BANGUI, 10 mars (IPS) – Environ 1,5 million d'électeurs sont convoqués aux urnes le 13 mars en Centrafrique pour des élections présidentielles et législatives dont le principal enjeu est de restaurer la sécurité et de consolider la démocratie dans ce pays d'Afrique centrale.
La fin du régime de l'ancien président élu Ange Félix Patassé, renversé par un coup d'Etat, le 15 mars 2003, ainsi que la période de transition dirigée par le général François Bozizé, ont été marquées par des violences politiques qui ont installé et renforcé l'insécurité dans le pays. L'ancien président avait été secouru par des rebelles congolais de Jean-Pierre Bemba, venus de la République démocratique du Congo, pour l'aider à résister à une première tentative de coup d'Etat, en mai 2001. Le nouveau président a été aidé par des hommes armés, appelés "les libérateurs", venus du Tchad, pour l'aider à renverser le régime de Patassé, en 2003. Depuis l'ouverture de la campagne électorale en Centrafrique, les partisans des candidats engagés dans la compétition présidentielle ou législative, violent souvent le code de bonne conduite élaboré sous l'arbitrage de la société civile.
Signé à la veille de la campagne électorale par tous les candidats à la présidentielle, le code de bonne conduite est un ensemble de règles qui définit les comportements des candidats, des militants, et des forces de sécurité avant, pendant et après les élections. Déjà cinq jours après l'ouverture de la campagne électorale, le 26 février, les observateurs de la vie politique centrafricaine ont commencé à s'interroger sur la volonté réelle des différents acteurs d'appliquer les dispositions du code de bonne conduite. "En effet, les nombreux faits regrettables, qui ont émaillé le début de la campagne électorale trahissent à coup sûr l'incapacité des Centrafricains à être francs et sincères avec eux-mêmes", a déclaré à IPS, Catherine Samapanza, présidente du comité de suivi des actes du Dialogue national.
"Car en écoutant les différentes déclarations des candidats et leurs représentants sur les ondes, on se rend compte que le code de bonne conduite n'est qu'un triste souvenir pour les principaux signataires", a-t-elle affirmé. Par exemple, le 28 février, dans le quartier Boy-Rabe du 4ème arrondissement de Bangui, la capitale centrafricaine, des militants du Rassemblement démocratique centrafricain (RDC), le parti de l'ancien président André Kolingba, ont été menacés par des éléments de la sécurité présidentielle alors qu'ils mobilisaient la population pour un meeting électoral.
Ces éléments de la sécurité présidentielle ont déchiré les banderoles et effigies des autres candidats de l'opposition, en violation des dispositions du code de bonne conduite qui fait obligation de stricte neutralité aux forces de sécurité pendant la période électorale.
Le RDC a adressé une requête au ministère de l'Intérieur avec ampliation au commandement de l'état-major des armées, réclamant des sanctions contre les auteurs de ces actes. Mais aucune sanction n'a été prise contre ces éléments de la sécurité présidentielle, qui n'ont fourni aucune explication pour justifier leur comportement. Ensuite, le 1er mars, un candidat indépendant à la députation de la Convergence nationale KNK, Joël Yangongo, a été victime de jets de pierres alors qu'il battait campagne dans la circonscription électorale du 6ème arrondissement de Bangui.
La Convergence nationale KNK est un regroupement d'intellectuels, d'opérateurs économiques et de quelques petits partis politiques qui soutiennent la candidature du général-président François Bozizé. Par ailleurs, le siège de la Convergence nationale KNK a été saccagé à Bangassou, une des plus grandes villes du pays, située à 760 kilomètres à l'est de Bangui. Les militants du RDC du candidat Kolingba seraient à l'origine de cette agression.
"Nous rejetons catégoriquement les faits qui nous sont reprochés et qui ne sont autres que des manœuvres pour discréditer notre parti", a déclaré le premier vice-président du RDC, Louis Pierre Gamba.
Le ministre de l'Intérieur, le colonel Michel Sallet, avait mis en garde, dès le troisième jour de la campagne, les militants des partis politiques qui détruisent les affiches de leurs adversaires. "Des militants ou partisans des partis politiques, tant à Bangui qu'en province, s'amusent à détruire les effigies de leurs adversaires. Ces actes constituent les débuts de dérapages très graves susceptibles de provoquer des troubles à l'ordre public", a indiqué Sallet à la radio nationale..
"Tous ceux qui seront coupables des agissements déplorés seront passibles de poursuites judiciaires". Le code pénal centrafricain prévoit en son article 294 une peine allant d'un à cinq ans de prison à l'encontre des auteurs coupables des faits de violence en période électorale.
Le président du Haut conseil de la communication (HCC), Joseph Vermont Tchendo, a déploré, pour sa part, le mauvais départ pris par la campagne pour les scrutins présidentiel et législatif du 13 mars, dénonçant notamment des injures auxquelles se livrent certains candidats à l'égard de leurs adversaires.
"Le Haut conseil de la communication constate avec amertume que certains candidats se livrent à des invectives, à des injures et à des attaques personnelles, foulant ainsi au pied le code de bonne conduite qui avait été pourtant signé par tous les candidats aux élections présidentielles", a regretté Tchendo.
"Ces agissements, qui ne sont rien d'autres que l'apologie de la violence, de la haine et de l'intolérance, sont en contradiction flagrante avec les dispositions des points 4 et 7 du code de bonne conduite", a-t-il ajouté.
Chargé de garantir la liberté d'expression et l'égal accès de tous les candidats aux médias d'Etat, le HCC a été mis en place peu avant l'ouverture de la campagne pour le premier tour des élections.
Interrogé par IPS sur le respect du code de bonne conduite, l'avocat Goungaye a déclaré qu'il était rare de voir les dirigeants centrafricains et les acteurs de la vie politique respecter leurs engagements. "On ne sait pas ce que sera le sort du code de bonne conduite paraphé par l'ensemble des acteurs de la vie politique, mais d'ores et déjà, ce parchemin apparaît comme un document d'anthologie ou d'archives, car les uns et les autres s'emploient, à force de manœuvre dilatoire, à le vider de son contenu", a affirmé Goungaye.
La campagne électorale pour le premier tour des élections présidentielles et législatives – qui doivent mettre un terme à la période de transition ouverte en Centrafrique par le coup d'Etat du général Bozizé – prendra fin le vendredi, 11 mars. Onze candidats sont en lice pour le scrutin présidentiel dont les principaux favoris seraient le président Bozizé, l'ancien président Kolingba, le leader historique de l'opposition, Abel Goumba, ainsi que Martin Ziguélé et Jean Paul Ngoupandé, tous deux anciens Premiers ministres de Patassé.

