SANTE-KENYA: Des contraceptifs? Vous avez de la chance si vous en obtenez

NAIROBI, 8 nov (IPS) – Le gouvernement du Kenya a été encore critiqué pour son incapacité à fournir assez de contraceptifs pour ses citoyens ceci à une conférence de deux jours sur les décès en couches et les avortements à risques, qui s'est tenue dans la capitale, Nairobi.

La rencontre, qui a pris fin le vendredi, 5 novembre, a été organisée par l'Ordre des médecins du Kenya (KMA), une institution de professionnels de la santé. Elle a drainé environ 150 participants des quatre coins du pays – y compris des membres du personnel soignant, des avocats et des défenseurs des droits de l'Homme.

Des délégués à la conférence ont affirmé que le manque de contraceptifs avait contribué à l'augmentation des avortements au Kenya. Puisque cette procédure n'est autorisée que dans des cas où elle protégera la vie d'une future mère, des femmes optent typiquement pour des "avortements clandestins" qui sont une cause majeure de mortalité maternelle dans le pays.

Selon James Nyikal, directeur des services médicaux au ministère de la Santé, près de 6.000 morts en couches surviennent par an au Kenya des suites de complications durant la grossesse – dont 2.000 peuvent être imputées à des avortements à risques.

"Environ 60 pour cent de tous les lits du pavillon de gynécologie à l'Hôpital national Kenyatta sont occupés par des malades ayant des complications liées à l'avortement", a ajouté Nyikal. Situé à Nairobi, le 'Kenyatta National' serait le plus grand hôpital de référence en Afrique de l'est et du centre.

Ses commentaires reprennent en écho des inquiétudes qui ont été soulevées en mai 2004 après la publication d'un rapport, 'Une évaluation nationale de l'importance et des conséquences de l'avortement clandestin au Kenya', qui indiquait qu'à peu près 300.000 avortements avaient lieu par an dans le pays.

L'étude a été menée par la KMA, la section kényane de la Fédération des femmes juristes, le ministère de la Santé et les Services d'assistance aux projets internationaux. Ce dernier, basé aux Etats-Unis, est une organisation qui défend les droits de reproduction des femmes.

Le rapport indiquait également que quelque 20.000 femmes et filles sont hospitalisées chaque année par suite de complications liées à l'avortement.

Toutefois, des délégués à la conférence ont appris que de telles hospitalisations sont de plus en plus le lot de femmes pauvres au Kenya.

"Assez paradoxalement et malgré les lois restrictives, des services d'avortement sans risque sont disponibles pour les femmes de la haute bourgeoisie qui peuvent s'offrir, contre rémunération des services d'avortement auprès du personnel médical formé dans des cliniques et hôpitaux privés", a déclaré Njoki Ndung'u, une députée.

"Celles qui sont économiquement nanties peuvent même aller hors du pays pour le service", a-t-elle ajouté.

Selon Peter Gichangi, un gynécologue-obstétricien, les avortements effectués dans des structures privées pourraient coûter jusqu'à 625 dollars – un taux hors de portée de la plupart des femmes, (le Rapport 2004 sur le développement humain, publié par le Programme des Nations Unies pour le développement, estime qu'environ 23 pour cent des Kenyans vivent avec moins d'un dollar par jour).

Un avortement clandestin, de l'autre côté, peut coûter cent fois moins : 6,25 dollars.

Des femmes députées, sous les auspices de l'Association des femmes parlementaires du Kenya, ont été au premier plan des pressions visant à faire réexaminer la loi sur l'avortement – notamment dans des cas de viol et d'autres formes d'abus sexuel.

"Comment expliquez-vous le fait qu'une femme déséquilibrée mentalement soit forcée pour des relations sexuelles alors qu'elle n'est pas en position de dire 'oui' ou 'non'? Dans le même esprit, comment comprenez-vous une fille qui a été violée et pénétrée par son père?", a demandé Ndung'u.

"Mon intention n'est pas qu'elle (la loi sur l'avortement) soit comme celle d'autres pays qui offrent l'avortement sur demande", a-t-elle ajouté. "Mais je veux l'étendre pour inclure l'interruption de grossesse résultant de viols et de souillures".

Les remarques de Ndung'u viennent à la suite d'un rapport de police publié au début de ce mois, qui montrait que les viols semblent être en augmentation au Kenya.

Alors que 1.675 cas ont été rapportés en 2000, 1.987 ont été signalés en 2001. Ce chiffre est passé à 2.013 en 2002 – et 2.308 en 2003. Dans les huit premiers mois de cette année, 1.895 cas ont été enregistrés.

Des inquiétudes au sujet du viol ont même vu la proposition d'une loi destinée à castrer les auteurs d'abus sexuel. "Le projet de loi est en train de recevoir le soutien de tous les partis au parlement et le débat est attendu dans les deux semaines à venir", a dit à IPS, Ndung'u.

L'Afrique du Sud a été citée comme l'un des pays africains qui avaient fait pression pour la réforme sur l'avortement, en même temps que l'Ouganda et le Ghana.

Malgré le plaidoyer des femmes parlementaires et des activistes, les communautés religieuses au Kenya sont fortement opposées à une modification de la loi sur l'avortement.

Ceci ramène le débat au manque de contraceptifs – dont une fourniture fiable pourrait contribuer à améliorer la prévention de grossesses non désirées qui amènent souvent les femmes à chercher à se faire avorter.

Nyikal a admis que le gouvernement avait beaucoup de chemin à faire sur la question de la fourniture de contraceptifs.

"En tant que pays, nous n'avons pas injecté de l'argent pour satisfaire ce besoin parce que (nos ressources) sont limitées. Le budget annuel prévu pour fournir un assortiment complet de contraceptifs est d'à peu près un milliard de shillings kényans (environ 12,5 millions de dollars)", a indiqué Nyikal.