COTONOU, 14 juil (IPS) – Le taux de séroprévalence à VIH/SIDA au Bénin est de 1,9 pour cent en 2002 selon Dr Valentine Kiki-Mèdégan, coordonnatrice adjointe du Programme national de lutte contre le SIDA (PNLS), alors que pour Denise Mignanwandé, une sociologue, "ce taux ne reflète pas les réalités du Bénin".
Selon Kiki-Mèdégan, ce taux est le résultat d'une enquête nationale menée par le PNLS dans les 12 départements du Bénin en 2002. Cette enquête a révélé des disparités entre les différents départements avec des taux de séroprévalence variant entre 0,8 et trois pour cent. C'est donc la moyenne nationale de ces taux qui fait 1,9 pour cent, selon le PNLS. Kiki-Mèdégan a indiqué à IPS que le traitement des données recueillies au cours de cette enquête, par des logiciels informatiques appropriés, a révélé que c'est depuis 1999 que le Bénin est à ce taux de 1,9 pour cent qui n'est pas le plus bas de la sous région ouest-africaine, mais qui n'est pas le plus élevé non plus. Par exemple, le Sénégal est à 1 pour cent, le Niger, à 1,7 pour cent, le Mali, à 1,9 pour cent, le Ghana, à 3,6 pour cent, le Nigeria, à 5,1 pour cent, le Togo, à 6 pour cent, et la Côte d'Ivoire, à 10,8 pour cent. "Cela ne veut pas dire que le Bénin est à l'abri d'une croissance rapide de la situation", relativise KiKi-Mèdégan. "Il y a des poches du virus au sein de certaines couches de la population et ces poches constituent toujours des menaces pour la couche encore épargnée", ajoute-t-elle à IPS. Une enquête avait révélé, en 1999, que le taux de prévalence du VIH/SIDA au sein des prostituées au Bénin était de 55 pour cent, alors que chez les routiers, il était de 4,1 pour cent en 2001, selon le PNLS. Sans pour autant "avoir la prétention d'apporter la contradiction au Dr Kiki-Mèdégan", Mignanwandé, sociologue et responsable du volet SIDA au sein de l'organisation non gouvernementale (ONG) béninoise, Racines, qui prend en charge les personnes vivant avec le VIH, estime que ces chiffres ne traduisent pas la réalité de la maladie au Bénin. Sur 515 tests de dépistage anonyme, gratuit et volontaire du VIH/SIDA, effectués par son ONG entre janvier et juin 2004, 103 se sont révélés positifs, soit 20 pour cent de l'ensemble des tests. Mieux, souligne-t-elle à IPS, depuis trois mois, son ONG reçoit chaque jour au moins un nouveau cas de séropositivité. Du début de ses activités, en novembre 2002, à ce jour, l'ONG Racines assure la prise en charge médicale et psychosociale de 277 personnes atteintes du VIH/SIDA. Une vingtaine de malades fréquente chaque jour le siège de l'ONG pour prendre des médicaments, ou pour rencontrer un médecin ou encore pour solliciter une assistance sociale. "Cela veut dire que la maladie progresse jour après jour, tout au moins à Cotonou (la capitale économique béninoise). Ce sont là les réalités que je vis et je crois que si rien n'est fait en matière de prévention ciblée pour stopper cette progression alarmante, le Bénin risque de doubler son taux de séropositivité d'ici à dix ans", prévient Mignanwandé. Les Béninois ne sont pas encore suffisamment conscients du danger que représente le SIDA pour inverser la tendance actuelle, affirme Mignanwandé à IPS. Ce qu'il faut, ce sont des messages ciblés, des messages conçus pour s'adresser à une communauté particulière et non des messages adressés à la masse comme c'est le cas en ce moment.
"Moi, je ne savais rien du SIDA avant de tomber malade en novembre 2003.
C'est seulement après être tombé plusieurs fois malade que j'ai su qu'il y avait une maladie qu'on appelle SIDA", estime Hotègnon Houssou, conducteur de taxi-moto à Cotonou. Un autre patient, Toundé Soumanou, un commerçant, reconnaît que même s'il avait plusieurs fois entendu parler du SIDA, il n'avait jamais cru à son existence avant de découvrir, au début de cette année 2004, qu'il était porteur du VIH. "Je m'amusais avec les filles sans jamais utiliser de capote", confie-t-il à IPS. Consciente donc de l'ignorance de la population béninoise sur le SIDA, l'ONG Racines a ajouté, à son volet prise en charge, un volet sensibilisation dont se charge Pierre Claver Ahouansou. Sa cible privilégiée, dit-il à IPS, ce sont conducteurs de taxi-moto et les femmes vendeuses des marchés. Ils sont très nombreux, très actifs sexuellement et ce sont eux qui disposent de moins d'informations sur la maladie. Deux fois par semaine, Ahouansou organise à leur intention des séances de sensibilisation sur le VIH/SIDA. Il les incite au port du préservatif, à l'abstinence ou à la fidélité. Il tente en outre de les convaincre d'aller faire leur test anonyme et gratuit de dépistage du SIDA au siège de Racines. En récompense, l'ONG offre des capotes, des blouses de travail et une attestation aux conducteurs de taxi-moto qui assistent aux réunions. Aux femmes, l'ONG sert d'intermédiaire pour obtenir des crédits à faible taux de remboursement auprès des institutions de micro-finance. Les personnes ciblées, qui acceptent d'aller faire le dépistage et dont le test se révèle positif, sont médicalement et socialement prises en charge par Racines contre paiement d'une modique somme de 1.000 francs CFA (environ 1,92 dollar US) par mois. Au niveau national, précise à IPS, Eric Gbaguidi, sociologue au PNLS, 1.100 malades sont mis sous médicaments anti-rétroviraux (ARV) depuis novembre 2002. Environ 80 pour cent de ces malades paient 1.000 FCFA par mois pour obtenir des médicaments ARV subventionnées par l'Etat. Le prix réel des ARV varie entre 80.000 FCFA (environ 154 dollars US) et 250.000 FCFA (environ 481 dollars US) par mois. Le Bénin dispose d'un plan dénommé Initiative béninoise d'accès aux anti-rétroviraux depuis novembre 2002. Ce plan, qui permet au ministère de la Santé de prendre en charge toutes les personnes séropositives dès que leur état de santé les autorise à prendre des ARV, bénéficie d'un financement du Fonds mondial des Nations Unies contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme. L'Etat béninois a besoin, pour le coût moyen du traitement par ARV pour les 1.100 malades, pendant une période de deux ans, de quelque 4,356 milliards de FCFA (environ 8,376 millions de dollars US). Mais le gouvernement déclare compter essentiellement sur le Fonds mondial contre le SIDA. Selon le PNLS, les fonds mobilisés pour le Bénin, pour la période 2003-2005, s'élèvent à 11,384 millions de dollars disponibles au Fonds mondial contre le SIDA. Le PNLS a déjà reçu une première tranche du financement d'un montant de 138.501 dollars, selon le Fonds mondial Bénin-Info publié par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), en mars 2004 à Cotonou, la capitale économique béninoise. "Le changement de comportement ne se fait pas du jour au lendemain. Nous avons maintenant des gens qui viennent délibérément au PNLS pour demander leur test, ce qui n'était pas le cas auparavant. C'est avec tact et patience que nous allons y parvenir", déclare à IPS, Agnès Bakpévi, infirmière au PNLS. "Le souci du PNLS est peut-être de ne pas alarmer les gens. Il s'agit peut-être d'une approche pédagogique pour eux. Mais, avec ce que je vis au quotidien, je crois qu'il vaut mieux ne pas ménager les gens et faire le choix de les choquer plutôt si on veut atteindre des résultats probants", estime Mignanwandé.

