JOHANNESBURG, 13 juil (IPS) – "Si vous voyez un jeu de lumières vives, éclatantes la nuit, ce n'est pas un véhicule mais une girafe qui a été prise dans un nid-de-poule au milieu de la route. Alors, faites attention", avaient l'habitude de plaisanter les Zambiens sur l'état de leurs routes il y a quelques années.
Maintenant, les principales autoroutes du pays ont été bitumées, permettant aux fermiers et hommes d'affaires, de transporter plus facilement leurs cultures et marchandises vers les marchés.
Avec un bon réseau routier régional, la Zambie pourrait également exporter plus de maïs, un produit de base, vers des pays environnants.
Mais un grand nombre de réparations doivent être faites sur les routes qui relient ce pays d'Afrique australe au Mozambique, à l'Angola, à la Tanzanie et à la République démocratique du Congo (RDC). Le service des chemins de fer entre la Zambie et la Tanzanie, le Tanzam, lent et irrégulier, a également besoin d'être retapé.
La Zambie et la Tanzanie sont toutefois trop pauvres pour porter ce fardeau. Pour l'instant donc, la responsabilité d'effectuer des réparations est en train d'être porté sur le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), un plan conçu par des dirigeants africains pour sortir le continent de la pauvreté.
Les fondateurs du NEPAD, au nombre desquels Thabo Mbeki d'Afrique du Sud et ses homologues Olusegun Obasanjo du Nigeria et Abdoulaye Wade du Sénégal, se sont engagés à mettre en place et à améliorer l'infrastructure d'un bout à l'autre du continent.
Ils ont également identifié des besoins dans les secteurs du transport, de l'énergie, de la technologie de la communication, de l'eau et des installations sanitaires qui devraient en premier lieu faire l'objet d'attention, à cet égard.
"Je pense que la priorité devrait être les routes, les chemins de fer et les ports, qui sont cruciaux pour le développement de l'Afrique. Sans eux, nous ne pouvons pas transporter les marchandises", a dit à IPS, Kurt Shillinger de l'Institut sud-africain des Affaires internationales, le 7 juillet. Shillinger est spécialiste des questions liées au NEPAD.
Mais il a averti que même des routes rénovées n'accéléreraient pas le développement de l'Afrique si les régimes douaniers et d'immigration du continent restaient détonnés.
"Vous pouvez avoir de bonnes routes, (mais), si vous ne pouvez pas transporter les marchandises d'un endroit à l'autre de la région, alors les routes deviennent inutiles", a-t-il souligné.
Les efforts pour harmoniser les régimes douaniers au sein de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) sont en cours. Mais, jusqu'ici, seuls l'Afrique du Sud, le Botswana, le Lesotho, le Swaziland et la Namibie ont aligné leurs lois.
Depuis son adoption en 2001 par l'ancienne Organisation de l'unité africaine (OUA) (maintenant l'Union africaine, UA), le plus grand défi du NEPAD a été de mobiliser des fonds pour financer ses ambitions.
Le partenariat attend 64 milliards de dollars par an du Groupe des huit nations industrialisées (G8) et d'autres investisseurs étrangers pour reconstruire l'Afrique – ceci en échange d'une bonne gouvernance.
Mais le G8, qui comprend le Japon, la France, l'Allemagne, le Canada, l'Italie, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, et la Russie, semble tarder à libérer les fonds.
Ceci a conduit un Obasanjo, visiblement frustré, à dire aux délégués au sommet annuel de l'UA tenu en Ethiopie, du 6 au 8 juillet : "la liste des promesses non tenues par nos partenaires est en train de s'allonger".
Mais, Shillinger déclare : "Je ne pense pas que le NEPAD fasse actuellement assez pour attirer l'investissement en Afrique. Les hommes d'affaires semblent toujours peu enthousiastes à investir là où il y a la corruption, où il n'y a pas la bonne gouvernance et aucun droit de propriété".
Les observateurs soulignent que la saisie des terres de 4.500 fermiers commerciaux blancs au Zimbabwe, depuis 2000, a entamé l'image de l'Afrique en tant que continent où les droits de propriété sont respectés.
Tandis que Harare soutient que les saisies de terres font partie des efforts pour mettre fin aux déséquilibres raciaux dans la possession de terres, qui remontent à l'époque coloniale, des critiques allèguent que relativement très peu de ces terres ont été octroyées aux Noirs.
"Chaque fois que des étrangers veulent investir, ils regardent d'abord l'état de la justice, l'indépendance du système judiciaire – et les droits de propriété", poursuit Shillinger.
Le 30 juin, le ministre sud-africain des Finances, Trevor Manuel, a déclaré à une conférence dans la capitale sud-africaine, Pretoria, qu'on devrait accroître la pression sur le G8 pour qu'il honore ses engagements vis-à-vis de l'Afrique. La rencontre s'est focalisée sur la Commission pour l'Afrique, créée récemment par le Premier ministre britannique, Tony Blair, pour le conseiller sur le continent.
Le président de la commission, Nick Stern, a prévenu qu'elle "voudrait des plans d'action avec des spécificités, un plan qui génère une volonté politique", afin d'apporter une assistance accrue.
Sur son site Internet, le NEPAD indique que certains projets financés par la Banque africaine de développement (BAD) ont néanmoins démarré.
La BAD, basée dans la capitale économique ivoirienne, Abidjan, a financé des programmes d'une valeur de 372,5 millions de dollars – tandis que la Banque mondiale a dépensé 570 millions de dollars depuis 2001 sur le travail lié au NEPAD. Le budget total nécessaire pour financer les quelque 16 projets d'infrastructure, auxquels le NEPAD a accordé la priorité, s'élève à 8,1 milliards de dollars.
Au nombre de ces projets, figurent le Projet de gazoduc de l'Afrique de l'ouest et le Projet d'électrification de l'Afrique de l'ouest. Ce dernier alimentera le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, le Ghana et le Togo.
En Afrique de l'est, le NEPAD s'est lancé dans la mise en place d'un réseau routier long de 5.102 kilomètres, que la Banque mondiale a accepté de financer à hauteur de 500 millions de dollars – ceci sur une période de trois ans. L'Union européenne va également investir 375 millions de dollars dans le projet sur une période de cinq ans, selon le NEPAD.
Au sein de la SADC, la RDC, l'Angola, la Namibie, le Botswana et l'Afrique du Sud ont créé une société pour développer le 'Western Power Corridor Interconnection project' (Projet de corridor d'interconnexion pour l'électrification de l'ouest). Les cinq pays ont accepté une contribution égale sur fonds propres de 20 pour cent pour permettre le démarrage du projet, basé en RDC.

