvent de grands commerçants qui contrôlent les
marchés