KIGALI, 29 oct (IPS) – Le Rwanda prendra part à la Conférence internationale sur les Grands Lacs, et participe déjà au processus de sa préparation. Mais il attend principalement de cette rencontre la neutralisation des forces rebelles toujours présentes dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC).
"Les milices responsables du génocide de 1994, ex-FAR (Forces armées rwandaises) et Interahamwe, qui campent toujours en RDC, sont une menace non seulement pour le Rwanda, mais aussi pour toute la région. On ne peut parler de paix, de sécurité tant que ces forces ne sont pas neutralisées", a déclaré à IPS, Richard Sezibera, conseiller du président rwandais, Paul Kagamé, pour les Grands Lacs et président du comité national préparatoire de la conférence.
La Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) est prévue du 16 au 20 novembre à Dar es-Salaam, en Tanzanie. Les ministres des Affaires étrangères du Rwanda, de l'Ouganda et de la RDC ont réaffirmé, le mardi 26 octobre à Kigali, la capitale rwandaise, leur volonté commune d'œuvrer pour faire aboutir la rencontre.
Les chefs de la diplomatie des trois pays venaient d'achever deux jours de discussions qui avaient permis la signature d'un protocole d'accord sur la mise en place d'une commission ministérielle tripartite chargée de veiller à la sécurité le long des frontières communes. Les ministres se sont engagés à traiter la question des soldats rebelles aussi bien du côté du Congo que du Rwanda. "Nos trois pays sont décidés à œuvrer pour la réussite de cette conférence, à tourner la page sur les conflits du passé et à mettre fin aux rancœurs que nous avons accumulées les uns vis-à-vis des autres", a déclaré, Ramazani Baya, ministre congolais des Affaires étrangères, au cours d'une conférence de presse conjointe des trois personnalités à Kigali, le 26 octobre.
L'idée de cette conférence est née à la suite de deux guerres survenues en RDC, en 1996 et 1998, et dans lesquelles étaient impliqués le Rwanda, l'Ouganda et d'autres pays de la région, comme l'avait expliqué Mamadou Bah, envoyé spécial du président de la Commission de l'Union africaine pour les Grands lacs, le 7 octobre à Kigali, à l'occasion d'une réunion régionale des femmes préparant la CIRGL. Les deux guerres ont fait plus de deux millions de victimes. La décision d'organiser une conférence internationale pour la région, prise en 1999 par le Conseil de sécurité des Nations Unies, recevra, trois ans plus tard, le soutien de l'Union africaine (UA) avant d'être "appropriée" par les pays concernés.
Il s'agit de quatre pays de la région des Grands Lacs dits "de champ" : le Rwanda, le Burundi, la RDC et l'Ouganda. Mais sont concernés également leurs voisins immédiats qui ont toujours été affectés, d'une façon ou d'une autre, par ces crises : le Kenya, la Tanzanie, le Soudan, la République centrafricaine, le Congo-Brazzaville, la Zambie et l'Angola.
Ce sont donc les dirigeants de ces 11 pays qui se retrouveront dans la capitale tanzanienne pour cette CIRGL. Au menu, quatre thèmes de discussion : paix et sécurité; démocratie et bonne gouvernance; intégration économique et régionale; affaires sociales et humanitaires.
Au terme de la conférence, les chefs d'Etat de ces pays devront signer un texte commun des résolutions finales dites "Déclaration régionale de paix". Une année plus tard, ils se réuniront à nouveau pour étudier les modalités pratiques de l'application de ces résolutions, selon un calendrier déjà fixé.
Pour de nombreux Rwandais, il ne faut pas s'attendre à des miracles, en considérant les conférences antérieures sur le même thème. Les uns et les autres rappellent que pour assurer la paix dans la région, il y a eu, tour à tour, l'accord de paix de Lusaka en 1999, l'accord de paix de Pretoria en 2002 entre le Rwanda et la RDC ainsi que de nombreux sommets mixtes ou tripartites. "La Conférence internationale sur la région des Grands Lacs ne pourra être qu'une conférence de plus, avec un agenda optimiste et des résolutions fermes, mais qui ne sont presque jamais appliquées", déclare Jean-Paul Tuyisenge, rédacteur en chef du journal bimensuel catholique rwandais, 'Kinyamateka'.
D'autant que rien ne garantit que le consensus sera obtenu effectivement à la rencontre et que la CIRGL ne finira pas comme la conférence régionale des femmes, du 7 au 9 octobre à Kigali. Une réunion qui s'inscrivait dans les préparatifs de la CIRGL, comme deux autres qui s'étaient tenues un mois plus tôt : la conférence régionale des jeunes à Kampala, en Ouganda, et celle des sociétés civiles à Arusha, en Tanzanie.
A Kigali, les déléguées des femmes des 11 pays devaient harmoniser leurs vues et dégager un consensus sur les quatre thèmes de la conférence en vue de faire entendre la voix des femmes.
Mais les débats allaient se révéler particulièrement houleux durant les trois jours de travaux, principalement quand il fallait identifier les causes des conflits dans la région des Grands Lacs. Les discussions se sont polarisées sur les positions soutenues respectivement par les délégations congolaise et rwandaise.
Pour les Congolaises, c'est la volonté hégémonique du Rwanda et l'occupation, par lui, du territoire congolais qui est à la base de tout.
Pour les Rwandaises, la RDC, en accueillant, sur son sol, divers mouvements rebelles des pays voisins, est le principal foyer de déstabilisation de la paix dans la région.
Au jour prévu pour la fin de la réunion, il n'y avait toujours pas de consensus. Les chefs des délégations se sont concertés jusque tard la nuit pour essayer de faire converger les points de vue, mais en vain. En définitive, la réunion se s'est clôturée sans la lecture d'une déclaration commune ni d'un communiqué de presse.
"Si les femmes ne peuvent pas se mettre d'accord, qu'en sera-t-il des hommes?", a demandé à IPS une déléguée de la Zambie sous le sceau de l'anonymat.
Cependant, les uns et les autres reconnaissent qu'il n'y a d'autre solution que le dialogue pour mettre fin aux conflits récurrents dans cette région des Grands Lacs, qui représente un marché potentiel de plus de 120 millions de personnes.
"Aucun leadership local ou étranger n'a pu imposer la paix par les armes ou par d'autres moyens coercitifs. Il faut espérer qu'on y arrivera par le dialogue. Prions donc pour la Conférence internationale sur la région des grands lacs!", recommande Marie Immaculée Ingabire, de l'organisation non gouvernementale de défense des droits de la femme et de la jeune fille, 'HAGURUKA', et membre du comité préparatoire rwandais de la CIRGL.

